Innovations techniques : EcoRobotix, Terranimo & Cie

Pour diminuer les atteintes à l’environnement telles que les résidus de pesticides dans les eaux, les agriculteurs suisses devront à l’avenir adopter des modes de production plus naturels et plus durables. Bonnes pratiques agricoles et innovations techniques peuvent les y aider.

Tracteur d'avenir
Tracteur d'avenir
© Marius Frei

Est-ce un aperçu de l’agriculture du futur ? Le robot agricole se déplace comme par magie dans le champ de betteraves. Pas très élégant - on dirait un mélange d’astromobile et de table de ping-pong - mais efficace. Son bras préhenseur ne pulvérise de l’herbicide que sur les plantules identifiées comme adventices, ou « mauvaises herbes », par la caméra de bord. Du point de vue de l’environnement, cette invention de la start-up romande ecoRobotix, qui devrait être commercialisée dès fin 2016, est très prometteuse. Elle fournit une réponse à deux gros problèmes écologiques : le tassement du sol et l’utilisation intensive de produits phytosanitaires.

Contrairement aux machines agricoles usuelles de plusieurs t, ce robot entièrement autonome pèse à peine 100 kg. Et comme il cible la mauvaise herbe au centimètre près, la consommation de produits de traitement est divisée par vingt. « Cette nouvelle technologie est vraiment très intéressante, elle devrait permettre de réduire au strict minimum l’emploi d’herbicides », souligne Olivier Félix, responsable du Secteur Protection durable des végétaux à l’Office fédéral de l’agriculture (OFAG). « En outre, cette innovation préserve la structure du sol. »

Avions pulvérisé pesticides
© Marius Frei

Lutter contre le tassement

Les engins utilisés dans les champs et les prairies sont de plus en plus lourds et provoquent un compactage du sol. S’ils font gagner beaucoup de temps pour les semis, la fertilisation et la récolte, les conséquences sur l’environnement sont désastreuses : l’eau s’infiltre mal, elle s’écoule directement dans les rivières et les lacs en charriant de grandes quantités de substances nutritives et de produits phytosanitaires. En outre, les plantes ne peuvent plus correctement s’enraciner et les champs deviennent moins productifs. « Le problème provient surtout du tassement des couches profondes du sol, qui ne peuvent pratiquement plus être ameublies », observe Corsin Lang, de la section Sol de l’OFEV. « La régénération du sol est difficile et prend plusieurs années, voire plusieurs décennies. » On ne connaît pas l’étendue des sols compactés dans l’ensemble du pays. Mais une étude des cantons de Suisse centrale a montré qu’environ un tiers des surfaces examinées présentaient d’importantes atteintes physiques. Pour pouvoir mieux évaluer l’état des sols à l’avenir, l’OFEV a chargé la Haute école du paysage, d’ingénierie et d’architecture de Genève (hepia) d’élaborer des bases méthodologiques.

Réduire ou remplacer les produits phytosanitaires

L’impact environnemental des produits phytosanitaires est déjà bien étudié. En 2015, leur concentration dans les ruisseaux et les petites rivières des régions d’agriculture intensive atteignait des niveaux pouvant être toxiques pour certains organismes aquatiques. Plusieurs indices montrent qu’ils sont l’un des facteurs responsables du recul de la diversité des espèces observé dans de nombreux petits cours d’eau. À présent, le pouvoir politique réclame des mesures. C’est ainsi qu’un plan d’action visant à la réduction des risques et à l’utilisation durable des produits phytosanitaires est en cours d’élaboration sous la direction de l’OFAG. Sa mise en œuvre doit permettre de diminuer notablement les apports de pesticides.

Quant à savoir si des innovations comme le robot cité plus haut favoriseront une agriculture plus respectueuse de l’environnement, la réponse dépendra notamment de facteurs économiques. Les nouvelles technologies peuvent certes contribuer à une utilisation plus ciblée des produits phytosanitaires. Mais, comme le souligne Georges Chassot, de la section Qualité des eaux de l’OFEV, l’agriculture doit d’abord privilégier d’autres mesures si possible moins coûteuses. « C’est dans les champs qu’il faut chercher des solutions aux problèmes écologiques », estime-t-il. Il s’agit avant tout de trouver de nouvelles stratégies agronomiques pour protéger les plantes sans produits chimiques. Et si les pesticides sont inévitables, leur application doit être adaptée aux conditions locales, comme la pluviométrie élevée de notre pays et la topographie.

Il est possible de réduire ou de remplacer les produits phytosanitaires sans forcément entraîner de baisse de revenu. C’est ce que montre une étude financée par l’OFEV, « Évaluation de mesures dans l’agriculture pour réduire la pollution des eaux par les pesticides », disponible en allemand seulement, mais dont des extraits ont été publiés dans l’article « Approches pour réduire les apports émanant de l’agriculture » (in aqua & gas, n°4, 2016). L’étude confirme que la culture biologique et la production intégrée (PI) constituent des solutions appropriées. Mais l’agriculture conventionnelle présente aussi un potentiel d’amélioration considérable.

Vers une agriculture d’optimisation et de précision

tracteur spécial
© Marius Frei

La viticulture a marqué de nombreux points dans ce domaine. Au cours des vingt dernières années, l’utilisation d’insecticides a nettement diminué dans les vignobles. Ceci s’explique par le fait que, d’une part, les vignes ont été considérées comme des écosystèmes et que, d’autre part, des vignerons et des représentants d’associations se sont investis pour promouvoir de nouvelles stratégies. Selon Georges Chassot, les grandes cultures ont, elles aussi, besoin de cet esprit de pionnier : « Chaque cultivateur doit chercher les solutions les mieux adaptées aux conditions locales pour limiter l’emploi de produits phytosanitaires. » Ce qui implique également la mise en place d’une offre de vulgarisation indépendante et complète.

Les sous-semis ou les cultures associées sont un exemple de mesure très prometteuse pour diminuer le recours aux herbicides. En Suisse, des essais en cours montrent que les champs de colza et de maïs comportent beaucoup moins d’adventices lorsqu’ils sont couverts par des légumineuses en automne et en hiver (pour le colza) ou après la levée (pour le maïs). Cette technique permet en outre de réduire les apports d’engrais. Des logiciels bien conçus peuvent également aider les paysans à limiter leur impact sur l’environnement. C’est le cas du modèle informatique Terranimo (www.terranimo.ch), qui optimise l’utilisation des machines agricoles et montre comment éviter le tassement du sol.

Des innovations viennent aussi des constructeurs de machines agricoles. Dans la perspective d’une agriculture de précision (precision farming), ils proposent des engins de pointe, équipés de senseurs, de caméras et de systèmes de navigation. Ces moyens technologiques permettent de tenir compte des conditions du sol, parfois très hétérogènes sur une grande parcelle, que ce soit pour les semis, la fertilisation ou la lutte contre les adventices. L’objectif est d’utiliser plus efficacement les engrais et les produits phytosanitaires afin de réduire les coûts. L’inconvénient, c’est que ces machines sont développées pour les besoins des grandes exploitations sur le marché mondial et se révèlent beaucoup trop puissantes pour la Suisse et ses espaces restreints.

Dans l’attente du mini-tracteur

Un projet de la Haute école spécialisée bernoise (BFH) entend rompre ce cercle vicieux. Avec le concours de partenaires privés, la Haute école des sciences agronomiques et la division Technique automobile du département Technique et informatique de la BFH développent un mini-tracteur de haute technologie pour l’agriculture de précision. Son atout : il ne pèse que 700 kg et peut donc aussi être utilisé sur des sols humides. Commandé par GPS, il se déplace sans conducteur, jour et nuit s’il le faut, et presque sans bruit, car il est équipé d’un moteur électrique.

L’idée est qu’en travaillant de façon ininterrompue, ce tracteur se révélera aussi efficace qu’une grande machine. Autre avantage : grâce au prestige associé à la haute technologie, l’agriculteur qui contrôlera son mini-tracteur à l’aide de son smartphone suscitera l’admiration de ses collègues plutôt que des commentaires moqueurs sur son manque de puissance.

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Dernière modification 24.08.2016

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