Gardes-faunes: Par monts et par villes

Ils avaient autrefois pour fonction de lutter contre le braconnage; aujourd’hui, les gardes-faunes assurent la liaison entre l’homme et la nature. Leur champ d’activité s’étend de plus en plus aux zones urbaines. Outre des connaissances techniques, ils doivent aussi faire preuve de psychologie et savoir communiquer.

Jeunes renards urbains devant leur terrier.
Jeunes renards urbains devant leur terrier.
© Patrick Gutenberg/Ex-Press

Texte: Martin Arnold

« Vérifiez si le pigeon est blessé. Si ce n’est pas le cas, le mieux est de le reposer sur une haie. » Steven Diethelm donne encore quelques conseils à son interlocutrice avant de raccrocher. Il est habitué aux coups de téléphone de ce genre. Durant l’été dernier, en une journée, il en a reçu septante. Il était question d’animaux en liberté qui broutaient des fleurs, de renards ou de blaireaux errant dans la rue, ou encore de hérissons dissimulés dans le compost et, comme dans le cas présent, d’oiseaux blessés.

Steven Diethelm parle volontiers de son quotidien professionnel; il n’est pas avare d’histoires abracadabrantes, notamment de conflits suscités par l’avancée des zones bâties dans l’habitat de la faune sauvage… ou vice versa.

Le secteur contrôlé par le garde-faune schwytzois représente 25‘000 hectares de superficie. Il s’étend de la Linth (à la limite des trois cantons de Schwyz, Glaris et St-Gall) jusqu’à la frontière du canton de Zurich en passant par les communes de Pfäffikon et Wollerau, sur la rive occidentale du lac de Zurich. Le secteur englobe aussi bien la plaine de la Linth et ses 80‘000 habitants, que des zones agricoles, des forêts isolées et des régions de montagne (le Redertenstock culmine à 2295 m).

Information tous azimuts

A Pfäffikon et à Wollerau, les maisons individuelles aux balcons généreux et aux larges baies vitrées couvrent les pentes à la lisière de la forêt. Les salles de séjour se prolongent dans les jardins sous forme de salons aux coussins blancs et aux tables nappées. « Les renards s’ébattent dans le jardin et saccagent les coussins. Vous êtes garde-faune, alors faites quelque chose! » Telle est la teneur de certains appels. « J’essaie alors d’expliquer que la nature ne se cantonne pas aux zones montagneuses, mais qu’elle s’arrête à la porte de la maison. Et que mettre l’écuelle du chat près des arbres ou des haies équivaut à inviter les renards dans le jardin », raconte Steven Diethelm.

Steven Diethelm
Avant d’être garde-faune du canton de Schwyz, Steven Diethelm occupait la même fonction à la Ville de Zurich. Sensibiliser petits et grands à la nature dans toute sa diversité et sa magie est l’un des plus beaux aspects de son métier, selon lui. Durant son temps libre, il élève des oiseaux de proie, en forme certains à la chasse au vol et gère une station de soins destinée aux rapaces diurnes et nocturnes. En arrière-plan: jeunes renards urbains devant leur terrier.
© Flurin Bertschinger/Ex-Press/OFEV

Canard égaré

Il passe beaucoup de temps en explications et en conseils précieux, et intervient aussi parfois, s'il s'agit, par exemple, de récupérer un canard égaré sur un balcon. Mais lorsque quelqu'un appelle, comme c'est déjà arrivé, pour se plaindre du gazouillis matinal des oiseaux, un minimum de psychologie s'impose.

Les gens ont souvent une idée romanesque du métier de garde-faune, explique Steven Diethelm. Ils imaginent un homme barbu, interpellant courageusement un braconnier ou sillonnant tranquillement les montagnes en compagnie de son chien, le fusil sur l'épaule, et observant les animaux à la jumelle.

Pourtant, l'activité de Steven Diethelm est tout autre. Il consacre tout juste 20 % de son temps aux tâches « classiques », comme il les appelle. Il se déplace alors dans la nature en chaussures de randonnée et tenue imperméable, par exemple dans la région du Tierberg, du Schiberg et du Zindelenspitz, à l'est du Wägitalersee, ou vers le col du Pragel, ou encore dans le massif du Fluebrig, qui culmine à 2092 m avec le Diethelm, auquel il se sent attaché par homonymie.

La beauté sauvage de ce paysage contraste avec les rives mitées du lac de Zurich. Chamois et bouquetins y vivent, de même que cervidés et marmottes. Le silence y règne encore, et l'obscurité y est totale, la nuit, dans les forêts. Steven Diethelm recense la faune sauvage, vérifie comment se portent les jeunes aigles dans leur nid, recherche un animal blessé et évalue les dégâts causés par les animaux dans la forêt ou dans un champ. Parfois, au début de l'été, il récupère des faons victimes de la fauche et aide les chasseurs à mettre en place des mesures de protection dans les prairies.

Un rôle de surveillant

En automne, lorsque la chasse a débuté, Steven Diethelm surveille le respect des réglementations. Il contrôle les abattages et déclare chaque soir à l'administration cantonale le nombre et le type d'animaux tirés, à des fins statistiques. Il est 24 h sur 24 à la disposition des chasseurs, avec son chien spécialement formé, pour retrouver un animal blessé le plus vite possible et le délivrer de ses souffrances.

La zone d'activité de Steven Diethelm comprend également quelques aires de protection de la nature et des oiseaux. Sur ce plan, il est secondé par des surveillants employés à temps partiel. Les régions protégées sont des lieux d'excursion appréciés. « Et c'est une bonne chose, déclare le garde-faune, mais les gens doivent bien savoir qu'ils sont dans une zone protégée où des espèces menacées se réfugient et nichent. Leur respect est prioritaire. Nous n'y tolérons guère les excès, encore moins les infractions. En cas de besoin, nous recourons aux amendes. Les chiens doivent être en laisse et il faut rester sur les sentiers autorisés. »

Poissons, abeilles et parasites

Le travail de Steven Diethelm comprend aussi la collecte et l'élimination des cadavres d'animaux. Parfois, il aide les gardes-pêches à vider un ruisseau et à transférer des poissons. Il intervient en cas de cruauté envers les animaux ou défend les intérêts de la faune sauvage à l'occasion de courses d'orientation ou de camps de scouts, surtout quand ces manifestations ont lieu en forêt. Mais on fait aussi appel à lui si des guêpes s'installent dans des endroits inopportuns ou si des parasites se propagent. « Pour la lutte contre les parasites, il y a des spécialistes, mais les gens les connaissent moins bien », précise-t-il. Le garde-faune est devenu le point de contact entre l'homme et la nature. « Nous sommes des personnes publiques. Les gens nous connaissent et nous appellent dès qu'ils ont des questions ou des problèmes avec des animaux ».

Conseiller auprès des services publics...

Dans son secteur de surveillance, le corridor faunistique de Ruchried, situé entre Siebnen et Schübelbach dans la plaine de la Linth (inscrit en tant que SZ 11 dans le registre cantonal), constitue un problème permanent (voir aussi pages 25 à 27). Il est surtout utilisé durant les hivers rigoureux par les cervidés qui quittent à l'automne leurs quartiers d'été des forêts sombres de Rothenthurm et du Wägital, et se déplacent vers les pentes ensoleillées du Buechberg, au bord de l'Obersee, ou du Rickenpass, dans le Toggenburg (SG).

Le chemin est parsemé d'obstacles: plusieurs routes, une zone très peuplée, le canal de la Linth, une voie ferrée et une autoroute. En tentant de les franchir, plusieurs cervidés ont déjà été percutés par des voitures. Dans ces cas-là, les solutions passent par les connaissances locales du garde-faune relatives au cerf et à son comportement. Steven Diethelm devient alors un conseiller des services de planification et de construction.

Au pied du Buechberg vit encore une population de lièvres, recensée chaque hiver. Un réseau de sentiers parcourt leur habitat. « Il y a des vélos, des joggeurs, des promeneurs, avec ou sans chien, des skateurs, des amateurs d'aéromodélisme, des parapentistes et aussi des exercices d'atterrissage d'hélicoptères. Dans ces conditions, il est presque impossible de sauvegarder toute une population de lièvres », déplore le garde-faune.

... et médiateur en zone urbaine

Nous passons devant le parc de loisirs Alpamare. La circulation se densifie et s'immobilise. En amont de Wollerau, nous découvrons des cascades de maisons individuelles. Elles rappellent à Steven Diethelm l'époque où il exerçait son activité à Zurich: « La faune sauvage vit aussi dans les villes, plus ou moins discrètement », dit-il en montrant un quartier. « Là en bas, par exemple, au beau milieu de la ville, on voit souvent des chevreuils et des renards dans les jardins. Les gens adorent la nature, mais beaucoup ne savent plus comment se comporter avec elle. » D'où l'importance croissante d'un travail intensif d'information et de relations publiques.

Un métier polyvalent et exigeant

hjb. Pour exercer le métier de garde-faune (ou de garde-chasse, selon les cantons), il faut avoir suivi un apprentissage professionnel, posséder de vastes connaissances en sciences naturelles et en biologie de la faune, bien connaître la région, ne pas craindre les intempéries et disposer d'une bonne condition physique.

La formation débute par le choix d'une place disponible. Elle s'effectue en cours d'emploi à raison de quatre semaines de cours réparties sur deux ans selon un plan de formation identique pour toute la Suisse. Outre la fréquentation des cours de base, qui se tiennent à différents endroits, une acquisition individuelle du savoir s'avère nécessaire par le biais de lectures, de conférences et de cours cantonaux.

Fondée en 1999, l'Association suisse des gardes-faunes (SWHV) organise l'examen de gardes-faunes BF selon les directives de l'Office fédéral de la formation professionnelle et de la technologie (OFFT). L'examen porte sur les matières suivantes: écologie, biologie, gestion de la faune et de l'«environnement», droit et police ainsi que technique, organisation et administration.

Mieux connaître la vie sauvage en ville

ma. La vie sauvage ne s'arrête pas à l'entrée des villes. Le milieu urbain fait aussi partie de l'habitat de la faune. Les renards des villes sont aujourd'hui un phénomène répandu, au même titre que les martres des quartiers résidentiels. Mais les blaireaux également, voire les sangliers et les chevreuils se rencontrent parfois dans les zones habitées, et des castors se sont installés dans des eaux urbaines. De plus, les villes offrent des biotopes de substitution aux chauves-souris et aux oiseaux, dont certaines espèces, comme le martinet noir et le martinet à ventre blanc, tirent largement profit.

Une part croissante de la population vit dans des agglomérations urbaines. Les gens sont donc de plus en plus nombreux à découvrir la nature au quotidien, principalement en ville.

C'est là qu'intervient l'association zurichoise pour l'écologie urbaine et l'étude de la faune sauvage SWILD, et son projet StadtWildTiere, soutenu par l'OFEV. Elle utilise les méthodes des sciences citoyennes (« citizen science »). Ce terme désigne une forme de projets scientifiques réalisés avec la participation de profanes intéressés, qui peuvent faire part de leurs observations et contribuer ainsi au suivi des populations urbaines d'animaux sauvages. Les observations sont réunies sur une plateforme et présentées sur des cartes.

StadtWildTiere a pour objectif d'attirer l'attention des citadins sur la diversité de la faune vivant dans leur cadre quotidien, de combler les lacunes concernant la présence et la diffusion des animaux sauvages dans les villes et les agglomérations, et de fournir les bases d'une promotion ciblée de la faune en milieu urbain.

http://stadtwildtiere.ch

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Dernière modification 17.02.2016

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