Entretien des infrastructures: Investir pour le bien de l’homme et de l’environnement

Ouvrages de protection contre les crues, conduites d’eaux usées ou autres, les infrastructures environnementales sont essentielles pour le fonctionnement de l’économie. Elles doivent donc être conservées et parfois renforcées à long terme. Pour la Suisse, le défi est de taille.

Infrastructures environnementales publiques, par secteurs

Tout propriétaire immobilier le sait: il ne faut pas attendre qu’une rénovation ou des transformations soient nécessaires pour commencer à mettre de l’argent de côté. Ce principe s’applique aussi aux infrastructures environnementales publiques: il n’est pas facile de mobiliser assez de moyens financiers pour les entretenir et les renouveler, surtout en période de faible conjoncture.Des milliers de kilomètres.En Suisse, les infrastructures environnementales sont nombreuses et diverses. Plus de 1,6 million de bâtiments sont reliés aux systèmes d’approvisionnement en eau potable et de canalisations, ce qui correspond à un réseau d’environ 100’000 kilomètres de conduites. D’innombrables ouvrages de protection contre les crues sont aménagés dans les bassins versants des rivières et des torrents et, en montagne, la sécurité est renforcée par des paravalanches et des filets de protection contre les chutes de pierres. Trente usines d’incinération des ordures ménagères (UIOM) et plusieurs douzaines d’installations de recyclage permettent d’éliminer ou de valoriser les déchets dans le respect de l’environnement. Ces dernières années, les parois antibruit se sont en outre multipliées et des filtres ont permis d’assainir l’air. Sans oublier les passages à faune et à batraciens.Bon pour la compétitivité.La qualité de ces équipements garantit l’attrait de la place économique suisse. Un sol fertile non pollué et une grande diversité des espèces sont capitaux pour l’industrie alimentaire, l’agriculture et le tourisme, mais d’autres secteurs ont aussi besoin d’une eau pure ou de voies de communication sûres. De plus, en raison des risques de crues ou d’autres dangers naturels, de nombreux sites de production n’existeraient pas s’il n’y avait pas d’ouvrages de protection.

Les ménages aussi profitent de la qualité des installations: l’approvisionnement en eau potable est assuré partout, de même que l’élimination des eaux usées et des déchets. Dans les zones très urbanisées, des mesures de lutte contre le bruit permettent d’améliorer la qualité de vie. Par ailleurs, de nombreuses régions ne sont habitables que grâce aux dispositifs de protection contre les dangers naturels. Pour la population, les infrastructures environnementales sont donc un gage de sécurité, de santé et de bien-être.Autant que la route et le rail réunis.La valeur de remplacement des équipements existants – la somme qu’il faudrait dépenser pour les renouveler – dépasse 320 milliards de francs, répartis entre les installations et ouvrages privés (140 milliards) et publics (180 milliards). Cette valeur est à peu près équivalente à celle des infrastructures de transport.

Le montant annuel affecté aux infrastructures environnementales publiques, soit actuellement quelque 6 milliards de francs, comprend, outre les coûts de fonctionnement et d’entretien, les coûts d’amortissement tels que la dépréciation, ainsi que les intérêts des capitaux empruntés pour les dépenses de rénovation, de remplacement et de construction. Les principaux postes budgétaires con¬cernent l’élimination des eaux usées (2,2 milliards) et l’approvisionnement en eau potable (1,7 milliard). Les UIOM coûtent 850 millions de francs par an et la protection contre les crues environ 520 millions. En comparaison, les charges pour les autres équipements sont minimes.

En août 2005, la commune de Brienz (BE) a été durement touchée par les intempéries (en haut). Un an plus tard, les travaux d’assainissement et de renforcement des rives n’étaient pas encore achevés.
© Keystone

Principaux enjeux.De nombreuses conduites d’eaux usées arrivent en fin de vie, surtout dans les villes, et devront être assainies ou remplacées dans les années à venir. Il faudra aussi rénover entièrement, dans les prochaines décennies, les grands ouvrages de protection contre les crues, très onéreux, construits au XIXe et au début du XXe siècle le long du Rhône, de l’Aar, du Rhin alpin, de la Linth et de la Reuss, ainsi que ceux de la correction des eaux du Jura. Le coût des infrastructures environnementales devrait donc augmenter, d’autant plus qu’il n’y a pas seulement les investissements de remplacement: la croissance démographique, l’urbanisation, les changements climatiques pèsent sur l’environnement, imposant des aménagements. Et de nouveaux dangers peuvent venir renchérir la facture. Ainsi, on réclame actuellement une étape de traitement supplémentaire pour éliminer les micropolluants dans les stations d’épuration (STEP).Qui paie?Si, dans l’ensemble, l’augmentation devrait être modérée à l’échelle de la Suisse, elle pourrait être très importante par endroits, et ce pour plusieurs raisons: des provisions insuffisantes dans les domaines de l’approvisionnement en eau potable ou de l’élimination des eaux usées, mais aussi le manque de place, qui peut rendre impossible l’agrandissement pourtant nécessaire et urgent d’une STEP ou d’une UIOM et exiger la construction, plus coûteuse, d’une nouvelle installation à un autre emplacement.

Le financement des infrastructures environnementales n’est pas toujours identique: la protection contre les dangers naturels relève, à parts pratiquement égales, des fonds publics fédéraux, cantonaux et communaux, alors que, pour l’eau potable et l’élimination des eaux usées et des déchets, les utilisateurs paient des taxes qui doivent inclure une contribution pour le remplacement ultérieur et l’élargissement éventuel des installations.

Gérer pour garantir la qualité. Dans certains pays, surtout anglo-saxons (Australie, Grande-Bretagne et Etats-Unis), la vétusté des infrastructures communales a fait la une des journaux et suscité l'élaboration de plans nationaux de gestion. En Suisse, la qualité reste élevée et les procédures de planification fonctionnent généralement bien. Mais on s'efforce toujours d'améliorer les bases de décision et de faire progresser la professionnalisation - notamment par une gestion intégrée des ouvrages de protection - pour pouvoir garantir durablement la qualité et la sécurité tout en maintenant les dépenses à un niveau raisonnable.

En tant que service fédéral chargé de l'environnement et des ressources, l'OFEV est tenu de conserver à long terme les infrastructures environnementales. Il soutient donc aussi le développement de leur gestion, en accordant des aides financières, en transmettant du savoir-faire ou en adaptant les prescriptions.

Rolf Gurtner, OFEV

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Dernière modification 22.05.2012

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