Forêts protectrices: L’entretien garantit notre sécurité

12.02.2013 - Près de la moitié de nos forêts protègent les zones habitées et les voies de communication contre les dangers naturels, selon les conclusions du projet SilvaProtect-CH. Or, pour assurer leur stabilité, elles doivent être entretenues avec soin, comme cela se fait au-dessus de Coire.

Vue du « Schwarzwald » surplombant Coire vers la commune de Felsberg, au pied du Calanda.
Vue du « Schwarzwald » surplombant Coire vers la commune de Felsberg, au pied du Calanda.
© Natalie Boo/AURA/OFEV

Des sapins minuscules sont groupés par dizaines autour d’un énorme sapin blanc. Toni Jäger en arrache un du sol meuble. A peine haut de quelques centimètres, c’est plus une touffe informe qu’un jeune arbre. « Cette plante lutte depuis des années pour survivre. Mais malgré son acharnement, elle n’a aucune chance. Chaque hiver, ses jeunes pousses sont broutées par le gibier », explique le forestier du triage de Coire.

Pour les chevreuils, les cerfs et les chamois, cette clairière à 1200 mètres d’altitude est un petit paradis. En hiver, lorsque le sol est recouvert de neige et que les skieurs les chassent de leurs quartiers traditionnels, les animaux sont heureux de trouver refuge et nourriture dans les bois.

Un rempart pour 36'000 personnes

Cependant, ce qui est bon pour le gibier ne l’est pas forcément pour les 36'000 personnes vivant dans la capitale grisonne. Le « Schwarzwald » qui s’élève depuis les limites de la ville sur 1200 mètres de dénivellation forme l’une des principales forêts protectrices de Coire. Sans elles, beaucoup d’habitants seraient dangereusement exposés.

Si ces forêts étaient laissées à l’abandon, elles perdraient tôt ou tard leur fonction essentielle. A l’état naturel, elles se développent durant de longs cycles. En fin de vie, les arbres s’effondrent par surfaces, entraînant l’apparition d’ouvertures où le rajeunissement peut s’installer. Dans les terrains escarpés, ce renouvellement peut durer des dizaines, voire des centaines d’années et s’accompagne de processus érosifs qui vont remodeler le paysage.

Cette évolution de la nature n’encourage pas l’homme à s’installer dans des lieux tellement en butte aux changements. S’il veut s’y établir durablement, il doit influencer le développement en sa faveur. Autrement, il n’aurait jamais pu coloniser les Alpes ni s’établir à Coire, dont les origines remontent au quatrième millénaire avant l’ère chrétienne.

Le forestier Toni Jäger explique la gestion des forêts protectrices. Pour favoriser le rajeunissement, une coupe a eu lieu il y a douze ans. Après quoi, des travaux d’entretien réguliers ont été nécessaires pour qu’au moins quelques-uns des nombreux arbrisseaux puissent se transformer en arbres solides.
Le forestier Toni Jäger explique la gestion des forêts protectrices. Pour favoriser le rajeunissement, une coupe a eu lieu il y a douze ans. Après quoi, des travaux d’entretien réguliers ont été nécessaires pour qu’au moins quelques-uns des nombreux arbrisseaux puissent se transformer en arbres solides.
© Natalie Boo/AURA/OFEV

La protection avant toutIl y a douze ans, les forestiers de Coire ont effectué une éclaircie afin de rajeunir un peuplement vieux de quelque 150 ans et de favoriser la diversification des essences. Leurs prédécesseurs avaient jadis mis en place des plantations uniformes de sapin blanc et d’épicéa. Après quelques dizaines d’années, le bois devait être récolté et les surfaces de coupe reboisées. Des chemins accessibles aux chevaux et aménagés cent ans plus tôt devaient permettre une exploitation rationnelle.Le bois était alors l’une des principales sources de revenu de la ville. En 1874, la bourgeoisie, qui possédait la quasi-totalité de la forêt, lui avait cédé le droit d’usage; elle l’exerce aujourd’hui encore. Mais la récolte du bois est désormais reléguée au second plan. En effet, les prix ont fortement baissé, les aspects écologiques ont pris plus d’importance et la fonction protectrice est devenue prioritaire.Soutenir le rajeunissementLors de la coupe réalisée en 2000, Toni Jäger avait conservé quelques vieux arbres, dont un imposant mélèze. Ils s’élèvent aujourd’hui comme des phares au milieu d’une nature foisonnante. Les framboisiers et le rumex se développant beaucoup plus rapidement que les arbres, ces derniers ne pourraient pas survivre sans l’aide de l’homme: pendant quelques années, le terrain doit donc être dégagé à la faux comme une prairie pour que ces arbustes reçoivent aussi de la lumière.Pour lutter contre l’abroutissement, les forestiers peuvent recourir à des produits répulsifs ainsi qu’à la plantation ciblée de groupes d’arbres en cercle: en général, un individu parvient à s’imposer. La dernière fauche a eu lieu cet été. « Il y a maintenant assez d’arbres capables de résister au gibier. Nous pouvons laisser faire la nature », se réjouit Toni Jäger.Seul un groupe de sapins blancs reste entouré d’une grande clôture. Ils serviront à l’avenir de semenciers. Grâce à leurs puissantes racines, ces arbres sont particulièrement efficaces pour stabiliser les terrains en pente.

Coupe de bois dans le « Schwarzwald » de Coire (en bas). Les recettes des ventes ne suffisent pas de loin à couvrir les frais d’entretien de la forêt protectrice. Selon Urs Crotta, responsable communal des forêts et des alpages (en haut), la Ville de Coire doit ajouter chaque année 100 000 francs aux subventions fédérales et cantonales.
Coupe de bois dans le « Schwarzwald » de Coire (en bas). Les recettes des ventes ne suffisent pas de loin à couvrir les frais d’entretien de la forêt protectrice. Selon Urs Crotta, responsable communal des forêts et des alpages (en haut), la Ville de Coire doit ajouter chaque année 100 000 francs aux subventions fédérales et cantonales.
© Natalie Boo/AURA/OFEV

Un travail ardu dans les pentesQuelques centaines de mètres plus loin, le bruit d’une tronçonneuse monte d’un ravin: c’est l’une des onze gorges de la forêt de Coire par lesquelles l’eau se précipite en direction de la vallée. Il y a une centaine d’années, de solides murs de pierre et des troncs ont été installés pour atténuer la violence des coulées de boue qui peuvent s’y former soudainement après de fortes chutes de pluie. Plus bas, les cônes d’éboulis où paissent les vaches témoignent de la puissance de l’érosion. Aujourd’hui, il s’agit de rénover quelques-uns de ces seuils artificiels. Dans un terrain aussi escarpé, les travaux à la pelle araignée, à la tronçonneuse et à la masse ne sont pas sans risques.Dans la vallée, un bassin entouré d’une épaisse digue doit retenir les roches et la boue. L’ouvrage a démontré son efficacité, mais il doit être régulièrement vidangé.Un investissement efficaceAujourd’hui, les frais d’entretien de la forêt protectrice dépassent largement les recettes. L’abattage coûte à lui seul de 100 à 120 francs par mètre cube, alors que le bois se vend entre 40 et 100 francs suivant l’essence et la qualité. Il y a une vingtaine d’années, il valait le double. Pour des raisons de technique de production, le bois des grands sapins blancs parfois bicentenaires est pratiquement invendable. De même, celui du hêtre, essence dominante dans la partie basse, n’est commercialisable que comme bois de feu à cause de sa tendance à se fissurer.Tout cela entraîne un déficit notoire dans les comptes de l’administration communale des forêts et des alpages. Les quelque 250 000 francs de subventions aux forêts de protection versés par la Confédération et le canton ne suffisent pas à le compenser. Urs Crotta, responsable de ce secteur, évoque un montant de 100 000 francs par an à compléter par la caisse de la Ville.Mais cet argent est bien investi. « La protection naturelle est efficace et nous coûte beaucoup moins que n’importe quel ouvrage artificiel », assure Stéphane Losey, de la section Glissements de terrain, avalanches et forêts protectrices à l’OFEV.Urs Fitze

Informations complémentaires

Contact
Dernière modification 12.02.2013

Début de la page

https://www.bafu.admin.ch/content/bafu/fr/home/themes/forets/dossiers/forets-protectrices-entretien-securite.html