Oxydes d’azote: L’air n’est pas encore assez propre

Les mesures prises dans le domaine de la protection de l’air ont porté leurs fruits. C’est ce que démontre, entre autres, l’étude épidémiologique SAPALDIA, qui analyse depuis plus de 20 ans les effets de la pollution atmosphérique sur la santé de quelque 9000 Suisses. Mais il reste beaucoup à faire.

Oxydes d’azote
© Urs Keller/Ex-Press

Texte: Cornélia Mühlberger de Preux

Alerte au smog hivernal, taux d’ozone dépassés en été. Lors des pics de pollution, les médias épinglent l’air pollué. Le reste du temps, les substances incriminées sont cependant toujours présentes dans l’atmosphère, à des concentrations variables selon les lieux et les saisons. Parmi elles se trouvent les oxydes d’azote (NOx), qui sont à l’origine de l’ozone, mais aussi du nitrate, coresponsable des surcharges en azote et des poussières fines. D’où proviennent ces composés? Les sources sont diverses: trafic, chauffages, industries et agriculture.

Cette pollution ne menace pas seulement la biodiversité et les écosystèmes, elle s’introduit également dans nos voies respiratoires et nos poumons. « Depuis les années 1990, les émissions de polluants atmosphériques liées à la circulation routière ont fortement diminué malgré la hausse du trafic. Et elles devraient continuer à régresser », se réjouit Richard Ballaman, de la section Qualité de l’air de l’OFEV. Ces progrès sont dus aux prescriptions sévères concernant les véhicules à moteur, aux normes relatives à la qualité des combustibles et des carburants ou encore à la promotion des transports publics. Parallèlement, les émissions des chauffages et des installations industrielles ont aussi été endiguées. « Lorsque l’on diminue la charge polluante, les effets sont visibles sur l’environnement, mais également sur la santé », précise Richard Ballaman. Il s’agit pourtant de rester vigilant, car les concentrations d’oxydes d’azote, d’ozone et de poussières fines demeurent trop élevées.

Les révélations de SAPALDIA 1

« Il est important de disposer d’études sur la population afin d’évaluer où se situent les problèmes. On peut alors agir en conséquence », remarque Thierry Rochat, médecin-chef du Service de pneumologie des Hôpitaux universitaires de Genève. Le spécialiste dirige l’étude de cohorte SAPALDIA (Swiss Study on Air Pollution and Lung Diseases in Adults), qui dissèque sur le long terme les rapports entre la pollution atmosphérique et les maladies pulmonaires et cardiovasculaires en Suisse. Cet examen approfondi de la situation a été initié dans le cadre du programme national de recherche « Homme, santé, environnement ». Les participants, qui ont répondu à des questionnaires détaillés sur leur santé ainsi que sur leur mode de vie, et qui ont subi un examen médical, se répartissent sur huit sites représentatifs: Aarau, Bâle, Davos, Genève, Lugano, Montana, Payerne et Wald (ZH).

Un total de 9631 adultes âgés de 18 à 60 ans ont pris part à la première étape en 1991. « Globalement, SAPALDIA 1 a montré qu’une hausse de la concentration des particules fines dans l’air ambiant affaiblit la fonction pulmonaire et occasionne des symptômes respiratoires », explique Thierry Rochat. « Les inflammations générées entraînent et aggravent des maladies telles que la bronchite ou l’asthme, et accélèrent le vieillissement de l’appareil respiratoire. »

La loi montre la voie

Ce sont surtout les mélanges de PM10, de suies et d’oxydes d’azote qui s’avèrent néfastes pour la santé. Les poussières fines voltigeant dans l’air sont microscopiques. Leur diamètre est inférieur ou égal à 10 micromètres (10 μm = PM10), soit dix fois plus petit qu’un cheveu. Elles sont constituées à la fois de particules primaires, issues directement des processus de combustion (moteurs diesel, chauffages au bois) et de particules secondaires qui se forment dans l’air à partir de gaz précurseurs (oxydes d’azote, ammoniac, dioxyde de soufre et composés organiques volatils). Ce mélange complexe de polluants contient un grand nombre de composés chimiques, parfois cancérogènes comme la suie. Les concentrations de PM10 sont particulièrement élevées en hiver, lorsque aux poussières de la circulation viennent s’ajouter les émissions des chauffages, et que la masse d’air froid stagne sur le Plateau suisse.

Les résultats du premier état des lieux de SAPALDIA ont notamment montré que la fonction pulmonaire diminuait d’environ 3 % quand la concentration de poussières fines augmentait de 10 μg/m3. Plus on réside à proximité de routes très fréquentées, plus on rencontre de difficultés. Ces observations ont incité la Confédération à introduire en 1998 dans l’ordonnance sur la protection de l’air (OPair) les valeurs limites suivantes pour les PM10: 20 microgrammes par mètre cube d’air (20 μg/m3) en moyenne annuelle et 50 μg/m3 en moyenne journalière.

Des mesures et des actions renforcées

La cohorte d’individus tirés au sort en 1991 a été sollicitée à nouveau en 2002. 83 % des personnes ayant pris part à la première phase de l’étude ont répondu présent. SAPALDIA 2 a poursuivi l’étude des effets de la pollution sur le système respiratoire, mais s’est aussi intéressée aux impacts sur le système cardio-vasculaire. Elle a ainsi constaté que la variabilité cardiaque, qui est un indicateur de la bonne santé du cœur, est en relation avec l’exposition au dioxyde d’azote. Si la seconde étape de l’étude a montré qu’améliorer la qualité de l’air atténuait le déclin de la fonction pulmonaire lié l’âge, elle a aussi prouvé qu’il n’y avait pas d’effet de seuil. « En d’autres termes, chaque diminution de charges polluantes a un effet bénéfique sur la santé », souligne Thierry Rochat.

Depuis l’introduction des valeurs limites, les taux de PM10 ont pourtant continué à dépasser les 20 μg/m3. Des dispositions supplémentaires, aux niveaux local, national et international, s’imposaient. En 2006, le Conseil fédéral a donc adopté le plan d’action contre les poussières fines, qui prévoyait, entre autres, d’équiper les moteurs diesel de filtres à particules et introduisait des valeurs limites d’émission plus sévères pour les chauffages au bois. Les prescriptions sur les gaz d’échappement sont, quant à elles, renforcées régulièrement. La nouvelle norme européenne Euro 6, entrée en vigueur en janvier 2014, permettra notamment de diminuer la pollution due aux véhicules diesel.

Des accords internationaux ont également été signés en vue de diminuer la pollution transfrontière dans le cadre de la Commission économique des Nations Unies pour l’Europe (CEE-ONU), basée à Genève. Datant de 1999, le Protocole de Göteborg relatif à la réduction de l’acidification, de l’eutrophisation et de l’ozone troposphérique, a fait, quant à lui, l’objet d’une révision en 2012, qui détermine de nouveaux objectifs intermédiaires pour 2020, y compris pour les composés azotés tels que les oxydes d’azote et l’ammoniac. Les objectifs fixés pour 2010 ont été en grande partie atteints.

Une recherche de plus en plus pointue

La troisième phase de SAPALDIA, entamée en 2010, s’est encore perfectionnée. En plus des investigations habituelles, les chercheurs ont par exemple mesuré l’épaisseur de la carotide et la souplesse des artères afin de mieux pouvoir identifier les conséquences de la pollution de l’air sur le système cardio-vasculaire. « Nous nous sommes également intéressés à son interaction avec la constitution génétique. Maintenant, nous étudions les données récoltées », indique Thierry Rochat. Il précise que la cohorte ayant vieilli, les effets cliniques seront plus perceptibles. En effet, les maladies respiratoires et cardiaques dues à l’inhalation de polluants se manifestent davantage à partir de 50 ans.

Le pneumologue espère que « des mesures plus précises et des moyens optimisés pour appréhender les particules nocives vont permettre d’avancer dans ce domaine. » Et d’évoquer la technologie du futur: « Il existe des capteurs miniaturisés. L’idéal serait que chaque individu étudié puisse en porter un tout au long de la journée. »

La Confédération continue d’ailleurs à intervenir sur le plan de la qualité de l’air. Richard Ballaman relève que des mesures sont pratiquées depuis plusieurs années sur les particules PM2,5, sur les suies, ainsi que sur différents composés azotés, dans le cadre du Réseau national d’observation des polluants atmosphériques (NABEL).

Il faut persévérer

Suivant le mode d’approvisionnement en électricité qui sera adopté après la fermeture des centrales nucléaires, des installations de couplage chaleur-force décentralisées ou des centrales à gaz pourraient produire des émissions supplémentaires de composés azotés et freiner ainsi la tendance positive. Les valeurs limites de l’OPair n’ont pas encore été adaptées à un tel scénario. « Lors de la construction et de la promotion éventuelle de telles installations, il est important d’utiliser les meilleures technologies disponibles pour limiter les émanations », prévient Richard Ballaman. L’OFEV a donc encore du pain sur la planche. Un des buts de la Stratégie fédérale de protection de l’air, adoptée par le Conseil fédéral en 2009, est d’ailleurs de réduire, d’ici 2020, les émissions d’oxydes d’azote de 50 % et celle d’ammoniac de 40 % par rapport à 2005.

Mais l’équipe de SAPALDIA poursuit aussi la lutte. Elle a participé à une étude médicale publiée en décembre 2013, qui réunissait des données portant sur plus de 360‘000 citadins dans treize pays européens. Le document révèle que les particules fines présentes du sud au nord de l’Europe sont corrélées aux taux de mortalité dans la population. SAPALDIA vient de recevoir un crédit du Fonds national de la recherche scientifique pour entamer sa quatrième phase, qui a pour ambition, d’ici 2017, d’étudier plus spécifiquement les effets de l’environnement sur le vieillissement.

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Dernière modification 21.05.2014

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