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Le monde des nanotechnologies s'ouvre à nous en-dessous de 100 nanomètres, soit cinquante mille fois moins que l'épaisseur d'un cheveu. À cette échelle, les matériaux ont des propriétés particulières. Cela ouvre grand les portes à de nouvelles applications, mais aussi à de nouvelles menaces. Georg Karlaganis, chef de la division Substances, sol, biotechnologie de l'OFEV, évoque les opportunités qu'offrent les nanotechnologies, ainsi que leurs risques et la manière de les prévenir.
Monsieur Karlaganis, les nanotechnologies nous promettent une large gamme d'applications, de la médecine aux surfaces autonettoyantes, en passant par le stockage hyper-dense des données. Sommes-nous à la veille d'une nouvelle révolution technologique?
Georg Karlaganis: En fait, nous nous trouvons au seuil d'une évolution. De nombreuses applications n'en sont qu'au stade de la recherche et du développement. Mais on peut mesurer le potentiel des nanotechnologies à l'intérêt des investisseurs qui, par exemple, ont visité l'année dernière le salon «NanoEurope» de Saint-Gall.
Et que signifient les nanotechnologies pour l'environnement?
Elles permettent d'imaginer de nombreuses applications très utiles pour les technologies de l'environnement comme, par exemple, l'amélioration des rendements énergétiques. Mais il faut également compter avec des effets secondaires indésirables. Prenez par exemple les «buckminsterfullerènes» (C60). Il s'agit de molécules sphériques composées d'atomes de carbones arrangés comme la surface d'un ballon de foot. Il est possible de transporter des substances médicales actives à l'intérieur de cette sphère. Mais on a observé en laboratoire que les C60 pénétraient dans le cerveau des poissons et y causaient des dommages.
Autre exemple, les nanotubules, fibres de carbone extrêmement fines utilisées par exemple pour renforcer les raquettes de tennis parce qu'elles sont très légères et cent fois plus résistantes que l'acier. Difficile, lorsqu'on parle de minuscules fibres aux caractéristiques mirobolantes, de ne pas penser à l'amiante...
Il ne faut pas pousser la comparaison trop loin. Dans le cas de l'amiante, les graves problèmes de santé sont avant tout liés à l'amiante floqué appliqué tel quel dans l'isolation des bâtiments. Alors que les nanomatériaux d'une raquette de tennis, d'un vélo de course ou d'un ski sont liés à leur substrat. Les nanoparticules ne peuvent pas s'en libérer aussi facilement. Mais c'est au niveau de la fabrication des nanomatériaux qu'on peut tirer des parallèles.
Où les craignez-vous, ces parallèles?
Le principal risque est celui d'une diffusion incontrôlée des nanoparticules dans l'ensemble du corps à travers le réseau sanguin. Au stade actuel, nous devons penser en premier lieu à la sécurité des places de travail. Comme première mesure immédiate, l'EMPA a déjà élaboré des recommandations pour la sécurité des travailleurs.
Les nanoparticules peuvent-elles également s'avérer problématiques dans l'environnement?
Actuellement, à considérer les quantités impliquées, ce ne sont pas les nanomatériaux qui posent problème mais d'autres particules nanométriques, en particulier les particules fines émises par les diesels. Mais il n'est pas exclu que des nanoparticules de peintures, de laques ou de produits de lavage se dispersent dans l'environnement lorsqu'on les utilise en grandes quantités.
Qu'en est-il des crèmes solaires contenant des nanoparticules d'oxyde de titane comme filtre UV?
Lorsque les particules sont liées ou forment des gros agrégats, il n'y a pas de problème. Nous ignorons toutefois dans quelle mesure les nanoparticules s'agglutinent dans les produits cosmétiques. La seconde inconnue est leur absorption par la peau. Nous savons que les nanoparticules peuvent pénétrer dans le corps par les poumons, et l'on a également remarqué que les organes de l'odorat - activés p. ex. par un parfum - pouvaient, dans certaines circonstances, permettre le passage direct au cerveau. On n'a toutefois pas encore établi que des nanoparticules contenues dans des produits cosmétiques pouvaient traverser la peau.
Vu le manque d'information, ne faut-il pas être de la plus extrême prudence?
La législation suisse sur l'environnement connaît le principe de précaution que vous évoquez. Les articles de la législation sur les produits chimiques qui s'y réfèrent consacrent également le principe du contrôle autonome. En effet, aucune autorité ne peut contrôler les quelque 20 millions de produits existant dans le monde, ni même les quelque 100 000 produits disponibles dans le commerce. Les fabricants sont donc tenus au contrôle autonome.
Cette réglementation est-elle suffisante?
En collaboration avec l'Office fédéral de la santé publique, l'OFEV élabore pour la fin 2006 un plan d'action pour l'évaluation du danger des nanoparticules. L'aspect juridique y est analysé avec précision. Mais deux choses, surtout, nous manquent. Tout d'abord, une bonne définition des nanomatériaux, c'est l'unique moyen de les cibler. Ensuite, des procédures de test normalisées pour en mesurer la nocivité, pour l'homme comme pour l'environnement.
La Suisse peut-elle s'en charger toute seule?
Nous devons suivre l'évolution européenne - comme dans le cas de la législation sur les produits chimiques - voire l'évolution des pays industrialisés regroupés dans l'OCDE. L'OCDE a d'ailleurs récemment décidé la création d'un groupe de travail sur la sécurité des nanomatériaux. Ce groupe devrait également fixer les procédures de test.
Quelle est la réaction des consommateurs aux nanomatériaux? Ont-ils la liberté de choix?
La déclaration des nanomatériaux n'est pas obligatoire actuellement. Cependant, la nouvelle législation sur les produits chimiques introduit des prescriptions détaillées d'étiquetage; le Conseil fédéral peut, sur cette base, décider de modifier l'ordonnance. Mais il est difficilement pensable de le faire seul, le principe de l'égalité de traitement des entreprises suisses et étrangères devant être respecté. Par ailleurs, le Centre d'évaluation des choix technologiques effectue avec l'appui de l'OFSP et de l'OFEV un sondage du type Publifocus pour mieux connaître l'acceptation des nanotechnologies par la population.
Pour créer la confiance, il est aussi important de disposer d'informations indépendantes. Étudie-t-on suffisamment les dangers des nanotechnologies?
Les moyens actuellement engagés dans l'étude des applications des nanotechnologies sont importants. Ainsi, le Fonds national finance pour 30 millions de francs un pôle de recherche national centré à Bâle. Par contre, pour l'étude des risques, il n'y a presque rien. C'est pourquoi nous saluerions la mise sur pied d'un programme de recherche national sur les risques et effets secondaires éventuels des nanotechnologies. L'OFEV a déjà fait une proposition dans ce sens au Fonds national.
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