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Sur la Lombachalp, les sports de neige hors piste sont en plein essor. Le nombre de visiteurs en raquettes, skis de randonnée ou skis de fond a énormément augmenté au cours des dernières années. Pour réduire les impacts de ces activités sur l’environnement, un plan de gestion assure depuis 2007 la cohabitation de l’homme et de la faune.
Hansjakob Baumgartner
Il y a vingt ans encore, la Lombachalp, au nord d'Interlaken (BE), était le calme même en hiver. Après les premières grosses chutes de neige, il fallait deux heures pour monter à Lägerstutz à skis et peaux de phoque. Et ce n'était là que l'orée du vaste paysage de forêts, de rochers et d'alpages qui s'étend entre l'Augstmatthorn et le Hohgant. Les animaux sauvages y restaient donc entre eux. Seule la fonte des neiges mettait fin à des mois d'isolement, brièvement interrompus parfois par une compétition de ski de fond ou de biathlon.
Aujourd'hui, c'est au cœur de l'hiver que la fréquentation est la plus forte. Depuis le début des années 1990, la petite route qui mène à Lägerstutz est ouverte toute l'année. Le nombre de visiteurs atteint son maximum autour du Nouvel An. Par beau temps, on compte jusqu'à 80 voitures sur le parking d'où essaiment des centaines de personnes sur raquettes, skis de fond ou skis de randonnée.
Un biotope hors pair. La Lombachalp est une région riche en espèces animales. Les populations de chamois, cerfs et bouquetins y sont importantes: les flancs de la chaîne de l'Augstmatthorn sont interdits à la chasse. On y trouve tous les tétraonidés indigènes: la gélinotte des bois, le lagopède alpin, le tétras lyre et le grand tétras, très menacé - un rassemblement exceptionnel en Suisse. Les forêts à caractère naturel, les grandes prairies de montagne, les lapiés et les nombreux marais font de ce paysage un biotope unique pour la faune alpine.
La solitude hivernale revêtait naguère une qualité particulière. Les espaces appréciés en cette saison par les animaux, immenses et déserts, sont devenus rares en Suisse. Aujourd'hui, sur la Lombachalp, la faune doit partager son habitat avec l'homme toute l'année. Un plan de gestion entend permettre leur coexistence sans faire de perdants. Il a été adopté par l'assemblée communale de Habkern en mai 2006 et est entré en vigueur début 2007.
Un ranger sur le terrain. Andreas Zurbuchen doit veiller à ce que le projet se concrétise. A l'intitulé officiel de sa fonction - surveillant du site marécageux de Habkern -, il préfère le terme américain de «ranger». Il a été en 2008 l'un des premiers diplômés de cette filière proposée par le Centre forestier de formation Lyss, qui prépare ceux qui la suivent à jouer un rôle de médiateur entre la nature et la société. «Ce spécialiste des contacts avec le grand public développe les compétences clés qui lui sont indispensables: communication, gestion des visiteurs et mise en valeur de la nature et du paysage», peut-on lire sur le portail internet du centre. Le programme des cours comprend aussi bien des thèmes d'écologie que la transmission de ces connaissances et la législation en vigueur.
Andreas Zurbuchen est employé par la commune, qui a pu l'engager grâce aux subventions versées par la Confédération et le canton pour ce site d'importance nationale. Son entrée en fonction a ouvert un nouveau chapitre dans sa vie professionnelle. Né à Habkern, il a appris l'électronique avant de parcourir le monde en tant qu'ingénieur électricien. De plus en plus souvent cloué à son bureau, il avait envie depuis longtemps de se réorienter. La mise au concours du nouveau poste a été pour lui un cadeau du ciel. En bon chasseur, il connaît la Lombachalp comme sa poche.
Itinéraires balisés et espaces de tranquillité. L'essentiel du plan de gestion consiste à délimiter de grandes zones protégées pour la faune. Les randonnées en raquettes n'y sont autorisées que sur des itinéraires balisés, parfois le long des pistes de ski de fond. La montée des skieurs de randonnée sur le Hohgant est également tracée. Et la descente de l'Augstmatthorn passe par un corridor, loin des principales populations de lagopèdes alpins.
L'interdiction de quitter les chemins dans les zones protégées s'applique également au printemps et au début de l'été, car les femelles supportent mal d'être dérangées pendant la période de reproduction. Le réseau des sentiers de randonnée est largement identique à celui des itinéraires de sport d'hiver. Dès que les oiseaux savent voler, l'interdiction est assouplie. Le jour J est fixé au 8 août. C'est une époque où le nombre de visiteurs atteint de nouveaux records, car la Lombachalp est un paradis pour les amateurs de champignons.
Le régime de stationnement de voitures a lui aussi un effet régulateur. L'hiver, la route se termine à Lägerstutz; le reste de l'année, elle mène jusqu'à Schwarzbach, au cœur de la région. Là se trouve un second parking, dont les tarifs sont nettement plus élevés qu'à l'entrée de la zone: laisser son véhicule pendant quatre heures y coûte 12 francs. Les résultats semblent concluants. «J'ai l'impression que le trafic a diminué», dit Andreas Zurbuchen. Les décomptes permettront de le vérifier.
Un travail d'information remarquable. Il y a un petit restaurant à Lägerstutz, où on peut acheter du fromage et du beurre d'alpage. Près du parking, des panneaux d'information accueillent les visiteurs. Ils se trouvent au point de départ de deux «sentiers d'observation» qui permettent chacun de faire deux heures de marche riches en enseignements sur la flore, la faune et l'histoire de la Lombachalp. Les curieux peuvent se procurer un guide auprès de la commune de Habkern (http://www.lombachalp.ch/).
Le «ranger» est là quand il y a du monde. Ce travail exige un sens des contacts humains. Andreas Zurbuchen a toutes sortes de choses à raconter sur les animaux de la région. Il renseigne les visiteurs sur le plan de gestion, donne des conseils. «Je touche beaucoup plus de gens ici qu'en faisant des tournées de contrôle pour punir les infractions», dit-il. Il propose également des visites guidées pendant ses loisirs. Son excursion s'intitule «Sur les traces des flotteurs de bois» et conduit à travers les marais jusqu'aux ruisseaux que le bois descendait jadis en direction de Kemmeriboden.
«Grosso modo, la stratégie fonctionne», dit Andreas Zurbuchen. «Dans leur grande majorité, les gens comprennent qu'ils doivent respecter la nature et s'en tiennent aux règles.» Mais il y en a toujours qui ne les observent pas et qui, par les traces qu'ils laissent en dehors des itinéraires balisés, en incitent d'autres à faire de même.
Le tétras lyre comme indicateur. Ce plan de gestion est-il efficace? Garantit-il que les espèces les plus sensibles restent dans la région? Ces questions relèvent du suivi de la protection des sites marécageux assuré par la Confédération. Les recensements annuels des tétras lyres constituent un des volets de ce travail. Le premier a été réalisé en 1990 par un groupe de l'Université de Berne sous la conduite de Paul Ingold. Ce professeur de zoologie a pris sa retraite depuis, mais il continue de rassembler ses troupes chaque année. Il faut une bonne dizaine de personnes qui se répartissent aux mêmes points d'observation, entre l'Augstmatthorn et le Hohgant.
En 1992, quand le grand essor des sports d'hiver hors piste a commencé, on enregistrait 58 mâles. Par la suite, leur nombre est tombé à 14 à la fin des années 1990. Puis il a recommencé à augmenter, pour atteindre 26 en 2009. Ces fortes variations sont normales chez les tétras lyres et principalement dues au climat. Mais les effectifs vont-ils jamais retrouver leur record de 1992 ou vont-ils se stabiliser à un niveau plus bas? On ne le saura que dans quelques années. Du moins n'observe-t-on plus de tendance à la baisse.
Ainsi s'intitule une campagne lancée par l'OFEV et le Club alpin suisse (CAS) au début de la saison 2009/2010 pour promouvoir un comportement respectueux de la faune chez les amateurs de sports d'hiver. Y sont associés les services cantonaux de la chasse, les moniteurs de sport, les organisateurs de tours, les stations, les mouvements de protection de la nature, les groupements de chasseurs et les équipementiers sportifs. La campagne montre pourquoi les animaux ont besoin d'espaces tranquilles pour se retirer, ce qui représente une menace pour eux et ce que les sportifs doivent observer pour ne pas trop les déranger.
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