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05.12.2008 - Pour Hans-Peter Fahrni, chef de la Division Déchets et matières premières à l’Office fédéral de l’environnement (OFEV), la collecte sélective des canettes et des boîtes de conserve reste indispensable. Quant à la récupération des métaux contenus dans les mâchefers, elle est, selon lui, si intéressante du point de vue écologique, qu’elle devrait être rendue obligatoire si les prix des métaux venaient à baisser.
La Suisse est championne du monde du tri des déchets. Des voix s'élèvent cependant pour dire qu'il faudrait jeter les déchets métalliques à la poubelle et ne plus les éliminer de façon sélective, car il est très facile d'extraire les métaux des mâchefers résultant de l'incinération des déchets. Faut-il donc que nous changions nos habitudes?
Il ne s'agit pas ici de changer nos habitudes, mais d'éliminer les déchets de façon judicieuse et de gérer avec soin des ressources limitées. Le débat actuel ne vise que le métal: d'autres collectes sélectives comme le papier ou le verre, ne sont pas concernées. Dans le cas du métal, il faut distinguer trois catégories: premièrement, les déchets métalliques volumineux et encombrants, comme une chaise de jardin par exemple, qu'il est impossible, pour des raisons logistiques, d'éliminer autrement que de façon sélective. Deuxièmement, les petites pièces métalliques que l'on n'identifie parfois même pas comme telles, et qui se trouvent dans des articles du quotidien, comme des stylos-bille, des boucles de ceinture ou des couteaux de cuisine: celles-ci peuvent être jetées à la poubelle. Troisièmement, les déchets en aluminium, tel que les canettes et les boîtes de conserve en fer-blanc, qui font actuellement l'objet d'une collecte sélective. C'est l'opportunité de cette dernière qui est mise en doute dans le débat actuel.
En doutez-vous également?
Non. Ces stratégies d'élimination ne sont pas contradictoires mais complémentaires. En effet, il est très judicieux du point de vue écologique de récupérer les métaux contenus dans les mâchefers, car il s'agit de milliers de tonnes de métal. La production à neuf de ces métaux est beaucoup plus néfaste pour l'environnement que leur récupération et recyclage. L'OFEV a soutenu financièrement le développement de ces technologies et entretient une excellente collaboration avec les hautes écoles. C'est ainsi qu'il est désormais également possible d'extraire des mâchefers certains métaux non ferreux, comme le cuivre, l'aluminium, le zinc, le laiton et l'acier chromé.
C'est précisément pour cette raison que certains prétendent que la collecte sélective n'est plus nécessaire.
C'est voir le problème par le petit bout de la lorgnette. Aujourd'hui, nous sommes pas encore sûrs si, une fois incinérés, les déchets d'aluminium comme les canettes et les capsules de café se retrouvent bien dans les mâchefers sous forme de métal récupérable. Divers tests réalisés dans les usines d'incinération des ordures ménagères (UIOM) montrent qu'il arrive que les canettes brûlent complètement. Il n'en reste alors que des cendres et, nonobstant la technologie d'extraction du métal, il ne reste alors plus rien à récupérer dans les mâchefers. Ce n'est qu'avec la collecte sélective que cet aluminium peut être recyclé de façon certaine.
De quelle façon la collecte sélective et la récupération des mâchefers se complètent-elles?
Avec la collecte sélective, la valorisation précède l'incinération. Précisément dans le cas des canettes, cela permet d'obtenir un métal de qualité nettement supérieure, qui peut être écoulé à meilleur prix et être utilisé à d'autres fins que la fabrication d'un alliage bon marché. Quant à la récupération des métaux contenus dans les mâchefers, elle permet de recycler du métal issu d'articles du quotidien, lequel sinon serait perdu, car mis en décharge avec les mâchefers. Dans l'état actuel des connaissances, notre mot d'ordre doit être de jouer la complémentarité.
Autre catégorie de déchets métallifères: les appareils électroniques. Qu'en faire lorsqu'ils sont hors d'usage?
La collecte sélective s'avère particulièrement judicieuse pour les déchets électriques et électroniques - elle est d'ailleurs prescrite par la loi. Prenons les anciens téléviseurs à tube cathodique: ils contiennent des bobines en cuivre pur. Le démontage manuel de ces appareils permet de recycler ce cuivre, alors que l'incinération des téléviseurs aurait pour résultat de mélanger le métal aux autres déchets et de lui faire perdre sa pureté. Nombreux sont les appareils électroniques contenant des composants de valeur qu'il vaut la peine de démonter. Ainsi, il ne faut pas jeter les téléphones portables ou les ordinateurs à la poubelle. Ces appareils contiennent en effet de minuscules pièces métalliques, comme par exemple des fils très fins, qu'il n'est plus possible de récupérer des mâchefers. En effet, pour pouvoir en être extraites, les pièces métalliques doivent avoir au moins la taille d'une pièce de 5 centimes ou d'un clou. C'est pour cette raison que tous les spécialistes s'accordent à dire que la collecte sélective des déchets électriques et électroniques reste judicieuse dans tous les cas.
Vous avez dit que le papier et le verre n'étaient pas concernés, qu'il ne s'agissait que du métal. Mais ne touche-t-on pas ici au principe même de la collecte sélective? Pourrait-on imaginer différentes filières d'élimination pour chaque type de déchets et pourrait-on raisonnablement l'exiger de la population?
Les collectes sélectives doivent être continuellement évaluées et, au besoin, optimisées. C'est ce qui a été fait en fusionnant la collecte des canettes et celle des boîtes en fer-blanc, car il s'avère très facile de séparer les deux métaux par un procédé magnétique. L'infrastructure de collecte s'en trouve ainsi simplifiée, de même que la logistique d'élimination des déchets. Pour revenir au sujet qui nous occupe: si tout le métal des canettes et des boîtes en fer-blanc pouvait être récupéré des mâchefers sous forme d'un alliage de très bonne qualité, et si toutes les UIOM de Suisse étaient équipées pour ce faire, alors il serait justifié de remettre en question la nécessité d'une collecte sélective. Toutefois, aucune de ces deux conditions n'est aujourd'hui remplie.
Mais si elles étaient remplies, la population pourrait mettre ses boîtes de conserve à la poubelle sans avoir mauvaise conscience?
Oui, mais seulement à ces deux conditions. L'abandon de la collecte sélective aurait néanmoins des conséquences pour l'infrastructure de collecte. Reste à savoir si Igora, qui collecte aujourd'hui les canettes, continuerait alors cette tâche aux endroits où une collecte sélective resterait judicieuse, c'est-à-dire par exemple dans les gares et les festivals, où les canettes en aluminium représentent une part considérable des déchets. Par ailleurs pour le consommateur, l'élimination par le sac poubelle ne serait pas meilleur marché. Actuellement, la collecte sélective coûte 1 centime par canette et est incluse dans le prix du produit. La taxe au sac se monte, elle, à 2 francs en moyenne par sac de 35 litres. Rapportée à une canette de 5 dl, cette taxe est d'environ 4 centimes. En outre, la collecte sélective est bien accueillie par la population, le taux élevé de recyclage en est la preuve; nous ne recevons pas de lettres de citoyens se plaignant de la collecte sélective.
Qu'en est-il des piles et des accumulateurs? Après tout, ils contiennent également du métal.
Les piles sont traitées à l'usine de recyclage spécialisée à Wimmis, qui est capable d'en extraire les composants de façon ciblée afin de les valoriser. Les principaux produits de ce recyclage sont le mercure, le zinc, le ferromanganèse et le nickel. Ces métaux sont des matières premières non renouvelables, ce qui justifie de prendre la peine de collecter les piles sélectivement et de les valoriser. Lors de l'incinération, ces métaux se mélangent; ils perdent de leur pureté dans les mâchefers et présentent donc une valeur en tous points inférieure.
Quelle est l'influence de la récente montée en flèche des prix dans le débat sur le recyclage de ces métaux? Si les prix des métaux étaient bas, personne n'aurait l'idée de pousser à l'utilisation du procédé de récupération des métaux provenant des mâchefers.
Le rendement de l'extraction des métaux des mâchefers est tel qu'il convient, pour des raisons écologiques, de tirer parti de cette technologie quoi qu'il arrive. En ce moment, cette récupération est rentable en raison des prix élevés des métaux. Si ceux-ci devaient à nouveau baisser, nous devrions définir ce procédé comme représentant l'état actuel de la technique: il est en effet techniquement possible et doit être utilisé, car il préserve nos ressources naturelles. Et s'il n'était pas utilisé volontairement, nous devrions le rendre obligatoire.
Parlons maintenant d'un autre sujet relatif aux déchets: d'aucuns voudraient interdire les sacs en plastique en Suisse. Dominique De Buman, conseiller national fribourgeois PDC, a déposé une motion en ce sens. S'agit-il d'une mesure environnementale judicieuse?
Peut-être qu'elle est judicieuse dans les pays où l'élimination des déchets n'est pas efficace. Là, les déchets sont souvent mis en décharge sans être enterrés: les sacs plastiques qu'ils contiennent sont ensuite dispersés par le vent. Certains pays ont donc limité la remise gratuite de sacs en plastique. En Suisse, nous ne connaissons pas ce problème. La pollution directe causée par les sacs en plastique est liée tout au plus à l'abandon des déchets sur la voie publique (phénomène appelé littering ou déchets sauvages), mais même ici elle n'est qu'un facteur marginal, car les sacs en plastique constituent moins de 5 % des déchets ainsi abandonnés. En matière de préservation des ressources, une telle interdiction ne porterait guère ses fruits non plus: les sacs en plastique sont bien principalement constitués de pétrole, mais les quelques centaines de grammes de sacs que consomme chaque habitant de notre pays chaque année ne sont que peu de chose comparés aux presque deux tonnes de pétrole qu'il utilise annuellement sous forme de mazout, d'essence et de kérosène. Une interdiction représente toujours une intervention lourde de l'Etat qui, dans ce cas, serait excessive.
Les bouteilles d'eau minérale sont elles aussi dans le collimateur des politiques. Au lieu de transporter de l'eau en bouteille, il faudrait boire de l'eau du robinet. Une telle interdiction est-elle favorable à l'environnement?
Il est vrai que notre eau du robinet est si bonne que l'achat d'eau minérale en bouteille est un luxe. Ce n'est pas tant la bouteille qui est polluante, mais son transport, surtout lorsque qu'il se fait sur des centaines de kilomètres. Mais, comme pour les sacs en plastique, ce qui compte c'est le principe de proportionnalité. Notre société accorde une grande importance à la liberté du commerce et toute limitation doit être solidement justifiée. Pour des raisons de santé et de sécurité, les produits chimiques hautement toxiques et les explosifs sont soumis à pareilles restrictions, mais existe-t-il une raison d'interdire les bouteilles d'eau minérale? En Suisse, la consommation totale de PET (y compris les limonades) s'élève à 43 000 tonnes par an, soit moins de 1 % de la consommation totale de pétrole, qui se chiffre à 12 millions de tonnes. Par ailleurs, une grande partie des bouteilles en PET est collectée et recyclée.
Vous ne parlez que du PET. Qu'en est-il de la bouteille en verre?
Le verre constitue un emballage très écologique s'il est réutilisable. Lorsqu'il est à usage unique par contre, son écobilan est moins bon, notamment en raison du poids relativement élevé des bouteilles. Je ne sais pas si une interdiction des bouteilles à usage unique serait la mesure adéquate, il faudrait étudier la question. Peut-être qu'une taxe d'incitation serait plus adaptée. Ce qui est sûr, c'est que je doute qu'elle soit proportionnelle à l'heure actuelle. Il faudrait alors limiter d'autres choses, comme les longs trajets en avion ou le trafic automobile. Nous pouvons économiser du pétrole sans mesures disproportionnées et sans restreindre notre mode de vie, en améliorant l'isolation des bâtiments.
En juillet 2006, l'OFEV a présenté l'analyse d'efficacité relative à la politique des déchets menée jusqu'ici et constaté que la politique des déchets doit se muer en politique des matières premières. Qu'est-ce que cela signifie concrètement? Où en est l'OFEV avec le remaniement des lignes directrices annoncées il y a deux ans?
Nous travaillons concrètement sur les matières premières qui se raréfient le plus vite, à savoir le cuivre et le phosphore. En ce qui concerne le cuivre, nous soutenons la récupération des métaux provenant des mâchefers, où, comme je l'ai mentionné, nous réalisons des progrès réjouissants. Le phosphate, lui, est perdu avec les cendres des boues d'épuration, qui ne sont pas valorisées; nous mettons au point de nouveaux procédés pour le récupérer. Par ailleurs, nous menons aussi une réflexion sur les produits qui, de par leur nature même, conduisent presque automatiquement à une perte de matières premières et sur les moyens d'éviter ce phénomène. Une matière première est dite perdue lorsqu'elle est dispersée dans l'environnement, dans l'eau, dans le sol ou dans l'air, et ne peut plus être récupérée. De façon générale, les produits doivent pouvoir être mieux recyclés et avoir une plus longue durée de vie utile.
L'OFEV essaie-t-il d'influencer la fabrication des produits?
La plupart des produits sont fabriqués à l'étranger et nous ne pouvons exercer que peu d'influence depuis la Suisse: notre intervention ne ferait que créer de nouveaux obstacles au commerce. Certaines possibilités existent dans le cadre des achats publics qui privilégient les produits avantageux du point de vue écologique ou d'une collaboration à la mise au point de normes techniques ménageant les ressources pour les biens et les services. L'Union européenne joue un rôle clé en la matière: elle a élaboré toute une série de prescriptions qui ont un effet positif sur la fabrication des produits, que ce soit quant à leur teneur en polluants ou à leur consommation énergétique. En outre, nous entretenons des contacts poussés avec les milieux économiques, ce qui permet parfois de développer de nouveaux procédés intéressants.
Si l'OFEV ne peut guère influencer la fabrication des produits, comment peut-il espérer avoir un impact sur la demande pour des produits ménageant les ressources?
C'est une très bonne question. Nous sommes très actifs au niveau de l'information des consommateurs, afin qu'ils puissent acheter en sachant les conséquences écologiques de leurs choix. Ce sont précisément ces bases de décision qui figurent dans notre publication « Consommation respectueuse de l'environnement. Décisions et acteurs clés, modèles de consommation ». Pour la Journée mondiale sur l'environnement de cette année, nous avons établi un hit-parade énumérant les éléments d'un mode de vie qui respectent l'environnement et ménagent les ressources. Il est important de mettre en évidence quels éléments ont le plus grand impact environnemental et comment celui-ci peut être réduit de façon efficace. A mon avis, le meilleur exemple en la matière est l'isolation des bâtiments: une meilleure isolation combinée à la production d'eau chaude par énergie solaire réduisent sensiblement la consommation de pétrole d'un bâtiment, sans pour autant en diminuer le confort.
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