Agriculture contractuelle de proximité: Des paniers qui mettent le bio à la bouche

26.11.2014 - S’abonner à des paniers de produits bio, c’est ménager les ressources tout en se rapprochant du monde agricole qui nous nourrit. Un modèle qui fait de plus en plus d’adeptes.

© Le Jardin potager

Texte: Beatrix Mühlethaler

Dans la grande distribution, légumes et fruits se jouent des saisons. Pour la photographe lausannoise Léonore Meer et son mari, cependant, une consommation réfléchie doit obéir à d’autres règles, être « biologique, locale et équitable ». Biologique, car « seule une production qui renonce aux engrais chimiques et aux pesticides respecte la terre », affirme Léonore Meer. Les grossistes peuvent en partie satisfaire cette première exigence, mais pas le besoin de proximité. Or la photographe veut voir pousser ses légumes, assister à leur récolte, discuter avec le maraîcher. Et soutenir une rémunération plus juste: « Les conditions auxquelles les agriculteurs fournissent les grands distributeurs n’ont rien d’équitable, s’indigne-t-elle, ni d’ailleurs les prix que paient les clients. » Les denrées sont meilleur marché en vente directe, sauf au printemps, lorsque les grandes chaînes proposent des produits frais venus de l’étranger.

Les paysans pour partenaires

Les acheteurs qui suivent ce raisonnement s’approvisionnent souvent à la ferme. Un autre modèle va plus loin: consommateurs et producteurs y sont partenaires. Les ménages s’engagent par contrat à acheter une quantité déterminée d’aliments sur l’année, à un prix convenu d’avance. Ils partagent ainsi les risques avec l’exploitant, mais peuvent aussi influencer l’assortiment et les prix. On parle à ce propos d’agriculture contractuelle. Les participants sont généralement organisés en coopératives. Les paniers ainsi commandés sont livrés à intervalles réguliers dans des dépôts où les abonnés viennent les chercher.

Léonore Meer a voulu elle aussi mettre en place une association de ce type. Ses recherches l’ont conduite à Ballens (VD), chez le maraîcher bio Gilles Roch, qui cherchait alors à échapper aux contraintes des filières de commercialisation traditionnelles et à se rapprocher de la clientèle. C’est ainsi qu’est né en 2005 le Jardin Potager, la première coopérative producteurs-consommateurs du canton de Vaud. Dès lors, Gilles Roch a troqué ses vastes monocultures destinées à la grande distribution contre un maraîchage aussi diversifié que possible. Depuis 2006, il livre une fois par semaine - tous les quinze jours en hiver - des légumes de saison aux ménages sous contrat. La coopérative a vite atteint ses limites: plus de 400 paniers par date de livraison.

Les membres de la coopérative « Le Jardin potager » à Lausanne peuvent aussi participer au travail aux champs ou à la composition des paniers, ce qui leur permet d’avoir un aperçu concret de la production de leur propre nourriture.
© Le Jardin potager

L’attrait de la communautéComme pour la plupart de ces initiatives, les adhérents du Jardin Potager aident à cultiver les champs ou à remplir les paniers et assistent ainsi à la production de leurs propres aliments. Diverses activités viennent renforcer la relation à la terre et les liens tissés au sein de la communauté: planter une haie fruitière, semer du blé, suivre sa maturation et le récolter pour en faire du pain, visiter des fermes et organiser des fêtes de dégustation.Trois de ces coopératives existent depuis plus de trente ans: les Jardins de Cocagne genevois remontent à 1978, Agrico - le projet de la ferme de Birsmatte près de Bâle - date de 1981 et la Clef des Champs, non loin de Porrentruy, de 1982. Mais c’est dans les dix dernières années que l’agriculture contractuelle a vraiment décollé. Depuis 2005, d’innombrables coopératives ont fait leur apparition en Suisse romande et alémanique, surtout en milieu urbain. Elles ont chacune leur caractère propre, en fonction de leurs origines. Ortoloco, par exemple, a vu le jour en 2010 à Zurich. Ses fondateurs voulaient mettre en pratique une nouvelle structure économique. Pour ce faire, ils ont pris à bail un terrain dans une ferme bio de l’agglomération. Certains membres s’y engagent sans compter, sous la conduite des spécialistes engagés par l’association. Un comité de direction composé de sept à huit personnes s’occupe des affaires courantes.Des airs de fête« Pourvoir soi-même à son alimentation sans jardin individuel, c’est épatant! » Tina Siegenthaler, du comité d’Ortoloco, est enthousiaste. « Tout le monde met la main à la pâte. On y gagne de la bonne humeur, de l’assurance et les meilleurs légumes qui soient! » Elle apprécie de pouvoir calculer, en début d’année, les quantités nécessaires à l’approvisionnement des 450 à 500 adhérents et les coûts qui en résultent pour chacun. « Au lieu d’acheter les denrées, nous finançons leur culture », explique-t-elle. Plus besoin de production de masse, les risques sont répartis entre tous. Et le plaisir n’est pas négligé pour autant, comme en témoigne une vidéo placée sur le site de la coopérative: on y voit adultes et enfants armés de bêches, en train de préparer avec ardeur un nouveau lopin, aux accents entraînants d’un petit orchestre.Aujourd’hui, de nouvelles communautés proposent entre autres des œufs, de la viande, du yoghourt, de l’huile, des céréales ou du pain en abonnement. La coopérative genevoise L’Affaire Tournerêve livre par exemple deux fois par an des aliments qui se conservent bien tels que produits céréaliers, pommes de terre, lentilles, huile, miel et jus divers. Au lieu d’abandonner la transformation des matières premières aux processus industriels, les paysans associés recommencent à éplucher et moudre les céréales ou à presser l’huile et les fruits à la ferme, grâce à la mise en commun des machines.Un plus pour l’écologieNos modes de consommation actuels ont un fort impact sur l’environnement. Le réduire est l’une des principales motivations de ces nouvelles formes d’achat, plus réfléchies. « Les avantages écologiques les plus évidents découlent de la production biologique et de saison », souligne Peter Gerber, de la section Consommation et produits de l’OFEV. Ce critère de saison est à prendre au sens strict, car serres chauffées et entrepôts réfrigérés pèsent lourdement sur l’écobilan. Autre avantage de la vente directe: la réduction des pertes, les légumes tordus ou non calibrés n’étant pas jetés au rebut. Il n’est pas sûr, par contre, que les distances de transport soient toujours raccourcies. Les conséquences resteraient d’ailleurs modestes, car ce sont surtout les km de vol économisés qui importent.L’agriculture contractuelle de proximité pourrait avoir un effet positif supplémentaire, indirect celui-là: en voyant pousser un fruit bio, les consommateurs réalisent ce que la nature est en mesure de produire sans artifices. Et s’ils apprennent à apprécier davantage ce qu’ils mangent, ils le gaspilleront moins. C’est du moins ce qu’espère la Bâloise Roya Andres, adhérente récente de la coopérative Agrico. Elle voudrait que ses deux enfants aient un rapport direct à la production alimentaire, en dépit de leur vie citadine. Les gamins adorent le travail à la ferme, qui leur permet entre autres de circuler sur le tracteur. Leur mère espère que cette expérience du quotidien des agriculteurs portera un jour ses fruits.La vente directe en plein essorC’est surtout dans les villes que les paniers fermiers ont du succès. Chez Agrico, la demande ne cesse de croître. La coopérative gère actuellement 1800 abonnements. La souscription n’est pas liée à une adhésion. Tina Siegenthaler exclut cependant un tel développement pour Ortoloco: à plus de 500 membres, la participation devient difficile et les exigences se rapprochent des modèles de consommation habituels. Les adhérents d’Agrico sont en train de discuter différents scénarios d’avenir.Dans les régions moins peuplées à tendance conservatrice, le système a plus de mal à s’établir. « Nous avons dû faire beaucoup de promotion », dit Hansjörg Ernst, instigateur de la coopérative maraîchère jurassienne La Clef des Champs. Il a fallu attendre 2008, des années après sa fondation, pour que l’association profite de la popularité croissante de cette démarche et voie passer le nombre de ses abonnements à 150 - une augmentation de 25 %.

Du bio à domicile

Vous désirez acheter des aliments bio, souscrire un abonnement? De la vente directe à la ferme au coursier à vélo livrant à domicile ou au bureau sans impact sur le climat, en passant par le service régional qui distribue les produits de différentes exploitations, les possibilités ne manquent pas. La gestion par Internet facilite aujourd'hui la commercialisation. Mais attention: l'un ou l'autre légume bio venu de l'Union européenne vient parfois compléter les denrées locales, et certains fournisseurs vont jusqu'à proposer des fruits tropicaux, des bananes par exemple.

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Dernière modification 26.11.2014

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