Sécurité des Bâtiments: Mieux faire face aux séismes

Ce qui est arrivé à Aquila ou à Van pourrait se produire en Suisse. D’où l’importance de construire en appliquant les prescriptions parasismiques et de renforcer les bâtiments existants, si nécessaire.

Renforcement parasismique du Collège de l’Europe à Monthey (VS): la forme des contreventements est le résultat d’une collaboration entre ingénieurs et architectes.

Si l'on veut voir à l'œil nu ce qu'il est possible de faire pour assurer d'anciens édifices contre les séismes, on peut se rendre à Monthey, en Valais, où trois établissements scolaires ont récemment été assainis: l'Ecole supérieure de commerce (ESC), le Cycle d'orientation et le Collège de l'Europe. Dans les deux premiers cas, les principaux travaux ont consisté à ajouter aux murs extérieurs des renforcements en béton armé. Pour l'ESC, une construction datant de 1908, on a en outre complété la façade avant par une solide paroi qui rigidifie l'immeuble sur la longueur en combinaison avec l'enceinte où se trouve la gaine d'ascenseur. Sur cette surface, on en a d'ailleurs profité pour installer un mur de grimpe. Quant au Collège de l'Europe, outre l'adjonction de deux noyaux en béton à l'intérieur, il a été fortifié en façade par des contreventements en structure métallique qui respectent l'identité du bâtiment.

Prescriptions claires... «Les tremblements de terre ont beau être rares en Suisse, ils y représentent le plus grand potentiel de dommages lié aux catastrophes naturelles», rappelle Friederike Braune, de la Centrale de coordination pour la mitigation des séismes de l'OFEV. L'aléa le plus élevé se situe en Valais, dans la région bâloise, en Suisse centrale, en Engadine et dans la vallée du Rhin saint-galloise. Or, si le pays dispose depuis 1989 de normes de construction parasismique modernes élaborées par la Société suisse des ingénieurs et des architectes (SIA), ce n'est qu'après l'entrée en vigueur de la dernière génération de normes, en 2003, que la sensibilisation s'est intensifiée au niveau des nouvelles constructions. Les critères applicables pour apprécier la stabilité des ouvrages déjà réalisés, quant à eux, ont été clarifiés en 2004 avec le cahier technique SIA 2018 Vérification de la sécurité parasismique des bâtiments existants, un document élaboré avec le soutien de la Centrale de coordination.  

... mais application inégale. Au niveau cantonal, la vérification des édifices publics a été institutionnalisée. La plupart des cantons contrôlent et renforcent si nécessaire leurs propres constructions, souvent dans le cadre de transformations. Par contre, seuls le Valais, le Jura, l'Argovie, ­Bâle-Ville et Nidwald formulent des exigences spécifiques liées à la sécurité sismique quand il s'agit d'attribuer un permis de construire pour des bâtiments privés. Fribourg et Vaud préparent l'introduction de procédures allant dans ce sens. «Trop souvent, surtout pour les logements, les nouvelles constructions ne respectent pas les normes», déplore Friederike Braune. Plusieurs raisons expliquent cet état de fait: une prise de conscience insuffisante du risque, le manque de formation ou de spécialisation des auteurs de projets, ainsi que des prescriptions légales et des contrôles lacunaires. «Il faut un dialogue intensif entre tous les acteurs impliqués: propriétaires, architectes, planificateurs, ingénieurs, entreprises de construction et autorités», ajoute Friederike Braune.

Les panneaux ne devaient pas seulement remplir les exigences techniques, mais aussi satisfaire l’esthétique.

La Confédération s’engage.Le programme de mesures fédérales pour la mitigation des séismes lancé en 2000 comporte deux axes concernant les bâtiments: un inventaire portant sur la résistance des objets «les plus importants» de la Confédération aux tremblements de terre, afin de planifier rapidement les renforcements nécessaires, et la vérification de la sécurité sismique lors de projets de construction, de transformation ou d’assainissement. Sont surtout concernés les immeubles administratifs, ceux qui abritent la douane ou l’armée, le domaine des Ecoles polytechniques fédérales (EPF) ou encore les ambassades suisses à l’étranger. Les constructions dont la tenue aux tremblements de terre s’avère insuffisante font systématiquement l’objet de mesures selon le principe de proportionnalité des coûts. Pour les infra¬structures appartenant à la Confédération ou relevant de sa compétence – routes nationales, distribution d’énergie électrique –, des exigences ciblées sont intégrées dans les processus d’approbation des projets.

Autre modèle: le Valais. «La loi cantonale valaisanne oblige les planificateurs à respecter les normes parasismiques en vigueur, tant pour les constructions nouvelles que pour toute transformation conséquente d'immeuble», explique Xavier Mittaz, ingénieur civil spécialisé en génie parasismique au bureau sd ingénierie à Sion. Tout ce qui est neuf en Valais est donc parasismique. Quant aux édifices publics anciens, ils sont progressivement vérifiés et traités. Ont été consolidés en priorité les immeubles dits «critiques», tels que le bâtiment de la police cantonale comprenant la centrale d'intervention du canton, les hôpitaux de soins aigus et nombre d'établissements scolaires comme ceux de Monthey. En collaboration avec la protection civile italienne et des spécialistes français, le canton se prépare également aux interventions post-sismiques, complète Xavier Mittaz. En effet, après un séisme majeur, il faut pouvoir évaluer rapidement l'habitabilité de plusieurs milliers de bâtiments afin de permettre aux personnes éventuellement évacuées de revenir le plus vite possible chez eux.

«La prévention est d'autant plus essentielle que les dégâts occasionnés par les séismes ne sont pas suffisamment pris en charge par les assurances», affirme Friederike Braune. Qui va payer en cas d'accident grave? Le Pool suisse pour la couverture des dommages sismiques mis en place par les établissements cantonaux d'assurance n'y suffira pas, et de loin. Pour Xavier Mittaz, «il n'y a pour l'instant que la Chaîne du Bonheur...». Au printemps 2012, le Parlement a chargé le Conseil fédéral d'élaborer un projet d'assurance obligatoire contre les tremblements de terre.

 Cornélia Mühlberger de Preux

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Dernière modification 22.05.2012

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