Température des cours d’eau: Les rivières, miroir du climat

24.08.2016 - Un réchauffement excessif de l’eau met en péril bon nombre d’organismes aquatiques. Depuis 1963, l’OFEV prend dès lors régulièrement la température de certaines rivières. L’Office fédéral de météorologie et de climatologie (MétéoSuisse) envisage d’inclure ces données dans l’inventaire des observations climatiques suisses.

Lors de la canicule en 2003, la hausse de température du Rhin entre le lac de Constance et Bâle a tué des dizaines de milliers d’ombres.
© Keystone

Texte : Lukas Denzler

Au début du mois de juillet 2015, l’Aar a atteint une température de 23 degrés Celsius à Berne. Une aubaine pour les baigneurs, mais un problème pour d’autres. La centrale nucléaire de Mühleberg (BE) a dû ralentir son fonctionnement car l’eau de la rivière, qui sert à refroidir son réacteur, risquait sinon de dépasser la température admise. Les mêmes raisons ont contraint les exploitants de la centrale de Beznau (AG), située pourtant à plus de 150 km en aval, à réduire la production de courant. Les pertes furent toutefois nettement moins graves que durant la canicule de 2003.

Une menace pour les organismes aquatiques

La législation suisse sur la protection des eaux exige que le régime de température des eaux de surface soit aussi proche que possible de l’état naturel, et cette exigence peut restreindre leur utilisation à des fins de refroidissement. Depuis 1963, la Confédération mesure ainsi en continu la température de différents cours d’eau. « Ces relevés ont été introduits car l’eau servait de plus en plus à fournir du froid », explique Adrian Jakob, chef de la section Bases hydrologiques eaux de surface au sein de l’OFEV. Et cet usage n’a fait que s’accroître depuis : l’eau des rivières sert même à refroidir les serveurs dans les centres de données informatiques. Le réseau de la Confédération, qui comprenait 40 stations de mesure au début des années 2000, en compte 78 aujourd’hui.

Selon Adrian Jakob, le réseau a surtout été agrandi pour des raisons écologiques et climatologiques. La température de l’eau joue en effet un rôle vital pour beaucoup d’organismes aquatiques : son augmentation, qui accélère par exemple les processus métaboliques, peut influer sur un grand nombre d’entre eux. L’oxygène devient par ailleurs moins soluble dans une eau plus chaude. Des poissons nobles tels l’ombre et la truite de rivière sont très sensibles à la température. Au-dessus de 20 degrés, ces espèces sont menacées et, au-delà de 25 degrés, elles sont en grave danger. La maladie rénale proliférative (MRP) se propage en outre moins facilement lorsque l’eau est fraîche.

L’hécatombe des ombres en 2003

En 2003, la température du Rhin en aval du lac de Constance était restée supérieure à 25 degrés pendant plus d’une semaine. Ce fut une hécatombe : plus de 50‘000 ombres ont péri… L’année 2014 a également battu des records. Cette fois-là, ce n’est pas un été caniculaire qui a fait grimper les températures de l’eau au-dessus des moyennes annuelles, mais la clémence inhabituelle de l’hiver, du printemps et de l’automne.

Les mesures systématiques, qui ont commencé il y a plus de 50 ans, révèlent une tendance indéniable : « La moyenne annuelle des températures affiche une hausse allant jusqu’à 2,5 degrés », constate Adrian Jakob. En été, le réchauffement peut même atteindre 3 degrés. Il est surtout préoccupant que l’eau dépasse de plus en plus souvent la limite critique de 23 degrés. Ces dépassements sont dus principalement à l’utilisation des eaux et au réchauffement planétaire. « La hausse des températures de l’eau reflète en particulier les modifications causées par le changement climatique », souligne Petra Schmocker-Fackel, cheffe d’état-major à la division Hydrologie de l’OFEV. Le phénomène est nettement plus perceptible que les décalages saisonniers liés au régime d’écoulement.

Le SMOC à l’œuvre

Les longues séries de données sur la température des cours d’eau présentent dès lors un intérêt pour le Système mondial d’observation du climat (SMOC). Ce système fixe les exigences de l’observation climatique à l’échelle mondiale. Dans notre pays, sa coordination est assurée par le bureau suisse du SMOC, au sein de l’Office fédéral de météorologie et de climatologie MétéoSuisse. « La température des cours d’eau ne compte actuellement pas parmi les variables essentielles du climat », observe Fabio Fontana, qui dirige ce bureau. Le dernier rapport du SMOC, paru en 2015, souligne toutefois son importance croissante. Par conséquent, une révision prévue en 2016 pourrait inclure les séries de données nationales dans l’inventaire des principales observations climatiques suisses.

L’OFEV remanie actuellement le programme de mesure des températures de l’eau, qui accordera par exemple une plus grande attention aux lacs. Le recours aux satellites y joue un rôle essentiel. Dans le cadre du SMOC Suisse, la température des eaux de surface est déjà établie à partir de données satellitaires et des relevés de ce type figurent déjà dans cette variable climatique essentielle que sont les lacs. « Il serait également intéressant de disposer d’informations sur les profils thermiques verticaux des lacs », déclare Petra Schmocker-Fackel. Des discussions sont aussi en cours sur les compléments à apporter au réseau de mesure concernant les cours d’eau. Les relevés servent d’une part à fournir une vue d’ensemble de la situation générale. Mais, d’autre part, il serait utile de mesurer la température de cours d’eau relativement intacts, afin de mieux pouvoir distinguer l’influence des activités humaines et celle du changement climatique sur la température de l’eau.

Des aménagements en vue

Au cours des prochaines décennies, la Suisse prévoit de revaloriser des écosystèmes aquatiques sur des tronçons totalisant 4000 km. La température des eaux occupe une place importante dans ce projet car les poissons préférant les eaux froides doivent pouvoir migrer vers des habitats plus en altitude afin de se protéger du réchauffement planétaire. La structure des berges est tout aussi essentielle. « L’ombre des arbres contribue à rafraîchir l’eau, surtout dans les petits cours d’eau, souligne Adrian Jakob. S’ils ne peuvent pas enrayer complètement les effets du changement climatique, des aménagements intelligents peuvent au moins les atténuer. »

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Dernière modification 24.08.2016

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