Coopération environnementale: Bouffée d’oxygène pour les villes chinoises

27.08.2013 - L’industrialisation galopante de la Chine pollue ses villes de manière inquiétante. Des spécialistes suisses aident les autorités chinoises à élaborer une nouvelle loi sur la protection de l’air. Un autre projet commun vise à installer des filtres à particules pour réduire les émissions des moteurs diesel.

Vendus comme souvenirs, ces masques anti-pollution rappellent les concentrations record de poussières fines mesurées en janvier 2013 à Pékin durant les longues semaines de smog.
Vendus comme souvenirs, ces masques anti-pollution rappellent les concentrations record de poussières fines mesurées en janvier 2013 à Pékin durant les longues semaines de smog.
© Keystone / AP

Texte: Urs Fitze

Plus de 20‘000 autobus diesel circulent dans les rues de Pékin, soit quatre fois davantage que dans toute la Suisse. Et quelque 100‘000 machines de chantier œuvrent dans cette métropole en croissance rapide, qui compte 20,6 millions d’habitants. Les suies rejetées par leurs moteurs et par d’autres sources chargent dangereusement l’air en particules fines, surtout en situation d’inversion thermique durant les mois d’hiver.

En janvier 2013, la pollution de la capitale chinoise a atteint des niveaux extrêmes, jusqu’à vingt fois supérieurs à la limite journalière maximale admise en Suisse pour les particules fines. Bien que l’atmosphère viciée des villes soit l’une des préoccupations écologiques majeures de la Chine, on ne sait pas grand-chose des effets à court terme des récents pics de smog.

L’ingénieure Wang Liyan s’intéresse de près à cette question. Elle travaille dans le programme sino-helvétique « Clean Air and Climate Change Legislation and Policy Framework » (CCLP) comme cheffe de projet à l’ambassade de Suisse à Pékin. Dans le cadre du CCLP, des experts suisses et chinois partagent depuis 2010 leurs expériences en matière de protection de l’air et du climat.

Les problèmes environnementaux sont connus

Des délégations chinoises s’informent des expériences acquises en Suisse.
Des délégations chinoises s’informent des expériences acquises en Suisse avec l’équipement des autobus et des machines de chantier fonctionnant au diesel. Egalement au programme de l’excursion, l’analyse des résultats de mesures relatives aux émissions des moteurs diesel.
© Gerhard Leutert, Berne

Wang Liyan a souffert d’une toux tenace l’hiver dernier, comme bien d’autres résidents de la capitale. Lorsqu’elle s’est rendue chez le médecin, les occupants de la salle d’attente se plaignaient d’inflammations similaires des voies respiratoires. Ils envisageaient toutes les causes possibles, sauf le smog. On ne saurait parler pour autant d’une absence générale de conscience écologique, car la Chine a identifié ses problèmes environnementaux et s’emploie à les atténuer. A Pékin, de nombreux chauffages à distance sont passés du charbon au gaz en 2008 déjà et les voitures diesel sont interdites dans la mégapole, qui compte 5,2 millions de véhicules à moteur. Mais les autobus et les machines de chantier ne sont pas concernés par cette restriction et contribuent largement aux teneurs élevées de poussières fines dans l’atmosphère - en plus de l’industrie lourde, des fourneaux à charbon et des polluants provenant des régions voisines.

L’air souillé des villes exige d’intervenir systématiquement sur toutes les émissions importantes, qu’elles émanent d’installations ou de véhicules neufs ou existants. Mais il faut inévitablement fixer des priorités, car la Chine est confrontée à une tâche herculéenne au vu de sa forte croissance et de la multiplicité de ses sources de pollution.

Un nain à l’avant-garde

Depuis les années 1990, les valeurs limites d’émission pour les gaz d’échappement s’inspirent largement des prescriptions européennes, avec toutefois un certain décalage. A l’heure actuelle, les véhicules utilitaires roulant dans Pékin, comme les autobus et les camions, sont soumis à la norme Chine IV, équivalente à la norme Euro IV. Il est prévu de durcir la réglementation en 2017. Mais, comme en Suisse, les nouvelles dispositions ne s’appliqueront qu’aux véhicules neufs. Les émissions de particules fines dues aux véhicules existants ne seront donc pas abaissées de cette manière.

C’est la raison pour laquelle la Suisse et la Chine ont lancé conjointement le projet « Black Carbon Emissions from Mobile Sources » (BCEMS), qui s’attache à diminuer la concentration de suie dans l’air. L’idée est d’adapter au contexte spécifique les techniques permettant d’installer des filtres sur les engins de chantier et autobus déjà en service, une méthode qui a fait ses preuves chez nous. Le BCEMS est piloté par la Direction du développement et de la coopération (DDC), secondée par l’OFEV. « La Suisse est un nain en regard de la Chine et des énormes difficultés que ses villes en pleine expansion doivent affronter », note Martin Schiess, chef de la division Protection de l’air et produits chimiques à l’OFEV. « Mais grâce à nos travaux d’avant-garde dans la pose de filtres à particules sur les moteurs diesel, nous bénéficions d’une grande expérience et de connaissances susceptibles d’aider efficacement notre partenaire oriental à résoudre ses problèmes de suie. »

Le soufre et ses effets

Même un diesel vieux de dix ans respecte les valeurs limites strictes de la norme Euro VI pour les particules une fois qu’il est muni d’un filtre, explique René Grossmann, conseiller en environnement, qui a suivi le projet sur place depuis le début. A condition d’utiliser un carburant pauvre en soufre et de bien entretenir le moteur et son dispositif d’épuration. Car les gaz d’échappement soufrés réagissent au contact des métaux nobles du catalyseur, entravant ainsi la régénération périodique du filtre. Celui-ci s’encrasse alors plus rapidement, au point de ne plus remplir son office.

La collaboration entre les deux pays vise aussi à introduire dès que possible la norme Chine VI, qui exige que des filtres à particules soient posés d’emblée. La Chine peut compter sur l’expérience pratique de la Suisse, qui impose cet équipement sur ses machines de chantier. Ce transfert de technologie et de connaissances constitue le cœur du projet BCEMS.

Dialogue approfondi

Au mois de juin 2012, la conseillère fédérale Doris Leuthard et son homologue chinois Zhou Shengxian ont signé un accord pour approfondir le dialogue bilatéral en politique environnementale. Il facilitera aussi les échanges de savoir-faire et d’informations dans le domaine de la protection de l’air. Les partenaires chinois chargés d’élaborer une réglementation appropriée auront l’appui de spécialistes suisses.

« Il est apparu clairement lors des discussions que nous avons de gros écueils à surmonter avant de pouvoir doter nos moteurs diesel de filtres à particules », constate Tang Dagang, directeur du centre de contrôle des émissions des véhicules (VECC), rattaché au ministère de l’environnement. « Nous y travaillons. » La qualité du carburant, dont la teneur en soufre est nettement plus élevée qu’en Suisse, pose un grave problème. Il faut d’abord que ce pays dont l’industrie est en plein essor installe des systèmes de désulfuration dans ses raffineries de pétrole. Les produits actuels ne permettent pas d’imposer le standard Chine VI aux nouvelles immatriculations et limitent fortement la gamme de filtres pouvant être montés après coup.

Du technique au juridique

Un autre axe du programme CCLP concerne la rédaction et la mise en pratique d’une législation efficace sur la protection de l’air. Depuis plusieurs années, des représentants de l’OFEV échangent régulièrement des expériences à ce sujet avec les autorités et les instituts de recherche chinois. La loi actuelle de « prévention et contrôle de la pollution de l’air », qui date de 2000, est en cours de révision. « La nouvelle mouture, qui vise l’efficacité, est largement calquée sur le droit en vigueur dans certains pays industrialisés occidentaux », précise Wang Liyan. « Elle s’inspire notamment de l’ordonnance suisse sur la protection de l’air. »

La mise en œuvre de la nouvelle loi requiert des bases scientifiques et des instruments administratifs adéquats. Des experts suisses ont donc adapté le modèle « PolluMap », avec lequel on peut calculer la distribution géographique des émissions de diverses sources, déterminer la pollution qui en résulte et estimer l’incidence des interventions envisagées sur la qualité de l’air. Des spécialistes sont en train de tester le modèle amendé dans un projet pilote de conception de mesures pour les villes de Lanzhou et de Shijiazhuang, afin de l’accommoder encore davantage aux caractéristiques chinoises.

Le fédéralisme helvétique suscite de l’intérêt

« Lors de leurs visites en Suisse, nos homologues orientaux nous ont surtout demandé comment nous appliquons nos prescriptions à l’échelle locale et régionale », indique Martin Schiess. Wang Liyan nous explique que les régions et villes chinoises bénéficient d’une grande autonomie. La législation nationale ne peut pas être imposée simplement de haut en bas. Elle doit faire l’objet d’une large discussion préalable. « En définitive, ce sont la population et les entreprises qui décident de la réussite d’une politique environnementale, par leur respect des restrictions destinées à améliorer leur milieu de vie », remarque Wang Liyan. Elle est convaincue qu’il y a une volonté dans ce sens. « Le nouveau gouvernement chinois accorde une grande importance à la protection de l’environnement. Mais sa réalisation, qui nécessite un changement de mentalité, est une tâche de longue haleine. »

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Dernière modification 27.08.2013

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