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Les écobilans servent à recenser et à évaluer les principales incidences de tout bien, service ou entreprise sur l’environnement. Les spécialistes les utilisent pour identifier les lacunes écologiques et pour proposer des améliorations.
Beat Jordi
En glissant un kilo d'asperges vertes du Pérou dans son panier début avril, on se voit gratifié du même coup de douze kilos de gaz carbonique (CO2). Les émissions de ce principal gaz à effet de serre sont surtout dues aux rejets des réacteurs durant le long vol entre les Andes et l'Europe. Mais lorsqu'on se sert à la même date au rayon des asperges blanches du grand distributeur Coop, l'atteinte à l'atmosphère se limite à un kilo de CO2, bien qu'elles proviennent du même pays.
La différence est due à la capacité de conservation inégale des deux produits: les asperges blanches, moins délicates, supportent des transports en bateau de plusieurs semaines. Comme les cargos modernes emportent de grands chargements et consomment peu de carburant par rapport au poids du fret, même un trajet de plusieurs milliers de kilomètres n'entraîne pas d'atteintes environnementales excessives. Mais toute personne soucieuse du climat patientera quelques semaines avant de mettre des asperges à son menu. Les premières variétés alsaciennes arrivent à mi-avril, suivies en mai par les asperges indigènes, dont le voyage est le plus court et le bilan climatique le meilleur, avec un demi-kilo de CO2 par kilo de légume en rayon. En règle générale, ce sont les aliments de saison provenant de cultures biologiques en plein champ qui présentent le profil le plus positif.
Le principe de la saturation écologique. Chiffres et énoncés succincts cachent un énorme travail. On commence par délimiter les systèmes impliqués par les produits à comparer, puis tous les flux de matières et d'énergie importants sont inventoriés. On détermine ensuite les incidences des produits sur l'environnement à chaque étape de leur cycle de vie, avant de pondérer ces impacts sous la forme d'unités de charge écologique (UCE). Avec sa banque de données «ecoinvent», mise sur pied notamment avec l'aide de l'OFEV, la Suisse fait ici figure de pionnière. Cette source de données pour écobilans, actuellement leader mondial, est utilisée dans plus de quarante pays et fournit des informations fiables sur des domaines clés comme la production d'énergie et de matières premières, les produits et les filières agricoles, les matériaux de construction, les transports ou le traitement des déchets (voir ENVIRONNEMENT 3/2003).
La méthode UCE, la plus utilisée en Suisse, évalue différentes atteintes à la santé humaine, aux écosystèmes et à la disponibilité des ressources en appliquant le principe de la saturation écologique. «Selon ce principe, l'environnement est capable de se régénérer après avoir supporté une certaine charge», explique Norbert Egli. «Mais si un seuil critique est dépassé, des problèmes surviennent.» L'approche se réfère aux objectifs de qualité de l'environnement et aux valeurs limites assignées aux émissions de polluants, pour lesquels une base légale existe en Suisse. Le smog estival, les atteintes aux écosystèmes dues aux pluies acides, les teneurs élevées en substances à effet endocrinien dans les eaux, l'amincissement de la couche d'ozone, l'effet de serre, la menace pesant sur la diversité des espèces ou la consommation de ressources comme le pétrole, l'eau et le sol sont des exemples d'impact écologique excessif. «En ramenant toutes ces informations à un nombre de points, on obtient une représentation simplifiée d'une réalité complexe, basée sur des objectifs environnementaux prédéfinis», relève Norbert Egli.
Les évaluations se basent sur différents critères selon le procédé appliqué. «Il faut par exemple étudier comment pondérer les atteintes actuelles à l'environnement local par rapport aux problèmes mondiaux futurs.» Dans la méthode de l'éco-indicateur, développée aux Pays-Bas et largement utilisée en Europe, un comité de spécialistes détermine l'importance relative des différentes incidences écologiques. Il confère un poids particulier à la consommation de terrain, de pétrole et de gaz naturel, disponibles en quantités limitées. En appliquant plusieurs méthodes, on peut établir simplement si certaines différences entre produits sont réelles ou seulement dues à des particularités des méthodes d'évaluation. «Les écobilans permettent notamment d'analyser et de comparer des biens, des services, des procédés de production ou des entreprises entières en utilisant des critères homogènes», déclare Norbert Egli. «De l'extraction des matières premières à l'élimination des produits usagés en passant par les diverses étapes de traitement et d'affinement, on peut ainsi repérer les lacunes écologiques, imaginer des solutions, trouver les meilleures variantes et procéder aux améliorations nécessaires.»
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