Construction durable: Des exigences multiples

29.05.19 - Pour construire durablement, il importe de tenir compte d’une multitude de critères, au-delà des seuls besoins énergétiques du bâtiment. Car les secteurs de la construction et du logement font partie des domaines les plus gourmands en ressources, sans parler de leur impact sur l’environnement et de leur contribution au réchauffement climatique.

Texte : Mike Sommer

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Construction durable en bois : le nouvel atelier de production de BLS à Bönigen (BE) a reçu le prix spécial Bois suisse lors de la remise du Prix Lignum en 2018.
© Thomas Telley | Prix Lignum 2018

Pour la plupart des gens, l’expression « construction durable » évoque probablement surtout les facteurs énergivores que sont le chauffage, la réfrigération et la production d’eau chaude. En 2000, presque 35 % de l’énergie finale était affectée en Suisse au chauffage des locaux, contre 31 % seulement en 2015. Bien qu’une population croissante habite et travaille dans des bâtiments sans cesse plus nombreux, les besoins énergétiques liés au chauffage diminuent.

La hausse des prix de l’énergie, la taxe CO2 sur les combustibles, une sensibilité grandissante aux questions environnementales et l’avancée de la législation contribuent de plus en plus à l’avènement de normes de construction qui réduisent massivement la consommation énergétique. Un autre indice l’atteste : entre 1975 et 2015, les besoins en chaleur d’une maison d’habitation neuve en matière de chauffage et de production d’eau chaude ont baissé en moyenne de 75 %. La rénovation continuelle du parc immobilier entraînera des progrès supplémentaires, même si le taux d’assainissement actuel reste assez modeste. Toutefois, les besoins énergétiques des nouveaux bâtiments diminuant, les autres effets de la construction sur l’environnement passent au premier plan.

Le poids de l’énergie grise

Ces effets concernent notamment l’extension des surfaces vouées à l’habitat, à l’activité professionnelle et aux loisirs, ce qui se répercute sur la structure du milieu bâti, la mobilité et les besoins en matières premières. De plus, la consommation de matériaux de construction est déterminante. Ces matériaux recèlent, outre les matières premières proprement dites telles que le gravier, de l’énergie dite grise, c’est-à-dire l’énergie primaire non renouvelable nécessaire à l’extraction des matières premières, à la fabrication des matériaux, à leur traitement et à leur élimination, sans oublier les transports. Rapportée à la surface et à la longévité d’un bâtiment, cette énergie grise peut être comparée avec l’énergie d’exploitation de l’objet. Le résultat est étonnant : même dans les nouvelles constructions à basse consommation, chaque mètre carré de surface utile représente entre 40 et 50 kilowattheures d’énergie grise par an, soit plus que le chauffage et l’eau chaude.

On peut calculer à l’avance la quantité d’énergie grise d’un bâtiment grâce à un catalogue qui se fonde sur les données des écobilans dans la construction publiées par la Conférence de coordination des services de la construction et des immeubles des maîtres d’ouvrage publics (KBOB). Ce catalogue présente une évaluation des aspects environnementaux des matériaux et des éléments de construction tels que l’énergie grise ou les émissions de gaz à effet de serre exprimées en équivalents CO2, et il en établit le bilan sur la base d’unités de charge écologique ou écopoints. Il est ainsi possible de comparer, sous l’angle de l’impact environnemental, le bilan d’un plafond en béton et celui d’un plafond en bois massif.

Améliorer la valorisation

Le choix conscient des matériaux a indubitablement pour effet de rendre les bâtiments plus durables. Le sort qui leur est réservé après la démolition ou la déconstruction n’est également pas sans conséquences sur l’environnement. Selon David Hiltbrunner, de la section Cycles matières premières à l’OFEV, « l’objectif doit consister à valoriser les déchets aussi bien que possible pour ménager les ressources et les décharges ». Ce principe fonctionne déjà pour les métaux. De plus en plus, le béton de démolition est utilisé comme granulat dans le béton de recyclage ou comme substitut du gravier pour la construction des routes.

Il convient d’accorder davantage d’attention à la conception des éléments de construction de manière à accroître le taux de recyclage, explique David Hiltbrunner, qui illustre son propos par l’exemple des plaques de polystyrène utilisées dans l’isolation : « Ces plaques constituent certes d’excellents isolants, mais leur élimination est un cauchemar car elles sont généralement collées sur une surface dont elles ne peuvent guère être séparées. » Insérer et visser plutôt que coller, tel est donc le mot d’ordre, de même qu’éviter les matériaux et structures composites. Les techniques de construction flexibles ont aussi un rôle important à jouer car elles facilitent les transformations et le remplacement des différents éléments. Elles prolongent la durée de vie des bâtiments et réduisent ainsi l’impact sur l’environnement.

Le standard SNBS

Certes, certains produits sont conçus pour durer, mais leur prix souvent plus élevé les pénalise sur le marché. David Hiltbrunner est convaincu que « les progrès passent par la sensibilisation et de bons exemples ». À cet égard, le Réseau construction durable Suisse (NNBS), qui regroupe des entreprises, des associations sectorielles, des instituts de recherche, des cantons, des communes et des offices fédéraux, joue un rôle essentiel. Ce réseau, qui encourage les échanges entre tous les acteurs, a mis au point le Standard Construction durable Suisse (SNBS) afin d’aider les maîtres d’ouvrage et les investisseurs dans ce sens – pour l’heure dans le seul domaine du bâtiment. La Confédération applique d’ores et déjà largement le standard SNBS dans ses propres projets d’envergure. Depuis 2016, il est aussi possible de procéder à la certification SNBS des ouvrages. Si les maîtres d’ouvrage n’ont pas été nombreux à y recourir jusqu’ici, cette situation devrait évoluer à long terme, car les certificats de durabilité améliorent la viabilité commerciale des objets.

Le rapport du Conseil fédéral publié en 2016 sur l’économie verte prévoit également des mesures visant à promouvoir les matières premières secondaires. Ces mesures ont notamment pour objectif de réduire sensiblement les déchets de chantier.

44 critères de durabilité

Le SNBS permet d’évaluer les ouvrages en fonction de 44 critères. Outre la disponibilité des ressources, l’énergie grise, le mode de construction et la valorisation potentielle, ces critères concernent par exemple les enjeux urbanistiques, les équipements, les chaînes de valeur locales, la faune et la flore, la conception de la mobilité, ainsi que des aspects sociaux. Seule une approche aussi large permet de saisir la durabilité d’un ouvrage de manière réaliste. Dans ce cadre, certains critères peuvent se concurrencer, voire se contredire. Par exemple, si l’enveloppe épaisse d’un bâtiment recèle une part d’énergie grise plus importante en mobilisant davantage de matériaux, son isolation thermique en sera accrue, ainsi que sa longévité, selon les circonstances. De telles contradictions rendent la construction durable d’autant plus complexe.

Aux yeux de David Hiltbrunner, l’approche globale encouragée par le NNBS est décisive pour que la construction et, par conséquent, le secteur du logement deviennent plus durables. Afin d’appréhender la question dans toute sa complexité, les experts de l’OFEV échangent régulièrement au sein d’une commission de coordination interne à l’office. Ce réseautage permet d’attribuer à cette problématique, capitale pour l’environnement, toute l’attention qu’elle mérite.

Les avancées de la numérisation comportent assurément aussi des opportunités considérables. De nouveaux instruments, comme le Building Information Modeling (BIM) (ou modélisation des informations sur le bâtiment), permettent dorénavant une conception beaucoup plus précise des projets. Il sera par exemple possible de simuler la consommation d’énergie future d’un bâtiment ou d’établir un passeport des matériaux de construction utilisés.

Construire dans le respect du paysage

Toute construction modifie le paysage. C’est pourquoi les aspects tels que la situation et la qualité de la conception sont très importants. « Du point de vue écologique, la maison individuelle construite sur une prairie n’est pas durable car elle contribue au mitage, imperméabilise le sol et entraîne une mobilité inutile », indique Claudia Moll, de la section Espace rural à l’OFEV, qui défend les intérêts de la qualité du paysage au sein de la commission de coordination Construction durable interne à l’office. Ces aspects sont cruciaux pour la qualité de vie justement dans les paysages urbains où vivent quelque 85 % de la population suisse.

Les enjeux sont multiples : les bâtiments doivent bien s’insérer dans la topographie et intégrer les caractéristiques régionales du lieu. « Nous renforçons ainsi les chaînes de valeur et l’attractivité régionales tout en soutenant des prestations paysagères telles que le sentiment d’identification et d’appartenance, la détente nécessaire à la santé et la satisfaction des besoins esthétiques », ajoute Claudia Moll. La construction durable comprend en outre une réflexion sur l’aménagement des alentours des bâtiments. Les surfaces ouvertes soigneusement conçues favorisent la biodiversité, elles améliorent le climat urbain et créent des espaces de rencontre.

L’experte de l’OFEV note que « l’approche transdisciplinaire constitue un défi ». « Notre tâche consiste à promouvoir la compréhension d’une conscience globale de la qualité du paysage qui soit compatible tant avec la nature qu’avec l’être humain. » La Conception « Paysage Suisse » (CPS), en cours de remaniement, adopte également cette perspective en formulant des objectifs contraignants concernant la politique territoriale de la Confédération. Dans le cadre du plan d’action lié à la Stratégie Biodiversité Suisse, approuvé en 2017 par le Conseil fédéral, un projet pilote de l’OFEV examine en outre la question de savoir comment soutenir efficacement la biodiversité et les qualités paysagères alors que les agglomérations continuent de se développer.

Le bois : fondamentalement durable

En tant que matière première naturelle, renouvelable et indigène, le bois représente le matériau durable par excellence. Il est capable d’absorber et de stocker sur le long terme le principal gaz à effet de serre contenu dans l’atmosphère, le dioxyde de carbone. Utilisé dans la construction, le bois issu de la région contient peu d’énergie grise, ses émissions de gaz à effet de serre sont faibles ; c’est un bon isolant, qui peut être valorisé thermiquement sans incidence sur le climat. Pour Achim Schafer, de la section Industrie du bois et économie forestière de l’OFEV, le bois régional ne marque pas seulement des points comme matériau écologique : « L’utilisation du bois dans la construction accroît la valeur ajoutée au niveau régional. Le bois provenant d’une gestion forestière durable contribue à favoriser la biodiversité, la purification de l’air, la protection contre les dangers naturels, ainsi que l’emploi dans les régions périphériques. » Il est difficile de quantifier ces prestations, qui sont pourtant partiellement prises en compte dans l’écobilan et le Standard Construction durable Suisse (SNBS). Avec 37 millions de tonnes en 2015, la part du bois dans les 3,2 milliards de tonnes que pèse le patrimoine bâti suisse est modeste. Le potentiel que recèlent les matériaux de construction, le mobilier et les aménagements intérieurs et extérieurs est donc loin d’être épuisé. Seuls deux tiers de la production annuelle de bois exploitable dans les forêts suisses sont récoltés.

Par sa politique de la ressource bois, la Confédération entend encourager l’utilisation de cette matière première dans la construction. Les nouvelles prescriptions de protection contre les incendies concernant les bâtiments en bois constituent une importante étape dans ce sens, puisqu’elles autorisent la construction d’habitations, de bureaux, d’immeubles industriels et commerciaux et de bâtiments scolaires pouvant atteindre 30 mètres de haut. À certaines conditions, les éléments porteurs et coupe-feu en bois sont également autorisés dans les bâtiments de grande hauteur. La Conférence de coordination des services de la construction et des immeubles des maîtres d’ouvrage publics (KBOB) prépare de nouvelles recommandations, notamment concernant l’achat de bois produit durablement et les immeubles en bois dans la stratégie immobilière.

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Dernière modification 29.05.2019

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