Agrandissement de la station de mesure à Ocourt: Le pouls du Doubs

27.08.2014 - La station hydrométrique de la Confédération à Ocourt (JU) a été agrandie au printemps 2014. L’Office jurassien de l’environnement y a installé de nouveaux instruments de mesure afin d’analyser en continu la qualité des eaux du Doubs et d’établir ainsi un bilan de son état de santé.

Karim Michel (à droite), ingénieur à la division Hydrologie de l’OFEV, présente les nouveaux équipements de la station de mesure (au milieu). L’eau est prélevée en permanence au moyen d’un tuyau installé sous le pont du Doubs à Ocourt (à gauche).
Karim Michel (à droite), ingénieur à la division Hydrologie de l’OFEV, présente les nouveaux équipements de la station de mesure (au milieu). L’eau est prélevée en permanence au moyen d’un tuyau installé sous le pont du Doubs à Ocourt (à gauche).
© Muriel Raemy Lindegger

Text: Muriel Raemy Lindegger

La plongée n'a duré que quelques secondes. L'oiseau resurgit, une larve dans le bec. Le cincle plongeur saute de pierre en pierre et joue avec les remous sous le pont d'Ocourt, dernier village suisse avant la France. Voltigeant au-dessus des flots, il s'est choisi un nouveau perchoir: un tuyau flambant neuf, qui pompe l'eau du Doubs en petite quantité tout au long de la journée, pour l'amener à la station de mesure hydrométrique, agrandie au printemps de cette année.

Construite en 2002, celle-ci fait partie des quelque 200 stations que la division Hydrologie de l'OFEV gère pour mesurer le niveau et le débit des cours d'eau sur tout le territoire suisse. La température, le pH et la turbidité (teneur de matières en suspension), ainsi que divers paramètres chimiques, tels que phosphates, nitrates et certains pesticides, y sont prélevés. Pour continuer à remplir cette mission, l'OFEV a récemment agrandi la petite cabane qui abrite ces équipements. « Il s'agit d'un projet pilote », commente Karim Michel, de la division Hydrologie de l'OFEV. L'ingénieur en génie civil en charge de la station de mesure explique que le canton du Jura a contacté l'office pour démarrer une collaboration. « Nous avons mis à disposition l'infrastructure de base et le canton a financé les instruments dont il a besoin pour analyser la qualité des eaux ». Karim Michel estime que de tels modes de collaboration entre la Confédération et les cantons sont très efficaces.

Des diagnostics de plus en plus clairs

Sur les 437 km de son parcours, le Doubs dessine des méandres au milieu de paysages et d'une nature parfois encore intacts. L'image est pourtant trompeuse: la Fédération suisse de pêche (FSP) et les associations de protection de la nature tirent la sonnette d'alarme en raison de son état de santé dégradé. Une forte mortalité piscicole touche la rivière, les algues prolifèrent et asphyxient certains tronçons. « Les données prélevées ponctuellement ne nous permettaient pas de comprendre précisément pourquoi le Doubs était mal en point », explique Nicolas Eichenberger, responsable du domaine Eaux et Environnement du canton du Jura.

La station de mesure pour la surveillance des eaux à Ocourt est la première du genre. La forte baisse des populations d'aprons (voir encadré ci-contre) et de toxostomes, des poissons particulièrement sensibles, a été déterminante dans le choix de ce lieu.

Paysage typique du Doubs, près d’Ocourt
Paysage typique du Doubs, près d’Ocourt (JU): les cultures agricoles à proximité des rives polluent le cours d’eau avec des nutriments et des pesticides.
© Muriel Raemy Lindegger

Phénomène non isolé en Suisse, des résidus de produits anticorrosion ainsi que des nutriments et des pesticides issus de l’agriculture ont été trouvés dans l’eau. « Des problèmes ponctuels de contamination sont observés. Mais leur ampleur et leur origine ne sont pas connues », explique Karim Michel. Certaines causes comme le sous-dimensionnement de quelques vieilles stations d’épuration ont été diagnostiquées et des travaux d’assainissement sont déjà en cours. Il manque par contre des informations précises concernant les flux.D’où le besoin d’identifier en temps réel les molécules transportées par le Doubs. L’eau de la rivière est donc pompée et envoyée vers la station. Un système de deux vannes alimente un circuit composé de sept instruments, pour autant de paramètres à évaluer: le pH, la température, la conductivité, la turbidité, l’oxygène, le potassium et l’ammonium. En vingt-quatre h, environ deux litres auront ainsi été prélevés puis conservés dans des flacons qui pourront encore une fois être analysés par le laboratoire cantonal à Delémont.L’intérêt de cette nouvelle manière de procéder? Elle permettra un examen beaucoup plus fin lors de situations particulières comme par exemple les crues ou les étiages (débit d’eau très faible dans le lit de la rivière), les accidents ou les canicules. « Les techniques sont pour l’instant en phase de rodage. Elles nous fourniront bientôt les connaissances et les outils d’évaluation qui nous manquent encore pour pouvoir poser des diagnostics précis », explique Nicolas Eichenberger. Le responsable jurassien attend effectivement de voir les résultats pour comprendre les variations sur différents tronçons et déterminer ensuite les campagnes à mener.Plan d’action binationalL’idée de se faire une image aussi étendue que précise de l’état du Doubs n’est pas si anodine lorsque l’on sait que, de sa source à Mouthe, dans le département du Doubs, à son embouchure dans la Saône à Verdun-sur-le-Doubs, le cours d’eau joue à saute-mouton entre la France et la Suisse. Il en constitue même la frontière sur quarante-trois km.Il voit également défiler de nombreux acteurs, aux intérêts parfois divergents. Les barrages hydroélectriques, aux lieux-dits du Châtelot, du Refrain et de la Goule, influencent fortement son cours naturel. L’agriculture a besoin de pomper dans ses eaux au plus chaud de l’été alors que les pêcheurs militent pour une gestion écologique des débits et une meilleure qualité hydrologique. Le touriste, qu’il soit sportif ou fin gourmet, utilise et apprécie le Doubs, tout comme les restaurateurs et les hôteliers qui vivent de cette manne financière liée aux beaux jours.Vu la complexité du contexte, une mobilisation bien coordonnée entre la Suisse et la France s’avérait nécessaire. D’où la constitution en 2011 d’un groupe de travail binational pour l’amélioration de la qualité des eaux et des milieux aquatiques du Doubs franco-suisse, sous la houlette de l’OFEV et de la préfecture du département du Doubs. Y siègent également des représentants de l’Office fédéral de l’agriculture et des cantons suisses concernés (Jura, Neuchâtel, Berne) ainsi que des autorités régionales et nationales françaises. Une première mesure concrète a été l’adoption d’un plan d’action en janvier de cette année afin de désigner les sources de pollution et de les réduire. L’objectif est également de partager les connaissances acquises et de suivre l’évolution de l’état de la rivière. Pour que le Doubs continue de couler et le cincle, de plonger en toute tranquillité.

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Dernière modification 27.03.2015

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