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Le recul se poursuit

La biodiversité est dans un état alarmant dans le monde entier. En Suisse, elle continue à reculer malgré les mesures prises. Les raisons de ces pertes sont multiples.


La diversité biologique n’est pas un monde figé qu’on pourrait garder sous cloche. Les plantes, par exemple, réagissent au gel, à la sécheresse, à la submersion, à l’ombre ou aux nutriments contenus dans le sol. Les conditions environnementales qui varient selon l’heure et l’endroit profitent tantôt aux unes, tantôt aux autres. Ainsi, aucune espèce ne prédomine et la richesse du vivant se perpétue. Pour que cette dynamique se déploie et que de nouveaux sites favorables puissent être colonisés, les milieux naturels doivent être reliés en réseau.
© Photos et montage: Christian Koch

Gregor Klaus 

La Suisse a beau être petite, elle n'a rien à envier en matière de pluralité des espèces et des milieux naturels à d'autres pays européens nettement plus étendus. Elle abrite plus de cinquante mille variétés de plantes, d'animaux et de champignons. C'est aux Alpes qu'elle le doit, à leurs différentes zones climatiques, à la diversité de leur sous-sol, aux structures de leurs terrains agricoles longtemps exploités de manière traditionnelle, à leur richesse en biotopes naturels et semi-naturels. La diversité génétique des cultures et des animaux de rente, étroitement liée à l'abondance des espaces naturels et cultivés, est elle aussi très élevée.

Cette pluralité ne va pas de soi. Une étude du Forum Biodiversité Suisse montre qu'à quelques exceptions près, les pertes sont massives depuis 1900 (fig.1 et 7). Les biotopes naturels et semi-­naturels ont beaucoup perdu en surface et en qualité, et les listes rouges des espèces menacées ne font que s'allonger (fig.5). Les causes de ces disparitions sont nombreuses (fig.4 et 6).

Intensification de l'exploitation dans les ­Alpes. Des mesures ont été prises ces deux dernières décennies afin d'enrayer l'appauvrissement (fig. 2). «De premiers résultats ont été constatés en forêt ainsi que sur les races d'animaux de rente et les sortes de plantes cultivées, mais nous n'avons pas encore atteint l'objectif principal, qui est de stopper la perte de biodiversité due à l'action humaine», explique Meinrad Küttel, responsable du Monitoring de la biodiversité en Suisse (MBD) auprès de l'OFEV. Dans les Alpes, on constate même une intensification de l'exploitation agricole, et le recul s'accélère encore (fig.9).

Les surfaces préservées restent trop petites. Quand l'utilisation des terres a uniformisé la faune et la flore (fig. 8), les zones protégées jouent un rôle particulièrement important pour la préser­vation et la stimulation de la biodiversité. Ce sont de véritables îlots de sauvetage à partir desquels les espèces peuvent à nouveau se propager. Mais les aires de protection nationales ne couvrent actuellement (2010) que 6,19% du territoire au total (fig.2).

Avec les zones protégées cantonales et communales, ces espaces de refuge répartis dans tout le pays forment l'épine dorsale d'un réseau de milieux naturels. Ils ne suffisent cependant pas à eux seuls à préserver la nature, car ils sont ­souvent de petite taille, isolés et soumis à de nombreuses perturbations. De plus, le suivi effec­tué dans les biotopes d'importance nationale montre de nettes baisses de qualité des marais (fig.3), des sites de reproduction des batraciens et des prairies et pâturages secs.

Respecter la biodiversité dans l'utilisation des sols. Il faut donc exploiter l'ensemble de nos sols de manière à préserver les écosystèmes et à augmenter le nombre d'entrées et de liaisons à ce réseau national d'habitats. «Ce n'est qu'ainsi qu'il peut fonctionner», explique Evelyne Marendaz, cheffe de la division Gestion des espèces à l'OFEV. En forêt, cela ne présuppose pas seulement de délimiter des réserves forestières naturelles et particulières, mais également d'assurer partout une sylviculture proche de la nature. D'autres mesures sont tout aussi importantes pour densifier cette connexion de biotopes: citons les surfaces de compensation écologique et la mise en réseau des habitats dans l'agriculture, la revitalisation des cours d'eau, les parcs naturels, le rétablissement des corridors faunistiques grâce à la construction de passages à faune, la valorisation écologique des aires industrielles, les toitures végétales et, dans les zones habitées, les surfaces vertes et les jardins semi-naturels.

«Il faut aussi que tous les secteurs politiques et économiques du pays utilisent les ressources naturelles de manière durable», souligne Evelyne Marendaz. «Quant aux instruments économiques visant à inciter et à financer des mesures en faveur de la diversité biologique, ils doivent être améliorés ou renouvelés.»

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 Fig. 1: Fort recul de milieux naturles précieux
FORT RECUL DE MILIEUX NATURELS PRÉCIEUX
Les zones alluviales, les marais ou les prairies et pâturages secs (PPS), autrefois très répandus, ont nettement diminué depuis 1900. Les zones alluviales ont surtout été sacrifiées lors des corrections des eaux; les marais ont été exploités pour leur tourbe ou transformés en surface agricole; quant aux PPS, ils ont été cultivés de manière toujours plus intensive ou ont été laissés en friche et se sont reboisés. Entre 1900 et 2010, les zones alluviales ont perdu 36% de leur surface, les marais 82% et les PPS 95%. Mais de grandes modifications avaient déjà eu lieu avant 1900. Si on considère la période allant de 1850 à nos jours, les zones alluviales ont perdu 71% de leur superficie.
Source: Lachat T. et al. (réd.) 2010: L’évolution de la biodiversité en Suisse depuis 1900 – Avons-nous touché le fond? Bristol-Stiftung Zurich. Berne: Editions Haupt.
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 Fig. 2: Aires de protection nationales dédiées à la biodiversité
AIRES DE PROTECTION NATIONALES DÉDIÉES À LA BIODIVERSITÉ
Les inventaires des biotopes d’importance nationale (hauts-marais et marais de transition, bas-marais, zones alluviales, sites de reproduction des batraciens, depuis 2010 prairies et pâturages secs) sont un instrument important de la politique de la Confédération en matière de diversité biologique. Des débuts en 1991 à nos jours, la superficie de ces espaces strictement protégés a constamment augmenté (graphique de gauche: avec Parc national). Les zones alluviales et les marais, surtout, ont ainsi pratiquement cessé de perdre du terrain. Toutefois, seules les surfaces restantes ont pu être protégées, et leur qualité ne cesse de baisser (fig.3). Les biotopes mentionnés, les réserves d’oiseaux d’eau et de migrateurs ainsi que les districts francs ne couvrent à eux tous que 6,19% du territoire national.
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 Fig. 3: Baisse de qualità des Marais
BAISSE DE QUALITÉ DES MARAIS
Un grand défi consiste à préserver la qualité des biotopes protégés d’importance nationale. Les zones alluviales ont besoin d’immersions périodiques et d’une certaine dynamique naturelle; les prairies et ­pâturages secs doivent continuer à être exploités de manière extensive; quant aux marais, ils ne survivent pas sans un régime hydrique intact et un faible apport en nutriments. Or une enquête menée sur mandat de l’OFEV a constaté qu’en cinq ans, la qualité des hauts-marais et bas-marais d’importance nationale s’était souvent dégradée (période d’observation: de 1997/2001 à 2002/2006). Plus d’un quart de ces marais se sont nettement asséchés et dans un autre quart, la charge en nutriments a sensiblement augmenté. L’apport d’azote atmosphérique dû à l’agriculture et au trafic est particulièrement pro­b­lématique.
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 Fig. 4: Asphalte et Béton
ASPHALTE ET BÉTON
Une des caractéristiques des milieux bâtis est l’imperméabilité de leurs sols. Urbanisation et bétonnage croissent en effet en parallèle. Le graphique ci-dessus montre l’évolution des sols imperméabilisés lors des trois relevés de la statistique de la superficie réalisés depuis 1979. Les résultats de 2004/2009 n’étant que partiellement disponibles, les données concernent 38 % du territoire suisse. Elles pro­viennent surtout du nord et du nord-ouest du pays.
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 Fig. 5: 36% des espèces sont menacées
36% DES ESPÈCES SONT MENACÉES
En Suisse, les listes rouges contiennent un nombre variable d’espèces selon les groupes. Parmi les vertébrés, ce sont les amphibiens et les reptiles qui sont particulièrement menacés: 70% des espèces d’amphibiens et 79% des espèces de reptiles sont sur les listes rouges. Le pourcentage de cas pour lesquels les données à disposition sont insuffisantes montre que la recherche doit être intensifiée.
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 Fig. 6: Les causes
LES CAUSES
Le graphique indique ce qui met en danger les espèces végétales dont la protection est hautement prioritaire, notamment les sortes très rares, menacées, caractéristiques d’un milieu naturel donné ou particulièrement importantes pour la survie d’autres espèces, ou encore celles dont la Suisse est respon­sable en Europe ou dans le monde.
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 Fig. 7: Les papillons en chute libre
LES PAPILLONS EN CHUTE LIBRE
Ce graphique met en évidence l’évolution des papillons dans la région de Bâle (1500 km2 env.). Le nombre d’espèces typiques des terres agricoles diversifiées ne cesse de diminuer depuis 1930. Près de 20% d’entre elles sont considérées comme disparues depuis 1980, principalement en raison de l’intensification de l’exploitation, de l’abandon de prairies et pâturages secs éloignés et difficiles à travailler ainsi que de l’extension des zones habitées et industrielles. Lorsque l’on remarque qu’une espèce est en train de disparaître, la diversité biologique a déjà subi d’importantes modifications. En effet, l’extinction d’une espèce est toujours précédée d’une très forte diminution des effectifs. Ainsi, autour de Bâle, seuls de rares endroits abritent encore des argus bleus et des mélitées, autrefois très répandus. Ces petites populations très isolées sont fortement menacées.
Fonte: Altermatt F. et al.: Die Grossschmetterlingsfauna der Region Basel. Monographien der Entomologischen Gesellschaft Basel, 2, 423 pag., Basilea, 2006.
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 Fig. 8: Uniformisation du plateau
UNIFORMISATION DU PLATEAU
Il y a une centaine d’années, le Plateau suisse comptait encore autant de sortes de papillons diurnes que les zones de montagne. Depuis, il s’est uniformisé. Ce phénomène a touché presque tous les groupes d’espèces. Le graphique montre la diversité en papillons diurnes sur les placettes d’échantillonnage (de 1 km2 chacune) du Monitoring de la biodiversité en Suisse (2003/07). Plus le point est gros et rouge, plus les espèces observées sont nombreuses. La principale cause de recul est la diminution des milieux naturels riches en fleurs et exploités de manière extensive. Dans les Alpes, la diversité en papillons diurnes par kilomètre carré est aujourd’hui deux fois plus importante que sur le Plateau. Mais l’agriculture s’y est aussi intensifiée depuis les années 1980, et les espèces menacées et spécialisées des terres cultivées y ont reculé.
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 Fig. 9: Recul dans les alpes
RECUL DANS LES ALPES
Ces vingt dernières années, une vague d’intensification de l’exploitation agricole a frappé les régions de montagne. Sur les prairies et pâturages propices, l’apport d’engrais a augmenté et l’irrigation est devenue plus importante ou plus régulière; l’exploitation y commence plus tôt dans la saison et de manière plus intensive. Simultanément, les surfaces isolées et difficiles à travailler ont été abandonnées et sont devenues des friches ou des forêts. Ce phénomène a fait diminuer la diversité biologique. Le graphique montre l’évolution, entre 1988 et 2006, des populations d’oiseaux nichant dans les prés (tarier des prés, alouette des champs, pipit des arbres, bruant proyer, alouette lulu) dans trois communes valaisannes (Brunnen, Gampel et Savièse).
Source: Sierro A. et al. 2009: Banalisation de l’avifaune du paysage agricole sur trois surfaces témoins du Valais (1988–2006). Nos Oiseaux 56, p. 129–148.

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Dernière mise à jour le: 18.05.2010

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