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Quatorze denrées alimentaires originaires du parc naturel régional de Thal (SO) ont déjà reçu le label «Produit» des parcs suisses. Les acteurs concernés sont tous satisfaits. La nature et le paysage profitent indirectement des chiffres de vente en progression.
«Thal est arrivé chez Coop», se réjouit Michael Bur, responsable des produits régionaux du parc naturel régional «Naturpark Thal», dans le Jura soleurois. Depuis janvier 2010, le grand distributeur propose dans ses rayons sept articles portant le label «Produit» des parcs suisses. Ces spécialités aux noms originaux tels que «Hosenlupf» - un fromage - ou «chaîne du Jura» - une saucisse - sont disponibles dans soixante-sept magasins Coop du nord-ouest du pays. «Elles ont conquis les marchés urbains de Bâle, Aarau, Baden, Olten, Langenthal et Soleure», dit Bur.
Un succès inattendu. Si Bur avait dû prédire début 2009 combien de produits agricoles du parc seraient certifiés en deux ans, il aurait prudemment tablé sur deux ou trois. La réalité a largement dépassé ses attentes: en mars 2009, Coop frappe à la porte - neuf mois avant que la région de Thal soit officiellement reconnue parc naturel régional d'importance nationale par l'OFEV. «Nos études de marché ont démontré que les consommateurs suisses sont de plus en plus nombreux à vouloir des produits régionaux», dit Philipp Allemann, responsable des achats de viande chez Coop. «Ils sont un gage de fraîcheur, de qualité et de proximité.»
Les négociations commencent trois mois plus tard et en septembre 2009, le grand distributeur décide de compléter son assortiment par des produits du parc de Thal. Début 2010, les premiers fromages et saucisses munis du label «Produit» et du logo du parc apparaissent dans les rayons.
Depuis, d'autres denrées en vente dans les petits commerces et chez les détaillants de la région ont été certifiées. Selon Michael Bur, ces produits ont une importance capitale pour le parc: «Ils lui confèrent un visage au-delà de son périmètre et véhiculent son image à l'extérieur», explique le géographe. «Ce sont des ambassadeurs. La saucisse de Thal est notre Roger Federer à nous: élégante, sympathique, du terroir.»
L'appréciation est la même dans les autres parcs. François Margot, chef de projet du Parc naturel régional Gruyère Pays-d'Enhaut (FR/VD), en cours de création, souligne que les produits certifiés renforcent l'identité collective des communes concernées, tissent des liens entre les acteurs et jettent des ponts, par exemple entre l'agriculture et le tourisme. L'accent est surtout mis sur divers fromages. Comme ceux-ci ne sont souvent livrables qu'en quantité limitée et que la chaîne de valeur ajoutée doit si possible se dérouler intégralement dans la région, la vente se fait surtout dans le parc et les villes avoisinantes. «Mais nous examinerions avec intérêt les demandes d'un grand distributeur», dit Margot.
Un instrument idéal pour le développement régional durable. Le label est à la disposition de tout organe responsable d'un parc d'importance nationale, qui pourra l'attribuer à des denrées alimentaires, des articles non alimentaires ou des services. Les exigences ont été fixées par l'OFEV d'entente avec l'Office fédéral de l'agriculture (OFAG) et le Secrétariat d'Etat à l'économie (SECO). «Elles s'inspirent des directives en vigueur pour les marchés régionaux, reconnues par l'OFAG», explique Patrik Aebi, chef du secteur Promotion de la qualité et des ventes à l'OFAG. Les biens et services certifiés doivent essentiellement être produits et fournis dans le périmètre du parc et les matières premières principales provenir des environs.
Pour Simone Remund, responsable du dossier à l'OFEV, le label «Produit» est un instrument essentiel pour le développement durable d'une région. «Il doit contribuer à conserver la nature et le paysage ainsi que les valeurs culturelles typiques, et à renforcer l'économie.»
Les expériences faites dans le parc naturel régional de Thal démontrent que le label consolide effectivement les chaînes de création de valeur aux alentours. La fromagerie Reckenkien à Mümliswil (SO), par exemple, qui produit entre autres le «Hosenlupf» et le «Passwang-Mutschli», écoule maintenant beaucoup plus de marchandise. «Nous sommes très contents des ventes», dit le fromager Hansjörg Stoll. «Le parc a répondu à nos attentes.» L'augmentation de la demande bénéficie aussi aux agriculteurs. «Le lait utilisé pour le fromage provient exclusivement des fermes environnantes», continue Stoll. «Comme nous pouvons transformer davantage de lait frais des montagnes, son prix augmente et les paysans en profitent.»
Saucisse à succès. Pour ses saucisses certifiées, Robert Stübi, boucher au village de Matzendorf (SO), s'approvisionne en viande auprès de quatorze fermiers. «Je tiens à collaborer avec les producteurs locaux», dit-il. «Je sais ainsi d'où viennent les animaux et comment ils ont été élevés. De plus, les bêtes ne doivent pas subir de longs trajets jusqu'aux abattoirs.» Il dresse un bilan très positif de sa collaboration avec Coop, qui a débuté il y a un an. Parfois, il a même été en rupture de stock. Entre-temps, la demande s'est stabilisée à un niveau fort satisfaisant dans les magasins Coop et sa boucherie a accru ses chiffres de vente. Les emplois de ses dix collaborateurs sont garantis. Deux apprentis sont venus renforcer l'équipe.
Comme le label «Produit» ouvre de nouveaux débouchés aux exploitants agricoles, l'idée des parcs séduit également l'Union suisse des paysans (USP). «Outre la protection et la conservation des paysages naturels et cultivés, nous attendons des parcs qu'ils améliorent les conditions socio-économiques dans les zones structurellement faibles», explique Julia Zuberbühler, du groupe consultatif Label Produit de l'USP. Ce genre d'impulsion vient à point nommé pour la région de Thal, qui risque de perdre plus de 18% de sa population d'ici à 2030 selon les prévisions. La valeur ajoutée générée par le parc devrait permettre d'enrayer cette évolution.
Une plus-value certaine. Le parc de Thal a joué un rôle de pionnier ces deux dernières années en matière de produits labellisés. «Nous recevons régulièrement des demandes provenant de parcs en phase de création», dit Michael Bur. D'autres produits seront vraisemblablement labellisés dans un avenir proche, si possible aussi dans les catégories non alimentaires. Mais les responsables ne pourront plus assister complètement les producteurs comme ils l'ont fait pour les quatorze premiers. «Les démarches administratives sont considérables. Nous conseillons les producteurs et les transformateurs, organisons et suivons la certification, aidons à commercialiser et à lancer le produit», explique le chef de projet. Le parc élabore à cet effet un catalogue de prestations définissant le soutien qui peut désormais être apporté aux producteurs et prestataires intéressés par le label.
En raison du travail nécessaire et des coûts qui en découlent, le label «Produit» n'est en général rentable que pour les transformateurs artisanaux de taille moyenne. Les agriculteurs qui vendent leurs produits à la ferme n'en ont pas besoin, car les clients voient tout de suite que la marchandise provient du voisinage. En outre, seuls les transformateurs artisanaux peuvent garantir des denrées de qualité égale en quantité suffisante.
Et pourtant, une plus-value accrue est assurée pour toute la contrée. «Ces exploitations sont implantées ici, elles créent des emplois, forment des apprentis, transforment les matières premières locales et sont étroitement intégrées dans les chaînes de valorisation», insiste Michael Bur. «Elles contribuent donc au dynamisme de la région.»
Des bonus pour la nature et le paysage. Mais quels avantages la nature et le paysage retirent-ils de la vente croissante de fromage et de saucisses? Ils en profitent indirectement et à longue échéance. «Le partenaire soutient les efforts entrepris par le parc pour inciter les fournisseurs de viande à préserver leur environnement au-delà de la simple preuve des prestations écologiques», précise par exemple l'accord de partenariat entre le parc naturel régional de Thal et la boucherie de Matzendorf. «Le programme pluriannuel Nature et paysage du canton de Soleure (accords concernant les lisières, les pâturages d'estivage, les prairies naturelles ou les haies), les activités de protection locales et régionales ou les projets de l'organe responsable du parc offrent des possibilités dans ce sens.»
Il n'existe aucune prescription. «Obliger les paysans à choisir un mode de production biologique ou à appliquer des mesures spécifiques pour encourager la biodiversité irait clairement à l'encontre de la philosophie du parc», estime Michael Bur. Il est pourtant convaincu que les accords conclus sont aussi tout bénéfice pour la nature et le paysage. «Si les gens constatent que le parc leur apporte des avantages économiques, ils seront prêts à soutenir ou même à lancer des projets de conservation et de valorisation de la biodiversité.»
Gregor Klaus
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