L'azote: Le système et ses fuites

L’être humain rejette d’énormes quantités d’azote réactif dans la nature. La biodiversité, le climat, la santé, les mers et l’eau potable en souffrent. L’OFEV analyse les problèmes et présente dans ce numéro des mesures destinées à préserver la qualité de l’environnement.

Cycle de l’azote
Lorsque l’azote contenu dans l’air sous sa forme élémentaire et inoffensive se transforme en azote biodisponible, ses atomes déploient leurs effets sous forme de composés divers, dans des lieux et des domaines environnementaux variés. Cette chaîne de répercussions est nommée « cascade de l’azote ».
© OFEV

Texte: Richard Ballaman et Martin Schiess (OFEV)Depuis 1900, les émissions de composés azotés à forte incidence écologique ont presque décuplé dans le monde. Les activités humaines en rejettent 180 millions de t par année. Dans de nombreuses régions, le sol, l’air et l’eau en sont surchargés, ce qui cause de gros problèmes environnementaux: la biodiversité des milieux sensibles s’appauvrit, la forêt ne peut plus assurer certaines fonctions importantes, l’effet de serre s’accroît, la santé humaine est menacée, les mers sont affectées et de nombreux captages d’eau potable affichent une teneur en nitrate supérieure à la valeur recommandée. D’après une étude internationale à laquelle la Suisse a participé, la pollution due à l’azote coûte jusqu’à 320 milliards d’euros par an en Europe. Y sont incluses les dépenses de santé, les pertes en capital naturel et en services écosystémiques, ainsi que les atteintes liées aux changements climatiques.Un problème complexe connu depuis trente ans

Evolution des émissions mondiales d'azote bioactif
Evolution des émissions mondiales d'azote bioactif
© American Institute of Biological Sciences

Le cycle de l’azote, fermé en conditions naturelles (voir pages 4 à 6), est perturbé par trois types d’interventions humaines: l’épandage excessif d’engrais chimiques dans une agriculture intensifiée à outrance, la forte consommation de viande par une population qui ne cesse de croître et les processus de combustion omniprésents, liés à la circulation routière et aérienne, à l’industrie et au chauffage. C’est au cours des années 1980 que la pollution due à l’azote a été identifiée comme un problème, la concentration de certains de ses composés ayant atteint un niveau inquiétant dans l’atmosphère et les mers. Il n’y a pas de remède miracle en perspective: le cycle de l’azote est complexe et ses atomes apparaissent successivement sous forme de diverses liaisons chimiques, se déplaçant en cascade d’un milieu à l’autre et affectant la santé et l’environnement (voir graphique pages 8 et 9).

Depuis lors, plusieurs accords internationaux et lois fédérales ont assigné, notamment à certains secteurs, des mesures et des objectifs visant à réduire la présence de composés azotés nuisibles dans la nature. La première stratégie nationale impliquant une démarche coordonnée date de 1996. Les résultats sont perceptibles: entre 1985 et 2000, les rejets d’oxydes d’azote dans l’air imputables aux transports ont reculé de 40 %. Dans le même laps de temps, les émissions d’ammoniac occasionnées par l’agriculture ont régressé de 19 %. Mais elles n’ont guère décru depuis, tandis que la situation n’a cessé de s’améliorer sur le front des oxydes. Les quantités d’azote dans les stations d’épuration et de nitrate dans les eaux souterraines sont aussi en diminution.

 

Les progrès restent insuffisants

Malgré ces progrès, le volume d’azote disséminé dans la nature demeure trop élevé en Suisse. Les mesures actuelles ne permettent d’atteindre aucun des buts établis à l’échelle nationale. C’est pourquoi cette problématique occupe une place croissante dans la politique environnementale.

Le Conseil fédéral a fixé comme objectif de réduire les émissions d’ammoniac de 40 % et celles d’oxydes d’azote de 50 % par rapport à 2005. Les rejets dus à la circulation continueront de baisser notablement. Mais l’agriculture devra encore consentir de gros efforts pour respecter les dispositions légales qui, dans l’esprit d’une bonne pratique agricole, imposent d’appliquer les techniques les plus récentes pour restreindre ses émissions.

Il nous faut alléger le cycle de l’azote si nous voulons atténuer la pollution due à la présence excessive de ses composés dans l’environnement. Nous devons agir dans les secteurs de l’élevage, de l’alimentation et de la mobilité, et favoriser une utilisation plus efficace des ressources énergétiques. Les mesures à prendre sont connues, mais leur mise en œuvre reste insatisfaisante. Réduire notre empreinte écologique liée à l’azote: tel doit être notre objectif.

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Dernière modification 21.05.2014

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