La Suisse exporte ses excès

Le cycle mondial de l’azote est surchargé. En achetant du fourrage à l’étranger, la Suisse importe de l’azote, mais exporte aussi des nuisances environnementales.

Texte: Gregor Klaus

Les vaches helvétiques ne consomment pas local. Maïs, orge, avoine, fèves ou soja: une grosse part de leur alimentation à l'étable ne provient pas de cultures suisses. Le soja, par exemple, est majoritairement importé du Brésil. La production indigène de viande - dont les Suisses sont grands consommateurs - mobilise à l'étranger une surface cultivée équivalant au total à celle labourée chaque année dans le pays.

La faute au fourrage

 

Quantité d’azote contenue dans les céréales commercialisées dans le monde (surtout dans le fourrage).
Quantité d’azote contenue dans les céréales commercialisées dans le monde (surtout dans le fourrage). Chiffres de 2004, en milliers de tonnes.
© United Nations Environmental Programme und Woods Hole Research Center

Le fourrage importé contribue dans une large mesure à surcharger le cycle national de l'azote (voir pages 4 à 6). En effet, une partie des excédents d'azote sont tôt ou tard libérés dans l'environnement, entraînant des problèmes écologiques et sanitaires dans divers lieux et à différents moments. Ce phénomène ne se limite pas à la Suisse. La carte en haut à gauche présente les quantités impressionnantes de fourrage qui affluent vers l'Europe et l'Asie en provenance d'Amérique du Nord et du Sud.

Ces importations s'avèrent d'ailleurs très problématiques dans les pays exportateurs, car les cultures fourragères nécessitent d'énormes quantités d'engrais chimiques. Or les plantes n'absorbent qu'une petite partie des fertilisants azotés. Le reste subsiste dans le sol et une part notable se retrouve dans l'atmosphère, les eaux souterraines ou, via ruisseaux et rivières, dans les océans, ce qui peut occasionner des préjudices écologiques. Les coûts sont alors supportés par les pays producteurs.

L'OFEV étudie l'impact environnemental de la consommation en Suisse en tenant compte des répercussions à l'étranger dues à la fabrication des marchandises importées. Ces recherches se concentrent entre autres sur l'azote, et notamment sur les rejets dans les écosystèmes. Les résultats démontrent que plus de la moitié des dégâts écologiques qui résultent de composés azotés affectent l'étranger - par exemple, avec la production du soja brésilien destiné aux vaches suisses (voir illustration à droite). « L'empreinte azote de la Suisse est considérable », confirme Nicolas Merky, qui dirige ces travaux au sein de la section Economie de l'OFEV. « Nous ignorons encore trop souvent que notre consommation peut aussi avoir de graves effets sur l'environnement au-delà de nos frontières. »

Trop ici, pas assez là-bas

L'azote réactif est une ressource essentielle pour l'être humain: environ 50 % de la population mondiale se nourrit grâce à l'emploi d'engrais chimiques. Or les deux cartes révèlent à l'évidence que la répartition de cette substance commercialisée dans le monde entier est inégale. L'écart le plus marqué se situe entre l'Afrique et l'Europe. Tandis que, sur le Vieux Continent, l'abus d'azote pose de sérieux problèmes écologiques, les paysans africains ne disposent pas des quantités nécessaires afin de satisfaire la demande en calories de millions d'individus: pour s'alimenter, 14 % de la population mondiale doit se contenter de 3 % du volume d'engrais chimiques. A l'OFEV, Beat Achermann, de la division Protection de l'air et produits chimiques, tire la sonnette d'alarme: « Il est urgent d'optimiser le cycle mondial. »

 

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Dernière modification 21.05.2014

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