Actualisation de la méthode UBP: Des évaluations de plus en plus pointues

27.08.2014 - Les écobilans se sont imposés comme une base d’évaluation précieuse dans les décisions importantes en matière d’environnement. En Suisse, la méthode de la saturation écologique est très répandue et inclut depuis peu le bruit du trafic.

Texte: Kaspar Meuli

Les préjugés résistent rarement à un examen approfondi - l’environnement n’échappe pas à la règle. Ainsi le plastique, malgré sa mauvaise réputation, n’est-il pas forcément plus polluant que le papier, le carton ou le verre. C’est ce que montraient les premiers écobilans établis par la Confédération, il y a trente ans, dans le but de comparer la charge écologique effective de différents types d’emballage. Bien qu’issu du pétrole, le plastique, correctement utilisé, peut se révéler plus opportun que certains matériaux provenant de ressources renouvelables. En effet, ces derniers requièrent aussi de l’énergie fossile pour leur fabrication.

Il y a quelques années, des analyses comparées de la production de tomates avaient abouti à des résultats non moins surprenants: si l’on intègre tous les facteurs environnementaux, la culture en serres chauffées en Suisse est préférable à celle de l’Espagne méridionale, où les tomates mûrissent pourtant au soleil. Car dans cette région où l’eau est très rare, l’irrigation pèse particulièrement lourd dans le bilan.

Une comparaison systématique

La méthodologie des écobilans remonte aux années 1980. Les chercheurs de plusieurs disciplines réfléchissaient alors au moyen de comparer systématiquement les nuisances imputables à l’extraction des matières premières et à leur transformation, ainsi qu’à la production des biens et des services. Depuis, la méthode fournit des bases objectives à la prise de décisions économiques et politiques. L’OFEV s’en sert par exemple afin de choisir le papier recyclé le plus écologique pour ses documents imprimés ou de définir des taux de recyclage minimaux pour les emballages. La direction d’une entreprise l’utilisera, quant à elle, pour déterminer le site de production sur lequel elle pourra obtenir une réduction maximale de l’impact environnemental par rapport à un montant d’investissement donné.

«Les écobilans ont pour but d’offrir une représentation aussi exacte que possible de la réalité », explique le chimiste Peter Gerber, de la section Consommation et produits à l’OFEV. « Mais ils ne peuvent le faire que si les procédures d’évaluation et les données de base sont actualisées de temps à autre. » C’est pourquoi la méthode de la saturation écologique (voir encadré ci-contre), qui rend très bien compte de la situation suisse, fait l’objet d’une remise à jour périodique, cofinancée par l’OFEV. Après la première édition du rapport en 1990, suivie de deux révisions en 1997 et en 2006, une nouvelle version réactualisée vient de paraître.

S’agissant des ressources, le modèle de la saturation écologique prenait jusqu’à présent en considération l’utilisation d’agents énergétiques tels que le pétrole ou le charbon. En outre, l’eau et le gravier, de même que l’exploitation du sol, étaient portés au bilan. Désormais, l’évaluation intègre également les métaux et les minéraux, en se fondant sur la stratégie Cleantech du Conseil fédéral, qui prévoit que la Suisse ramène sa consommation à un niveau compatible avec la nature.

Concernant les émissions, la nouvelle évaluation englobe pour la première fois le bruit, en plus des rejets affectant l’air, les eaux superficielles, la nappe phréatique et le sol. Grâce aux progrès méthodologiques de la modélisation, les nuisances sonores causées par les transports routier, ferroviaire et aérien sont également prises en compte.

Les UBP comme indicateurs

« Toute appréciation de l’environnement est liée à une échelle de valeurs », poursuit Peter Gerber. « Notre société attribue une grande importance à la santé, de même qu’à la protection du climat ou à la biodiversité. » Selon lui, la position exprimée dans les objectifs légaux se reflète dans la méthode de la saturation, ce qui lui confère toute sa particularité.

Concrètement, des écofacteurs sont calculés pour tous les aspects considérés. Les experts s’en servent pour pondérer les impacts - des émissions polluantes à l’extraction des ressources en passant par le bruit -, qu’ils expriment ensuite en unités de charge écologique appelées UBP (voir environnement 1/2012, page 63). C’est pourquoi on parle aussi de méthode UBP. Par exemple, le rejet d’un kg de CO2 dans l’atmosphère correspond à 460 UBP et l’apport d’un kg de phosphates dans les eaux, à 890‘000 UBP. Les bases de calcul sont disponibles pour la plupart dans des banques de données qui satisfont à des exigences de qualité élevées, comme « ecoinvent ».

Les émissions et les quantités consommées figurant dans l’inventaire écologique sont multipliées par leur écofacteur. Ces résultats peuvent être analysés individuellement ou additionnés pour donner une somme totale. Le calcul aboutit à un chiffre unique, à vocation essentiellement comparative. Souvent, seule une telle valeur chiffrée permet de confronter des produits de fabrication différente, mais revêtant la même fonction. De cette façon, il est possible de déterminer si un sac en plastique pollue davantage qu’un cabas en papier, ou si la production des tomates espagnoles est plus écologique que celles des serres suisses.

Une seule valeur de référence

« Il est essentiel d’avoir une vue d’en-semble », résume Peter Gerber. Avant de procéder à des simplifications et de pouvoir se concentrer sur certains domaines environnementaux, il faut disposer d’un bilan global, qui expose les causes des nuisances et les effets importants. « Ainsi, on voit clairement si un processus de production est problématique parce qu’il pollue l’eau par des nitrates, qu’il rejette des métaux lourds dans le sol ou qu’il émet beaucoup de CO2. »

Comme la méthode UBP exprime la charge écologique à travers une valeur unique, elle répond aux attentes de nombreux décideurs. Elle permet de discerner avec précision si des processus de production variés présentent ou non des différences du point de vue écologique. « Ces observations s’avèrent capitales sur le plan pratique », affirme Peter Gerber.

Informations complémentaires

Contact
Dernière modification 27.08.2014

Début de la page

https://www.bafu.admin.ch/content/bafu/fr/home/themes/economie-consommation/dossiers/actualisation-de-la-methode-ubp.html