Éco-innovations: Faire progresser la Suisse et l’environnement

La Confédération accorde une aide financière au développement d’innovations environnementales. Ce faisant, elle agit dans un esprit d’entreprise. Dans ses activités de soutien, l’OFEV collabore étroitement avec le secteur privé et les institutions de recherche appliquée.

Les pouvoirs publics encouragent l’innovation, de la phase de la recherche fondamentale jusqu’à celle de la commercialisation, à l’aide de différents instruments. Le graphique présente le montant des subventions qui ont permis de financer des projets dans le domaine de l’environnement en 2015. Pour le Fonds national suisse de la recherche scientifique (FNS) et la Commission pour la technologie et l’innovation (CTI), ce montant ne représente qu’une petite partie des subventions qu’ils attribuent.

Texte : Karine Siegwart et Daniel ZürcherDurant l’été 2005, Steve Jobs - entrepreneur, fondateur et PDG d’Apple - tint son discours sans doute le plus célèbre à l’occasion de la remise des diplômes de l’Université américaine de Stanford. Il invita les personnes présentes à rester « affamées et audacieuses ». C’est à ce prix que les innovations sont possibles, selon lui. Pourtant, Steve Jobs occultait un élément déterminant, constate Mariana Mazzucato, économiste et titulaire d’une chaire d’économie de l’innovation à l’Université britannique du Sussex. Dans son livre The Entrepreneurial State, publié en 2013, elle déclare que cette audace, mue par un sens aigu des affaires, a souvent surfé sur la vague des innovations dirigées et financées par l’État. Apple aurait donc avant tout réussi parce que le talent d’organisateur et la créativité de Steve Jobs le mettaient en mesure de condenser des technologies existantes, de les reconditionner et de les commercialiser. Mariana Mazzucato écrit par ailleurs que toutes les technologies qui ont rendu l’iPhone aussi « intelligent » ont été financées par l’État (Internet, GPS, écran tactile, reconnaissance vocale SIRI, entre autres exemples). Ces investissements radicaux, auxquels s’associe une incertitude extrême, ne sont dus ni à des sociétés de capital-risque, ni à de géniaux inventeurs au fond de leur garage, mais à la main bien visible de l’État, qui a permis ces innovations. Ce serait l’État, selon elle, qui non seulement met en place un contexte propice à l’innovation, mais joue lui-même un rôle moteur et crée des marchés.

Rôle déterminant de l’État

L’État, souvent réduit au rôle d’administrateur et de régulateur, a un pouvoir d’innovation déterminant. Il prépare le terrain sur lequel la société et l’économie se développent. Le financement de la formation et de la recherche, la construction et l’entretien d’infrastructures telles que routes, voies ferrées et usines de traitement des déchets, tout comme l’élaboration et l’exécution des lois, constituent à cet égard des bases importantes.

Il joue également un rôle essentiel au niveau des innovations environnementales, qui ont pour objectif de dissocier la croissance économique de la consommation de ressources naturelles. Sur ce plan, le marché classique échoue dans une large mesure. Les entreprises privées n’investissent guère dans les nouvelles technologies si elles ne sont pas rentables, même si elles peuvent s’avérer très utiles à la collectivité. Cela tient au fait que les biens environnementaux n’ont en général aucun prix. L’État doit par conséquent s’activer et créer des incitations à l’innovation. Une juste combinaison d’instruments s’impose : une réglementation dynamique, par exemple, qui s’inspire de l’état du progrès technique, ou des incitations financières poussant à l’application des meilleures solutions.

L’OFEV encourage les technologies environnementales

La liste des tâches à accomplir en matière de politique environnementale ne s’est pas réduite au cours des dernières années, malgré les progrès accomplis dans divers secteurs. Changement climatique, déclin de la diversité biologique, micropolluants dans l’eau, bruit, polluants atmosphériques et sites contaminés sont des problèmes qui requièrent des solutions encore meilleures et donc des innovations.

Les innovations sont aussi directement encouragées par la Confédération, par exemple au travers de la CTI, son organe de promotion de l’innovation, qui seconde les entreprises privées, lesquelles développent les résultats de la recherche en collaboration avec les universités pour en faire des produits et des technologies commercialisables. Pourtant, seulement 5 % environ des fonds de la CTI (150 millions de francs par an) sont affectés à des innovations importantes pour l’environnement ; le reste bénéficie à d’autres secteurs. La Confédération a donc créé d’autres instruments afin de promouvoir spécifiquement les innovations environnementales. On en compte trois, mis en œuvre par l’OFEV : la Promotion des technologies environnementales (UTF), le Fonds pour les recherches forestières et l’utilisation du bois ainsi que le Fonds de technologie, qui cautionne les entreprises suisses dont les produits novateurs favorisent une réduction durable des émissions de gaz à effet de serre.

Dotée de quelque 4,5 millions de francs, l’UTF est certes modeste. Elle joue pourtant un rôle essentiel, car elle soutient des innovations parvenues au stade ultime et crucial précédant leur entrée sur le marché : la phase pilote. Les résultats de laboratoire sont alors mis à l’épreuve dans les conditions réelles de l’activité industrielle. L’UTF consolide ainsi le dernier maillon avant la commercialisation.

L’exemple de la lutte contre les particules

On peut dire aujourd’hui que la Suisse n’aurait pas beaucoup progressé en matière de protection de l’environnement et des ressources naturelles sans la promotion des technologies environnementales. C’est le cas, par exemple, de la charge en particules fines. La Suisse et l’Union européenne (UE) ont décrété depuis longtemps une valeur limite pour les émissions de particules (PM10). Les particules diesel, cancérigènes, sont particulièrement toxiques. À la fin des années 1990, la Suisse s’efforça donc de réduire ces émissions en intégrant des filtres sur les engins de chantier des tunnels. L’essai s’avéra fructueux et montra qu’il était possible d’abaisser de plus de 97 % les émissions de suie de diesel en recourant à des systèmes fermés de filtres à particules. S’appuyant sur ce constat, l’OFEV mit en vigueur la directive Air Chantiers en 2002 : les filtres devinrent obligatoires sur tous les grands chantiers de construction ; à partir de 2006, grâce au plan d’action de la Confédération contre les poussières fines, de nombreux bus, bateaux, locomotives et autres véhicules furent également équipés.

Ces progrès ne furent possibles que grâce aux innovations et aux standardisations survenues dans les technologies de mesure des poussières fines. Cofinancées par l’UTF, elles permettent un comptage précis des particules de suie dans les gaz d’échappement. Même les particules les plus petites et les plus toxiques sont ainsi recensées, ce qui a contribué à rendre les filtres plus efficaces et à les contrôler. En 2008, le Conseil fédéral définit une valeur limite chiffrée, pour l’ensemble des chantiers, dans l’ordonnance sur la protection de l’air. Grâce à la contribution suisse notamment, l’UE introduisit peu après, dans sa législation, une norme similaire pour les voitures diesel et les poids lourds. Aujourd’hui, près de 100 millions de véhicules en Europe sont équipés de filtres à particules.

Le recul désormais mesurable des émissions de suies de diesel a permis d’améliorer la qualité de l’air dans de nombreuses régions, ce qui a une incidence positive sur la santé et, partant, sur le coût de la santé. Une étude menée à la demande du Parlement européen en 2014 fait état d’un rapport coût/bénéfice de 1 à 12 pour des mesures analogues en Europe ; autrement dit, chaque euro investi dans des mesures de protection de l’air permet d’économiser douze euros en dépenses de santé. L’initiative pionnière de la Suisse dans la lutte contre les particules fines y aura contribué dans une large mesure.

Le bien-être par l’innovation

Les nombreuses innovations, parfois modestes, présentées en guise d’exemples dans ce dossier revêtent toutefois une grande importance pour l’environnement. Chaque pièce du puzzle compte dans l’optique d’une Suisse durable. Les exemples montrent que la politique environnementale de l’OFEV est globale et axée sur le long terme, en vue de concilier le développement et le bien-être avec la nature. Une politique ambitieuse favorise aussi la croissance. Rien ne peut mieux en témoigner que les innovations environnementales. Des études comparatives révèlent que les pays les plus respectueux de l’environnement au monde sont en même temps les plus novateurs. On ne s’étonnera donc plus que les marchés liés à la technologie environnementale et aux techniques énergétiques durables figurent parmi ceux qui connaissent les plus fortes croissances. La multiplication des demandes adressées à l’UTF suggère aussi que la modernisation écologique s’accélère.

Affamés et audacieux, tels doivent être les entrepreneurs inventifs, selon Steve Jobs. En Suisse, nous pouvons adopter d’autant plus cette devise que l’État se montre disposé à les soutenir sur la voie longue et difficile de l’innovation, depuis l’émergence d’une idée jusqu’à sa mise sur le marché.

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Dernière modification 18.05.2016

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