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Quel est l'état de la biodiversité en Suisse?
Le bilan n'est pas satisfaisant. La Suisse présente une énorme diversité, d'une part, mais aussi des pertes et une pauvreté d'espèces, d'autre part. Nous dénombrons certes quelques 50 000 espèces de plantes et d'animaux, pourtant la moitié des espèces animales, voire les trois quarts des amphibiens et des reptiles, et un tiers des plantes phanérogames (à fleurs), des fougères et des mousses sont menacés. La surveillance effectuée par la Confédération en la matière révèle que la biodiversité encore relativement élevée dans les Alpes et dans les Préalpes est toutefois soumise à une forte pression. Force est de constater que la perte d'espèces continue, surtout sur le Plateau.
Pourquoi le bilan n'est-il pas meilleur?
Pour avoir une faune et une flore riches, il faut deux choses: suffisamment de grands habitats non perturbés et une bonne qualité de l'environnement. La Suisse est un pays à forte densité de population avec de nombreuses infrastructures, installations de production et de loisirs. Principalement sur le Plateau, il était jusqu'à présent difficile de laisser suffisamment de place à la nature. Les surfaces dédiées à la biodiversité et protégées au plan national ne représentent que 8 % du territoire Suisse: parcs nationaux, biotopes tels que marais, zones alluviales, prairies sèches ou réserves forestières et zones de protection de la faune sauvage. Une grande partie d'entre elles sont situées dans les Alpes, c'est surtout le Plateau qui a du retard en la matière. De plus, de nombreux habitats sont aujourd'hui trop pollués, p. ex. par des engrais et des pesticides ou par des dépôts azotés de l'air.
L'agriculture est donc la principale responsable?
Un tiers des espèces animales et végétales vivent dans la zone agricole et l'agriculture exploite presque 40 % du territoire suisse. Le mode d'agriculture influe ainsi fortement sur la biodiversité, en particulier dans la région de grandes cultures sur le Plateau. Le principal défi consiste à produire des denrées alimentaires tout en préservant l'environnement. Pour y parvenir, l'efficacité des méthodes utilisées et des moyens de production agricole est primordiale.
Comment l'agriculture peut-elle relever ces défis?
En Suisse, l'agriculture a plusieurs fonctions. Elle produit des denrées alimentaires mais doit aussi contribuer à la conservation des ressources naturelles, à l'entretien du paysage rural et à l'occupation décentralisée du territoire. La Confédération récompense ces tâches supplémentaires en versant des paiements directs écologiques et aussi en apportant une aide financière à des améliorations structurelles. Les contributions de la Confédération complètent le revenu des paysans et permettent aux exploitations agricoles d'assumer ces tâches.
Les paysans doivent-ils améliorer leurs prestations écologiques?
Les paysans suisses ont fait des efforts considérables ces dernières années et obtenu des progrès remarquables en matière de protection des eaux souterraines, de l'air et de la diversité des espèces. Mais il reste encore du chemin à parcourir. Le Parlement exige aussi une utilisation plus efficace des paiements directs et demande d'examiner les critères régissant leur versement. L'OFEV est en train d'élaborer, avec l'Office fédéral de l'agriculture, des objectifs environnementaux pour l'agriculture. Une meilleure orientation sur ces objectifs permet d'allouer plus efficacement les aides fédérales et de mieux les justifier. Lorsque l'agriculture atteint les objectifs fixés en matière d'environnement, la biodiversité en sort gagnante.
Qu'en est-il de la forêt, qui recouvre aussi une grande partie du territoire?
Les forêts sont un réservoir pour la diversité des espèces. Elles abritent 50 % des espèces présentes dans notre pays. La biodiversité y a moins souffert que dans l'agriculture. La sylviculture suisse emploie aujourd'hui des méthodes proches de la nature. En effet, elles permettent de trouver le meilleur compromis possible entre la production de matières premières, l'objectif de protection et la conservation des espèces. La demande de bois augmente à nouveau. Une des missions de la politique forestière est de concilier l'utilisation croissante de la forêt avec les impératifs de la biodiversité, qui ne sont pas nécessairement incompatibles. En effet, une exploitation plus intensive permet une régénération accrue et une augmentation de la lumière qui sont propices à la diversité des espèces. De plus, pour conserver la biodiversité même en cas d'exploitation plus intensive, la Confédération encourage la création de réserves forestières.
Faut-il avoir d'un côté des zones exploitées intensivement et de l'autre des zones protégées et des réserves?
La règle qui prévaut est la suivante: partout, pour toute exploitation du territoire, il faut utiliser les techniques les plus récentes pour éviter les dommages qui peuvent l'être. Une utilisation inadaptée et nuisible n'est pas cautionnée. De plus, nous avons besoin de grands espaces où la nature prime, où les hommes subordonnent leurs activités à l'objectif de la biodiversité. Il nous faut donc deux choses: des réserves où la nature est préservée et une exploitation respectueuse de la nature à grande échelle. Il nous en faut même une troisième: la mise en réseau des zones protégées existantes. La diversité génétique des espèces n'est possible que si les populations peuvent migrer et se mélanger.
Si la biodiversité dépend tant du territoire, ne devrait-elle pas être mieux prise en compte dans l'aménagement du territoire?
L'aménagement du territoire peut contribuer dans une large mesure à garantir les surfaces nécessaires et à coordonner la protection de la nature avec d'autres types d'affectation. On peut envisager d'introduire de nouveaux instruments dans les plans directeurs et dans les plans d'affectation, par exemple une catégorie de zones consacrées à la protection de la nature et à la détente.
Pourquoi faut-il protéger la biodiversité?
Chacun de nous a un rapport différent avec la nature et avec l'environnement. Nous apprécions tous de nous ressourcer dans une nature plus ou moins intacte. C'est la valeur de la biodiversité que nous ressentons au quotidien, il s'agit d'une valeur esthétique et émotionnelle. Or, la biodiversité a également une valeur économique. En Suisse, le tourisme, qui représente l'une des principales branches économiques, repose sur la beauté du paysage et de la nature. Les touristes trouvent partout des hôtels et des restaurants, mais pas nos paysages alpins. L'Union européenne vient de publier un rapport dans lequel elle évalue les coûts de la disparition des espèces à 150 milliards d'euros par an. Une nature appauvrie ne peut plus fournir les services qu'elle nous rend aujourd'hui tous les jours sans que nous en soyons vraiment conscients: lorsqu'un arbre porte des fruits, nous le devons notamment aux abeilles qui ont fécondé les fleurs. Sans abeilles pas de fruits. De nombreuses substances actives de nos médicaments, en fait la majorité, sont encore d'origine naturelle. Le Tamiflu provient d'une sorte d'anis asiatique, l'aspirine d'une espèce de saule. Sur la planète terre, l'être humain ne peut pas exister tout seul, son existence dépend de celle des autres espèces.
Le sommet de la terre à Johannesbourg en 2002 avait fixé comme objectif de stopper la perte de la biodiversité d'ici à 2010. La conférence mondiale sur la biodiversité examinera à Bonn si cet objectif sera atteint. La Suisse réussira-t-elle à l'atteindre?
La Suisse n'atteindra pas cet objectif, comme la plupart des autres pays.
Est-ce une consolation ou une excuse pour la Suisse?
C'est un avertissement. En effet, dans ce domaine, nous ne pouvons pas compter sur les autres pays pour atteindre cet objectif. Si nous ne réussissons pas à conserver la biodiversité, nous sommes menacés.
La Suisse s'engage pour protéger les biotopes, pour faire l'inventaire des marais, des zones alluviales et des prairies sèches, pour mettre en réseau les habitats. Ces mesures ne sont-elles pas suffisantes?
Oui, nous avons effectivement pris de nombreuses mesures pour freiner la perte de la biodiversité: nous avons inventorié les marais, les zones alluviales et les prairies sèches, nous avons protégé des biotopes, nous sommes en train de créer un réseau de parcs proches de l'état naturel, nous avons des districts francs où il est interdit de chasser et des réserves d'oiseaux d'eau. Or, parallèlement, la pression autour des biotopes ne cesse d'augmenter: chaque seconde, un mètre carré de sol est construit et donc perdu pour la biodiversité.
Si nous voulons des améliorations, dans quelle direction faut-il aller?
Les impératifs sont clairs: il faut suffisamment d'espace et une bonne qualité de l'environnement. Nous devons insister sur ces objectifs à chaque fois que sont prises des mesures qui influencent l'aménagement du territoire et la qualité des habitats. C'est aussi le grand défi de la conservation de la diversité de la nature. Nous ne pourrons la conserver que si elle est prise en considération dans une multitude de décisions politiques différentes, ce qui n'a pas toujours été le cas dans le passé. La cohérence des décisions devrait également être inscrite dans la législation.
Les discussions sur l'environnement portent principalement sur le climat. En comparaison, quelle importance revêt la biodiversité?
Les Nations unies ont adopté trois grandes conventions relatives à l'environnement: sur les changements climatiques, sur la diversité biologique et sur la désertification. Toutes les trois sont déterminantes pour l'humanité. Pour la Suisse, la convention sur les changements climatiques et la convention sur la diversité sont très importantes. La perte de la biodiversité revêtira à long terme une importance comparable et aura des conséquences similaires à celles des changements climatiques.
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