Dialogue avec l'OFEV: En réseau pour économiser les ressources

À l’initiative de l’OFEV, des personnalités issues de l’économie, de la science, de la société civile et de l’administration ont réfléchi aux moyens de réduire massivement la consommation de ressources de la Suisse. Ils ont mis au point le modèle de réflexion « Go for Impact ». Il préconise que l’économie suisse s’appuie sur les mises en réseau et les innovations, et se concentre sur les mesures qui lui assureront un impact maximal.

Texte: Steffen Klatt 

SwissGreenEconomy
Sibyl Anwander, cheffe de la division économie et innovation à l’OFEV, explique lors du symposium Swiss Green Economy : « Go for Impact a permis de promouvoir un esprit et un comportement basés sur la coopération ». De gauche à droite : Stephan Klapproth (modérateur), Simone Arizzi (directeur du service Technologie et innovation chez DuPont de Nemours International SA), Ruedi Noser (conseiller aux États PLR et CEO de Noser Management AG), Paola Ghillani (patronne de Paola Ghillani & Friends AG) et Sibyl Anwander.
© Louis Rafael Rosenthal

La Suisse s’est fixé comme objectif d’atteindre un rapport équilibré entre, d’un côté, la nature et sa faculté de renouvellement et, de l’autre, son exploitation par l’être humain. Cependant, si elle entend réaliser cet objectif tel qu’il est formulé dans l’article 73 de la Constitution fédérale, elle devra faire un usage trois fois plus efficace des ressources naturelles en Suisse et surtout à l’étranger. Un groupe d’impulsion constitué de 21 personnalités, issues des milieux économiques et scientifiques, de la société civile ainsi que des pouvoirs publics, s’est penché pendant un an sur les moyens de réaliser cet objectif. Le débat initié par l’OFEV a abouti à la conception du modèle « Go for Impact » (voir encadré), qui présente des méthodes permettant à la Suisse la mise en œuvre plus rapide et plus efficace d’une économie et d’un mode de consommation économes en ressources. Ce modèle s’inspire des objectifs de développement durable (ODD) de l’ONU.

Un défi collectif

En résumé, le groupe s’est demandé comment tirer parti des défis de demain. Notre pays fonctionne et consomme au détriment des générations futures. Nous utilisons, par habitant, environ trois fois plus de ressources que ne le permettent à long terme les limites de notre planète. L’option du statu quo est à exclure. Philippe Thalmann, professeur à l’école polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), l’a parfaitement exprimé à l’occasion d’une rencontre du groupe : « La Suisse ne peut se soustraire à l’évolution de l’économie mondiale en restant passive. » Le groupe a reconnu que la Suisse devait donc, dans son propre intérêt, se montrer plus efficiente dans l’utilisation des ressources. Les secteurs les plus propices et offrant les meilleurs potentiels sont l’alimentation, le logement et la mobilité. Inspiré par la Vision 2050 du Conseil mondial des entreprises pour le développement durable et par la Stratégie pour le développement durable du Conseil fédéral, le groupe d’impulsion a rapidement convenu que plus de 9 milliards d’êtres humains devaient pouvoir vivre correctement sans dépasser les limites de la planète, que la Suisse voulait apporter une contribution appropriée à cet égard et qu’elle devait réduire dans une large mesure la consommation excessive de ressources. Le modèle de réflexion a été présenté en novembre 2016 à Winterthour dans le cadre du symposium « Swiss Green Economy ». « Nous voulions montrer que le besoin d’agir était certes réel, mais que les solutions économiques ne manquaient pas non plus », a déclaré Sibyl Anwander pour justifier la volonté de l’OFEV de mettre en œuvre ce groupe d’impulsion. La cheffe de la division Économie et innovation représentait l’OFEV au sein du groupe.

Vizedirektorin
Karine Siegwart, vice-directrice de l’OFEV, dialogue avec des représentants du secteur économique : « Les pouvoirs publics peuvent soutenir les initiatives de l’économie, mais non les suppléer. »
© Louis Rafael Rosenthal

Pas de solutions sans innovations

Parmi les principales conclusions de « Go for Impact » figure la nécessité des innovations. « Les objectifs de l’Accord de Paris sur le climat ne sont réalisables qu’au prix de solutions techniques novatrices », déclare par exemple Ruedi Noser, chef d’une entreprise d’informatique et conseiller aux États PLR zurichois, mais aussi membre du groupe d’impulsion. Selon lui, dans le passé, les normes qui ont souvent été définies manquaient de dynamisme par rapport à la prise en compte des possibilités techniques. « Si l’on définit aujourd’hui des normes autorisant les innovations, ce sera un progrès à mes yeux. » Il faudrait aussi à ce sujet un changement de paradigme dans l’administration pour pouvoir vraiment aller de l’avant. Si c’était le cas, ce serait précieux pour l’environnement. L’économie suisse est très efficiente et souhaite générer une forte valeur ajoutée. « La gestion efficace des ressources en fait aussi partie. » Pour Paola Ghillani, également membre du groupe, il importe de connecter les innovations et les investisseurs. « L’innovation, c’est aujourd’hui l’économie circulaire », explique l’entrepreneuse. La Suisse serait parfaitement positionnée, selon elle. « Mon rêve serait que la Suisse devienne la Valley of sustainability (vallée de la durabilité) », a-t-elle déclaré à Winterthour à l’occasion du lancement de « Go for Impact ». « La question est de savoir comment établir une chaîne depuis les start-ups jusqu’aux PME et aux grandes entreprises. » Dans les entreprises elles-mêmes, en effet, les choses n’ont pas traîné. « La durabilité nous importe depuis des décennies », explique Simone Arizzi, directeur du département Technologie et innovation pour l’Europe et le Moyen-Orient chez DuPont. « Ce qui compte, c’est l’impact sur la durabilité », précise le patron d’une des plus grandes entreprises chimiques du monde, autre membre du groupe d’impulsion. Il ne suffit pas de penser en termes nationaux. « Deux tiers de la pollution de la Suisse est occasionnée à l’étranger. » L’administration se voit jouer un rôle actif, comme l’a souligné Karine Siegwart, la vice-directrice de l’OFEV : « Nous aussi, nous voulons être des agents du changement », a-t-elle affirmé à Winterthour à propos du dialogue entre science et économie. « Car nous n’avons que cette planète. » Mais l’administration ne peut que soutenir les initiatives de l’économie, elle ne peut y suppléer. C’est en cela que « Go for Impact » est aussi une invitation adressée au monde de l’économie. « C’est à lui de se mettre en réseau, de faire un usage novateur de ce schéma de réflexion et, dans le cadre des efforts de durabilité, de se focaliser franchement sur un impact environnemental positif », a complété Sibyl Anwander. Les travaux du groupe d’impulsion se sont achevés avec cette présentation à Winterthour. Pour les participants, la transposition inhabituelle du processus au-delà des frontières sectorielles a constitué une expérience positive. À l’occasion d’une question posée lors du symposium, le conseiller aux États Ruedi Noser a même donné, sur une échelle de 1 à 10, la note maximale au processus. Le modèle de réflexion et le rapport final, tous deux consultables en ligne sur le site www.go-for-impact.ch, constituent désormais la base de débats ultérieurs avec les milieux économiques, scientifiques, sociaux et administratifs. « L’objectif consiste à promouvoir une économie durable et sobre en ressources au moyen d’initiatives volontaires », explique Adrian Aeschlimann, responsable du domaine Coopération et dialogue à l’OFEV. Le modèle est désormais à la disposition de toutes les personnes intéressées et doit faire l’objet, selon lui, d’une utilisation active : « Le modèle aidera les chefs d’entreprise soucieux d’une économie durable à poser les bonnes questions : Est-ce que j’exploite le potentiel de coopération, favorise les bonnes innovations et produis un impact positif sur l’environnement ? »

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Dernière modification 15.02.2017

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