Cooperation avec la chine: Quand David aide Goliath

12.02.2012 - En une décennie seulement, la Chine est devenue l’«usine du monde». Mais la médaille a son revers: une grave pollution, qu’il s’agit de maîtriser. La Suisse offre soutien et savoir à l’Empire du Milieu.

En Chine, la Suisse s’engage en faveur de l’amélioration de la prévention des dangers liés aux fluctuations du Yangtsé. La population de Chongqing en profite aussi. Cette métropole est exposée à de très grandes variations météorologiques. En 2010, un mois de sécheresse a fortement affecté le débit du fleuve, menaçant l’approvisionnement en eau de près de 20 millions de personnes. Quelques mois plus tard, d’énormes précipitations ont provoqué l’inondation des quartiers riverains.
© EPA/Zhao Junchao; AP/CHINA OUT

Grâce à sa forte croissance économique (environ 10% par an), la Chine est passée en peu de temps du stade de pays émergent à celui d'atelier de la planète. Depuis des années, les consommateurs se ruent sur les produits chinois, assurant ainsi une prospérité croissante à l'Empire du Milieu. Même si quelque 800 millions d'habitants des régions rurales vivent encore à la limite du seuil de pauvreté, des millions de privilégiés mènent une existence aisée à Shanghai ou Pékin, des métropoles en plein essor.

La Chine est devenue le principal partenaire commercial asiatique de la Suisse, qui a importé des marchandises chinoises pour quelque six milliards de francs en 2010. Durant la même ­période, les exportations suisses ont enregistré une croissance rapide et dépassé les sept milliards de francs. La Suisse est l'un des rares pays industriels à présenter un excédent commercial par rapport à la Chine. «Vu cet échange intense de marchandises, nous assumons une coresponsabilité considérable dans les conditions de production en Chine», constate Karine Siegwart, cheffe de section à la division Affaires internationales de l'OFEV.

Pollution et dangers naturels accrus. La médaille a son revers: une destruction énorme de l'environnement, qui porte fortement atteinte aux bases naturelles de la vie (eau, air, sols), menace la santé des êtres humains et des animaux de rente et a un impact négatif sur l'écologie de la planète en raison des émissions, dont beaucoup ne s'arrêtent pas aux frontières nationales. La Chine, très grande consommatrice de charbon et - de plus en plus - de pétrole, est la première émettrice de gaz à effet de serre du monde, bien que les rejets par habitant ne représentent qu'un quart environ de ceux d'un Américain. Dans de vastes parties du pays, la population souffre déjà des conséquences du réchauffement climatique global: les régions côtières sont de plus en plus fréquemment frappées par des crues et des typhons, tandis que dans certaines zones du centre, les périodes de sécheresse se multiplient et la désertification gagne du terrain.

Ces nombreux problèmes accroissent la sensibilité à l'environnement en Chine, et les manifestations contre la pollution, qui réduit la qualité de vie, augmentent. Les spécialistes en environnement du gouvernement central ont bien dû reconnaître que les problèmes écologiques provoquaient de gros dégâts et menaçaient de miner les gains de prospérité procurés par la croissance économique.

La Chine, pays montagneux comme la Suisse, est aussi touchée par la fonte rapide des glaciers et l'augmentation du nombre de crues extrêmes. Là-bas comme ici, coulées de boue, avalanches, éboulis, glissements de terrain et crues menacent la vie humaine et les biens matériels. Frappée par plusieurs grandes catastrophes au cours des décennies, la Suisse a développé avec succès des techniques et méthodes pour limiter l'ampleur des dégâts. «Grâce à nos longues années d'expérience dans le domaine de la gestion intégrée des risques, nous disposons aujourd'hui d'un savoir précieux dont profite aussi la Chine», explique Andreas Götz, sous-directeur de l'OFEV. «Le pays ne doit pas repartir de zéro et peut éviter les fautes commises par le passé en Suisse.»

Ensemble contre les crues. En avril 2009, la Suisse et la Chine ont signé l'Accord sur la gestion durable des eaux et la pré­vention des dangers. Ce document vise notamment à renforcer la collaboration en matière de prévision des crues et de préalerte en cas de risque de vidange des lacs glaciaires. Comme l'explique Josef Hess, expert en dangers naturels à l'OFEV, la Chine s'intéresse à l'échange de connaissances pratiques tandis que la Suisse peut tester ses systèmes et méthodes de surveillance et d'alerte précoce sur la rivière Yarkant, dans la province du Xinjiang (nord-ouest de la Chine). Des vidanges subites de lacs glaciaires - comme à Grindelwald en 2008 - ont souvent des conséquences dramatiques en Chine vu leur ampleur. Les crues brutales récurrentes du Yarkant font de nombreuses victimes chaque année et causent de gros dégâts aux cultures et à l'infrastructure. $

Pour améliorer la prévision du débit dans le bassin versant du Yangtsé, le plus long fleuve de Chine, on utilise et développe le programme informatique MINERVE déjà testé en Valais. Les partenaires asiatiques espèrent entre autres acquérir ainsi des connaissances leur permettant d'exploiter de manière optimale le barrage des Trois-Gorges afin de prévenir surtout les risques de crues dans le cours inférieur du Yangtsé. Le programme informatique RISKPLAN, également mis au point par l'OFEV et déjà traduit en chinois, est aussi utilisé sur le fleuve. Il permet de déterminer le degré et la répartition spatiale des dangers et de planifier des mesures efficaces. Par ailleurs, un projet de surveillance et de sécurisation des barrages a été lancé en collaboration avec l'Office fédéral de l'énergie (OFEN). Grâce à cette coopération, la Suisse a été l'un des rares pays à pouvoir envoyer sa propre délégation au forum chinois sur le Yangtsé en avril 2011.

D'autres projets suivront - notamment pour améliorer l'utilisation et la qualité des eaux. Les prochaines étapes seront fixées en avril 2012 lors de la cinquième conférence annuelle de l'atelier sino-suisse sur la gestion des ressources en eau et la réduction des catastrophes naturelles à Pékin.

Un savoir-faire suisse très prisé. Tous les projets sont réalisés en collaboration avec la Direction du développement et de la coopération (DDC). Cette dernière finance la contribution suisse - plus de deux millions de francs - aux projets menés sur le Yarkant et le Yangtsé ainsi que pour sécuriser les barrages. Grâce à son savoir-faire internationalement reconnu dans le domaine des eaux et du développement rural, la Suisse jouit d'une excellente réputation en Chine comme ailleurs. En lançant le Programme global Changement climatique (GPCC) en 2008, la DDC a par ailleurs institué un réseau d'éminents spécialistes, auxquels viennent s'ajouter des experts issus de nombreuses organisations telles que la plateforme «Dangers naturels» PLANAT ou la division Sandec (Eau et assainissement dans les pays en développement) de l'Institut de recherche sur l'eau (Eawag). «La Chine est reconnaissante à la Suisse pour son savoir technique et ses ressources. Elle s'engage dans l'échange d'expériences, ce qui a un impact positif sur nos relations politiques et économiques», révèle Andreas Götz, qui est aussi président de PLANAT.

Impulsions pour la politique climatique. Dans le cadre de la collaboration avec le GPCC, une délégation chinoise de haut rang s'est informée en août 2011 sur la politique climatique suisse et les outils de réduction de la pollution atmosphérique. Le ministère de l'environnement à Pékin a invité des services suisses à participer à l'élaboration d'un projet de loi sur le climat. Une première rencontre d'experts du forum sino-suisse pour la politique climatique a eu lieu en octobre 2009, peu après le lancement du GPCC, qui vise la réduction des émissions de CO2 et d'autres gaz à effet de serre dans les pays émergents.

Par ailleurs, dans le cadre de son programme de lutte contre le changement climatique, la DDC soutient depuis 2010 l'initiative «Low Carbon Cities China». En partenariat avec cinq villes chinoises, elle entend promouvoir la gestion énergétique à l'exemple des Cités de l'énergie Zurich, Genève et Lausanne par un échange de savoir et un soutien technique. 

La leçon sur les déchets électroniques. Le thème de l'efficacité de l'énergie et des ressources est aussi présent dans la collaboration en matière de récupération des matières premières non renouvelables contenues dans les déchets électroniques. Pionnière du recyclage, la Suisse a notamment soutenu la Chine dans la mise en place de systèmes de valorisation efficaces. «En Chine, les déchets électroniques produits sur place ou issus des pays industrialisés sont pour la plupart traités dans des conditions catastrophiques dans le secteur informel», explique Marco Buletti, de la section Valorisation et traitement des déchets à l'OFEV. «D'innombrables petites exploitations éliminent de grandes quantités de métaux lourds toxiques dans les eaux et les sols ou rejettent des polluants tels que de la dioxine dans l'atmosphère, ce qui nuit à la santé des employés et dégrade l'environnement.»

Les spécialistes suisses ont pu montrer comment améliorer la situation dans ce domaine en appliquant le système des incitations financières. «Nous avons proposé par exemple de dégrever fiscalement les exploitations exemplaires qui valorisent les déchets électroniques avec des méthodes modernes respectueuses de l'environnement», explique Marco Buletti. Ces entreprises disposent ainsi de fonds supplémentaires pour récupérer de vieux appareils voués à disparaître par la filière informelle. Ce programme encouragé par la Suisse a contribué à former les acteurs de manière appropriée et à élaborer un projet de loi chinoise régissant la valorisation des déchets électroniques. Il a été financé par la coopération au développement du Secrétariat d'Etat à l'économie (SECO) et suivi par le Laboratoire fédéral d'essai des matériaux et de recherche (EMPA), dont l'OFEV est membre consultatif. Dans le cadre de la Convention de Bâle, la Suisse s'engage en outre activement sur le plan international pour le recyclage écologique des appareils électriques.

Vers un accord de libre-échange. L'engagement pragmatique dans les négociations internationales et la coopération environnementale sans intérêts propres directs valent à la Suisse une bonne réputation en Chine. Ce crédit lui permet d'imposer certaines exigences importantes de sa politique environnementale internationale: par exemple, la Chine a donné son accord à la convention mondiale sur le mercure qu'il est prévu d'adopter. «A notre grande surprise, le chef de la délégation chinoise nous a révélé que la visite d'une délégation de l'OFEV au ministère de l'environnement de Pékin avait été déterminante dans ce contexte», rapporte Franz Perrez, ambassadeur pour l'environnement.

Les relations diplomatiques entretenues depuis plus de 60 ans entre la Suisse et la Chine concernent un large éventail de thèmes. Ces dernières années, les contacts avec le Parlement, les cantons, les provinces, les villes et la société civile se sont également intensifiés. Les deux pays ont signé en janvier 2011 à Davos une déclaration d'intention commune engageant les négociations sur un accord de libre-échange. Durant ses délibérations, la Commission de politique extérieure du Conseil national a souhaité que l'accord règle également l'aspect du développement durable. Elle veut ainsi s'assurer que le libre-échange ne tienne pas compte des seuls intérêts économiques, mais aussi des exigences sociales et écologiques. L'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a élaboré à cet effet des lignes directrices concernant la prise en compte des intérêts environnementaux dans les accords commerciaux. Elles comprennent notamment des dispositions sur l'utilisation durable des ressources, la promotion de standards écologiques de haut niveau ou l'application de la législation nationale en matière d'environnement. Depuis juin 2010, la Suisse propose aussi à ses partenaires, dans le cadre des négociations bilatérales sur les accords de libre-échange, des dispositions types supplémentaires régissant l'échange plus écologique de marchandises, comme c'est désormais le cas avec la Chine.

 Viera Malach


Un petit pays très influent

La politique environnementale internationale de la Suisse, très fructueuse, profite à de nombreux intérêts nationaux. C'est le bilan que dresse une nouvelle analyse de la situation, qui recommande de poursuivre et de renforcer la politique ambitieuse de notre pays.

La politique environnementale internationale de la Suisse entend promouvoir la protection et l'utilisation durable des bases naturelles de la vie. «La Suisse ne contribue pas seulement à protéger l'environnement mondial, elle défend aussi ses propres intérêts», explique Franz Perrez, chef de la division Affaires internationales de l'OFEV. «En effet, notre pays est intégré dans des systèmes universels aussi bien sur le plan écologique qu'économique, social et politique.» L'OFEV, qui dirige les négociations sur les questions globales d'environnement, a présenté le rapport sur la politique environnementale internationale de la Suisse 2012 dans l'optique du sommet mondial Rio+20. Cette analyse de la situation révèle que la Suisse peut apporter efficacement ses atouts et son savoir-faire spécifique dans les conférences internationales traitant des enjeux écologiques globaux - changement climatique, biodiversité ou gestion des produits chimiques. Mais le rapport démontre aussi que la collaboration dans le domaine de l'environnement ne peut ignorer les aspects de l'économie, des finances et du développement.

Priorités stratégiques. Les priorités stratégiques doivent être mises là où la Suisse dispose de compétences spécifiques et agit aussi dans son propre intérêt: le climat, la biodiversité, les produits chimiques, les forêts, les eaux, le commerce et l'environnement, la gouvernance et le financement. Les diplomates environnementaux de la Confédération sont connus pour représenter leurs intérêts avec compétence, détermination et pragmatisme dans les négociations internationales et les autres organes décisionnels importants. «Nous sommes un petit pays actif, crédible et indépendant qui n'appartient à aucun bloc, ce qui nous donne une forte influence créative», estime Franz Perrez.

Une collaboration renforcée. Si la Suisse entend conserver cette position et continuer à avoir son mot à dire dans les processus bilatéraux et internationaux, elle doit renforcer son engagement personnel et financier au rythme des développements politiques. Une occasion d'aller de l'avant lui sera donnée lors des délibérations sur les crédits-cadres pour l'environnement mondial (2013, reconstitution du FEM) ou la coopération au développement 2013- 2016. Par ailleurs, elle doit entretenir les partenariats stratégiques. Longtemps, la Suisse est passée pour une pionnière en matière de droit et de politique de l'environnement dans le contexte international. Aujourd'hui, l'UE vise ce rôle au plan mondial et a développé sa législation sur l'environnement en conséquence. «Comme l'UE est notre premier partenaire commercial, nous devons tenir compte des modifications intervenant en Europe et harmoniser nos dispositions», dit Karine Siegwart, cheffe de la section Europe, commerce et coopération au développement et suppléante du chef de la division Affaires internationales. «La formulation d'une politique de l'environnement nationale indépendante du contexte mondial et européen n'est plus guère possible aujourd'hui.» C'est pourquoi la collaboration avec l'UE est devenue une autre priorité de la politique environnementale internationale.

Le nouveau rapport éclaire les multiples facettes de la politique environnementale internationale cruciales pour notre pays. Il expose aussi les enjeux et les intérêts de la Suisse, de même que les objectifs et les prochaines étapes de son engagement.

Viera Malach

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Dernière modification 14.02.2012

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