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Portrait
Le sol qui amortit discrètement nos pas dans la forêt est un système naturel des plus précieux. Il emmagasine l'eau et fournit aux végétaux les éléments nécessaires à leur croissance. Il sert aussi d'ancrage aux racines. Sans lui, il n'y aurait pas de bois.
Lorsqu'on abat un arbre et qu'on emmène son tronc, l'écosystème ne perd que peu de substances nutritives: la couronne, les branches, la souche, les feuilles ou les aiguilles qui restent sur place y sont décomposées et transformées en nouveaux aliments par les organismes qui peuplent l'humus. Ce recyclage referme la boucle empruntée par les substances - si on fait abstraction des pluies acides. En effet, la forte teneur en polluants de celles-ci accélère les processus naturels d'acidification dans le sol. Sa fertilité diminuant en conséquence, certains éléments essentiels viennent à manquer et les conditions de vie des arbres et de la petite faune qu'il abrite - comme les vers de terre - se dégradent elles aussi.
Le sol forestier fonctionne comme une éponge. Un réseau de racines long de plusieurs kilomètres - associé à divers organismes - ameublit ses différentes couches. Il en résulte un système d'interstices finement ramifié capable de capter même l'eau d'un puissant orage. Un terrain profond peut retenir plus de 250 litres d'eau par mètre carré et réduire ainsi le risque de crue. Pour éviter de le compacter, les lourdes machines de récolte du bois ne doivent être utilisées que lorsqu'il est suffisamment ressuyé.
Le sol de nos forêts filtre également les précipitations qu'il reçoit: en Suisse, les eaux souterraines ainsi épurées peuvent être transformées en eau potable à moindre coût. Il stocke en outre de grandes quantités de carbone et limite ainsi - tout comme les arbres - la concentration de CO2 dans l'atmosphère, ce qui ralentit le réchauffement climatique.
Enfin, le sol forestier accueille d'innombrables organismes. Sur un mètre carré et pour une profondeur de trente centimètres, on y compte environ un milliard de bactéries, dix millions de champignons, un million d'algues et autant de vers microscopiques, 100'000 acariens, 300 myriapodes, 100 coléoptères, 80 vers de terre et 50 araignées. Ensemble, ces être vivants assurent la dégradation, la transformation et la remise à disposition de la substance organique. Pour le bien de nos contrées boisées en cette Année internationale de la forêt.
Georg Ledergerber
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