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La biodiversité est dans un état alarmant dans le monde entier. En Suisse, elle continue à reculer malgré les mesures prises. Les raisons de ces pertes sont multiples.
Gregor Klaus
La Suisse a beau être petite, elle n'a rien à envier en matière de pluralité des espèces et des milieux naturels à d'autres pays européens nettement plus étendus. Elle abrite plus de cinquante mille variétés de plantes, d'animaux et de champignons. C'est aux Alpes qu'elle le doit, à leurs différentes zones climatiques, à la diversité de leur sous-sol, aux structures de leurs terrains agricoles longtemps exploités de manière traditionnelle, à leur richesse en biotopes naturels et semi-naturels. La diversité génétique des cultures et des animaux de rente, étroitement liée à l'abondance des espaces naturels et cultivés, est elle aussi très élevée.
Cette pluralité ne va pas de soi. Une étude du Forum Biodiversité Suisse montre qu'à quelques exceptions près, les pertes sont massives depuis 1900 (fig.1 et 7). Les biotopes naturels et semi-naturels ont beaucoup perdu en surface et en qualité, et les listes rouges des espèces menacées ne font que s'allonger (fig.5). Les causes de ces disparitions sont nombreuses (fig.4 et 6).
Intensification de l'exploitation dans les Alpes. Des mesures ont été prises ces deux dernières décennies afin d'enrayer l'appauvrissement (fig. 2). «De premiers résultats ont été constatés en forêt ainsi que sur les races d'animaux de rente et les sortes de plantes cultivées, mais nous n'avons pas encore atteint l'objectif principal, qui est de stopper la perte de biodiversité due à l'action humaine», explique Meinrad Küttel, responsable du Monitoring de la biodiversité en Suisse (MBD) auprès de l'OFEV. Dans les Alpes, on constate même une intensification de l'exploitation agricole, et le recul s'accélère encore (fig.9).
Les surfaces préservées restent trop petites. Quand l'utilisation des terres a uniformisé la faune et la flore (fig. 8), les zones protégées jouent un rôle particulièrement important pour la préservation et la stimulation de la biodiversité. Ce sont de véritables îlots de sauvetage à partir desquels les espèces peuvent à nouveau se propager. Mais les aires de protection nationales ne couvrent actuellement (2010) que 6,19% du territoire au total (fig.2).
Avec les zones protégées cantonales et communales, ces espaces de refuge répartis dans tout le pays forment l'épine dorsale d'un réseau de milieux naturels. Ils ne suffisent cependant pas à eux seuls à préserver la nature, car ils sont souvent de petite taille, isolés et soumis à de nombreuses perturbations. De plus, le suivi effectué dans les biotopes d'importance nationale montre de nettes baisses de qualité des marais (fig.3), des sites de reproduction des batraciens et des prairies et pâturages secs.
Respecter la biodiversité dans l'utilisation des sols. Il faut donc exploiter l'ensemble de nos sols de manière à préserver les écosystèmes et à augmenter le nombre d'entrées et de liaisons à ce réseau national d'habitats. «Ce n'est qu'ainsi qu'il peut fonctionner», explique Evelyne Marendaz, cheffe de la division Gestion des espèces à l'OFEV. En forêt, cela ne présuppose pas seulement de délimiter des réserves forestières naturelles et particulières, mais également d'assurer partout une sylviculture proche de la nature. D'autres mesures sont tout aussi importantes pour densifier cette connexion de biotopes: citons les surfaces de compensation écologique et la mise en réseau des habitats dans l'agriculture, la revitalisation des cours d'eau, les parcs naturels, le rétablissement des corridors faunistiques grâce à la construction de passages à faune, la valorisation écologique des aires industrielles, les toitures végétales et, dans les zones habitées, les surfaces vertes et les jardins semi-naturels.
«Il faut aussi que tous les secteurs politiques et économiques du pays utilisent les ressources naturelles de manière durable», souligne Evelyne Marendaz. «Quant aux instruments économiques visant à inciter et à financer des mesures en faveur de la diversité biologique, ils doivent être améliorés ou renouvelés.»
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