Ensembles résidentiels durables: Nos villes en mutation

La population suisse est de plus en plus citadine. Cette évolution a des répercussions sur des ressources limitées telles que le sol ou l’énergie, et même sur la biodiversité. De nouvelles idées et stratégies sont nécessaires pour garantir le développement durable de villes agréables à vivre.

Exemples

« Zurich est déjà construite. » Par ces quelques mots, Ursula Koch, alors directrice des constructions de la Ville de Zurich, refusait à la fin des années 1980 d'ouvrir les zones industrielles aux services. Elle craignait que le centre ne se vide de sa population et n'abrite plus que des bureaux. Il y a une vingtaine d'années, en effet, la métropole économique connaissait un exode massif, comme de nombreuses autres cités suisses. Ceux qui en avaient les moyens s'installaient à la campagne et ne venaient en ville que pour travailler. Seuls restaient ceux qui n'avaient pas le choix, une population défavorisée et dévalorisée composée de personnes à faibles revenus, de chômeurs, de personnes âgées et d'étrangers. Aujourd'hui, la situation a bien changé: les spécialistes de l'immobilier mettent en garde contre les friches résidentielles à la campagne, tandis que l'intérêt pour les logements au centre-ville s'accroît, en même temps que leur valeur. Ainsi, au cours des vingt dernières années, les villes suisses ont connu une forte croissance démographique: 8% à Bâle et à Zurich, 11% à Genève et même 17% à Winterthour. Une tendance qui se maintient: l'Office fédéral de la statistique (OFS) prévoit que la Suisse comptera 8,7 millions d'habitants en 2020, la progression concernant surtout les grandes agglomérations. Pour l'urbanisme et la politique environnementale, les enjeux sont de taille: « Il s'agit de veiller au développement durable de villes où il fait bon vivre tout en garantissant un espace suf­fisant pour la conservation et la mise en réseau de la biodiversité », explique Andreas Stalder, chef de la section Gestion du paysage à l'OFEV.

Densification et espaces verts. A l'avenir, la périphérie des villes sera plus dense puisqu'il faut prendre en considération, outre l'augmentation de la population, la montée des besoins en matière de surface d'habitation par personne. D'environ 34 mètres carrés en 1980, ceux-ci sont passés à près de 50 mètres carrés aujourd'hui, ce qui intensifie la pression sur les zones non bâties dans les villes et les agglomérations. Pour Andreas Stalder, « si une progression de la den­sité urbaine est nécessaire et importante, il est absolument indispensable de préserver ou de créer des zones non construites et des espaces verts ». De tels espaces sont essentiels pour qu'une ville soit habitable: « Ils permettent de se rencontrer, de découvrir la nature et de se détendre, jouent un rôle identitaire. De plus, les surfaces naturelles et les ruisseaux offrent un habitat à de nombreuses espèces végétales et animales. » Mais l'existence de ces zones ne va pas de soi: « C'est aux pouvoirs publics qu'il appartient de définir, en amont du processus, des surfaces libres minimales ou des quotas d'espaces verts contraignants », estime Patrimoine suisse dans sa prise de position Pour une densification de qualité, parue en 2012, qui recommande aussi de valoriser les friches artisanales et industrielles et de les affecter progressivement à de nouvelles utilisations, comme c'est le cas par exemple sur l'aire Sulzer à Winterthour. Les aires ferroviaires inutilisées à proximité des centres-villes recèlent également un large potentiel, comme le montre une étude récente du programme national de recherche « Développement durable de l'environnement construit » (PNR 54). Car la Suisse compte plus de 200 friches ferroviaires appartenant à différentes sociétés et couvrant une superficie de 2,8 millions de mètres carrés. Les projets ne manquent pas: ces prochaines années, les CFF entendent investir quelque cinq milliards de francs dans le réaménagement de 80 friches, notamment en créant à La Praille (GE) un nouveau quartier avec 600 appartements, des bureaux et des commerces.

Des risques de ségrégation. Selon une étude du PNR 54, les villes attirent surtout de jeunes adultes, des expatriés et les milieux aisés. Localement, à Genève ou à Zurich, on observe déjà une tendance à la différenciation sociale. A Zurich, les personnes à revenus élevés s'installent sur les bords du lac, très prisés, tandis que les locataires plus modestes doivent se rabattre sur la périphérie. D'après les auteurs, cette évolution devrait s'accentuer. Pour la prévenir, Lausanne a lancé dès 2005 un vaste projet social: 3000 nouveaux appartements, dont un tiers sont subventionnés et deux tiers proposés en marché libre. Ce principe, qui a fait ses preuves, a été repris pour le projet d'écoquartier des Plaines-du-Loup.

Economiser énergie et ressources. La consommation énergétique est particulièrement élevée en ville, et le potentiel d'économies y est ­important. Des modèles comme la société à 2000 watts de l'Ecole polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ) proposent des solutions pour ramener la consommation moyenne par personne et par an à une puissance continue de 2000 watts, contre environ 6000 à l'heure actuelle. Plusieurs cantons - Bâle-Ville, Berne, Lucerne, la Thurgovie et Uri - ont inscrit dans leur constitution cet objectif, également poursuivi par les 285 Cités de l'énergie du pays ainsi que par certaines coopératives immobilières. Des constructions nouvelles, l'assainissement de bâtiments anciens ou encore le chauffage à distance sont des voies pour l'atteindre. Quant aux ressources, elles peuvent être ménagées par la réutilisation des matières premières. Ainsi, le canton de Zurich promeut la valorisation des matériaux dans le bâtiment et le génie civil, par exemple pour la construction de la clinique vétérinaire ou du Tribunal cantonal.

Raccourcir les trajets. L'enjeu principal de la planification urbaine est peut-être le trafic: le bruit et les gaz d'échappement polluent les villes, sans compter l'énergie et l'espace mis à contribution. Comme le montre la stratégie régionale zurichoise pour la circulation, la majeure partie du trafic individuel motorisé découle de besoins locaux. Une bonne planification doit donc raccourcir les trajets. Le programme fédéral « Quartiers durables » préconise à cet effet de « réaliser un quartier dense et fonctionnellement mixte, où la proximité des arrêts de transports publics favorise la mobilité durable ». Il est particulièrement important de faciliter les déplacements des piétons et des cyclistes. « Avec une place accrue redonnée aux piétons, la sécurité de tous les usagers s'en trouve augmentée », affirme le programme. L'Association Transports et Environnement (ATE) va encore plus loin et invite à vivre sans voiture. Selon l'étude menée dans le cadre d'un projet de Mobilité piétonne et du Club des Sans Voiture (CSV) sur la réduction du trafic dans les quartiers, c'est un bon moyen pour mieux adapter le développement de la circulation à l'homme et à l'environnement. Cette proposition correspond d'ailleurs à une tendance plus générale: à Bâle, Berne et Zurich, près de la moitié des ménages n'ont pas de voiture et le nombre de projets immobiliers sans parking est en constante augmentation, depuis la création en 2011 du premier lotissement sans voiture de Suisse à Bümpliz (BE).

Nicolas Gattlen

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Dernière modification 20.11.2012

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