Déchets électroniques: Séparer le bon grain de l’ivraie

12.02.2013 - Les déchets électroniques contiennent tant des matériaux précieux que des polluants nuisibles à la santé et à l’environnement. Si l’on veut éviter que des métaux lourds, PCB, agents ignifuges ou autres substances problématiques se retrouvent dans les produits recyclés, il faut les séparer et les éliminer. Cela implique de bien connaître les flux de substances actuels.

Recyclage de déchets électroniques chez Immark à Regensdorf (ZH). Les résidus entassés ont été préparés pour être traités à la machine.
Recyclage de déchets électroniques chez Immark à Regensdorf (ZH). Les résidus entassés ont été préparés pour être traités à la machine.
© Immark

En Suisse, un appareil électrique est mis au rebut en moyenne huit ans après son acquisition. Lorsque nous achetons une machine à laver, un aspirateur, un lecteur de CD, un téléviseur, une imprimante et bien d’autres auxiliaires ménagers ou bureautiques, nous payons pour qu’ils soient éliminés dans le respect de l’environnement, en suivant une filière appropriée. Mais les engins électroniques tels que téléphones mobiles, tablettes tactiles ou ordinateurs portables ont une durée de vie encore plus limitée. Le gadget technologique le plus pointu se transforme du jour au lendemain en déchet lorsqu’un nouveau modèle doté de fonctions supplémentaires apparaît sur le marché.

Les points de vente et les postes de collecte ne recueillent pas moins de quinze kilos d’appareils électriques et électroniques usagés par personne et par an. La Suisse est ainsi à la pointe de leur récupération et de leur valorisation dans le monde.

Mélange de petits appareils dans les déchets électroniques (2009)
© OFEV 2012

Démontés, broyés, triés
Une grande partie de ces équipements récupérés en quantité croissante aboutit dans l’entreprise de recyclage Immark, qui exploite à Regensdorf (ZH) la plus grande installation suisse de valorisation des déchets électroniques. Les appareils usagés y sont partiellement démontés à la main, puis conditionnés à la machine. Diverses fractions triées sont ensuite traitées pour récupérer des matériaux précieux, notamment du fer, des métaux non ferreux et des métaux nobles. Mais les résidus électroniques contiennent aussi des substances dangereuses: des métaux lourds toxiques comme le cadmium et le mercure, un semi-métal - l’antimoine - et des polluants organiques persistants tels que les polychlorobiphényles (PCB) ou les agents ignifuges bromés. «Pour empêcher que les opérations de valorisation libèrent des substances désormais interdites ou les renvoient dans la nature avec des matières premières secondaires, il est extrêmement important de les séparer soigneusement, de les retirer du cycle et de les éliminer dans les règles», précise Josef Tremp, de la section Produits chimiques industriels de l’OFEV. Pour y parvenir, nous devons bien connaître les flux de substances. Les flux de substances sous la loupe «Les proportions des appareils mis au rebut - et par conséquent les teneurs en substances nocives des déchets électroniques - ne cessant de varier, nous réétudions périodiquement leur composition à la demande de l’OFEV», déclare Ruedi Taverna, de la société GEO Partner. Après une première analyse des flux de substances effectuée chez Immark en 2003, la concentration de certains métaux lourds et composés organiques y a été réexaminée en 2011 selon la même méthode.Ainsi que le montre un triage des produits démantelés, les métaux viennent en tête (48%), suivis des plastiques (28%). Un bon cinquième de la marchandise prise en charge exige un traitement spécial. C’est notamment le cas pour les tubes cathodiques des anciens écrans, les plaquettes de circuits imprimés, les câbles et les poussières issues du broyage, qui contiennent de nombreux polluants.

Les métaux lourds récupérés

Un échantillon représentatif des déchets électroniques suisses pesant 100 kilos comprend 35 kilos de fer, 6 d’aluminium et 5 de cuivre. La liste s’allonge avec les métaux lourds zinc, chrome, nickel, plomb, étain, cadmium et mercure, dont aucun n’excède 1 kilo.Avec 1,5 gramme par quintal, la charge en cadmium toxique a diminué de plus de 90% depuis 2003. « Ce recul notable est surtout dû à la disparition progressive des piles rechargeables au nickel-cadmium, remplacées par des accumulateurs au lithium-ion », explique le chimiste Josef Tremp, de l’OFEV. Le mercure, également toxique, a suivi une évolution inverse. Sa concentration a plus que doublé, même si elle reste nettement inférieure à celle du cadmium, avec 150 milligrammes par quintal. Cette croissance est imputable à l’essor des écrans LCD et des ordinateurs portables dont les tubes fluorescents renferment du mercure. Mais comme ces composants sont démontés et éliminés sélectivement au lieu d’être broyés, l’enrichissement des résidus en mercure n’aggrave pas l’impact environnemental. Le triage manuel des éléments d’écrans et des autres pièces contenant des polluants permet généralement de retirer plus de 80% du mercure, du cadmium et de l’antimoine avant de passer au traitement mécanique.Les polluants organiques traités à part« L’extraction de substances organiques dangereuses pour l’environnement fonctionne tout aussi bien », constate Josef Tremp. C’est ce qu’indique l’analyse des flux de polybromodiphényléther, utilisé comme agent ignifuge, et de polychlorobiphényles (PCB). Les substances indésirables sont pour la plupart séparées des fractions métalliques recyclables en même temps que les poussières, les plastiques et les pièces triées renfermant des polluants. Elles sont ensuite éliminées directement dans une usine d’incinération des ordures ménagères (UIOM) équipée d’un dispositif efficace d’épuration des fumées, ou isolées par un procédé physique, puis soumises à une destruction thermique en UIOM.La diminution notable des quantités de PCB, tombées de 85% à une bonne centaine de kilos par an, est directement liée à la Convention de Stockholm, qui limite fortement la fabrication et l’utilisation d’une série de polluants organiques persistants (POP) depuis 2004. Cet accord international s’applique notamment au pentabromodiphényléther et à l’octabromodiphényléther, agents ignifuges dont les teneurs dans les déchets électroniques ont également chuté depuis lors. «On ne décèle plus que des traces des retardateurs de flamme interdits par la convention sur les POP dans les appareils électroniques usagés», relève Josef Tremp. «Mais il existe d’autres composés organiques bromés ou chlorés de structure chimique similaire, qui les remplacent alors que leurs effets sur la santé et l’environnement restent mal connus.»

Un écran LCD pèse en moyenne 6,2 kilos. Le boîtier noir permet de récupérer 1,5 kilo de plastique. De même, le métal, les modules de verre et les modules LCD ainsi que les câbles de cuivre peuvent être valorisés.
Un écran LCD pèse en moyenne 6,2 kilos. Le boîtier noir permet de récupérer 1,5 kilo de plastique. De même, le métal, les modules de verre et les modules LCD ainsi que les câbles de cuivre peuvent être valorisés.
© Felix Streuli pour Swico

Des scientifiques inquiets
Le déchlorane plus, agent ignifuge utilisé dans les appareils électroniques et l’isolation des câbles, est l’un de ces composés organiques halogénés aux risques incertains. Or des prélèvements d’air et d’eau effectués dans l’océan Antarctique révèlent qu’il se retrouve déjà fort loin des laboratoires qui le produisent. Dans la Déclaration de San Antonio, des scientifiques inquiets dénoncent les agissements de l’industrie, qui se contente de passer à d’autres retardateurs de flamme halogénés. Invoquant des modèles numériques et des monitorages, ils mettent en garde contre les propriétés de ces substituts et les soupçonnent d’être aussi problématiques que les composés polybromés maintenant interdits. De nombreuses substances halogénées sont en effet toxiques. Elles s’accumulent dans la chaîne alimentaire jusqu’au lait maternel et peuvent perturber l’équilibre hormonal, entraver la reproduction et générer des cancers. Jusqu’à 140 000 tonnes par an. Le potentiel polluant des agents ignifuges empêche jusqu’à présent le recyclage matière des boîtiers en plastique de téléviseurs, écrans et ordinateurs portables, qui représentent pourtant une ressource intéressante. D’après une étude réalisée en 2010 par l’Empa sur mandat de l’OFEV, le plastique présent dans les déchets électroniques suisses est encore incinéré à plus de 80%, alors que le taux de recyclage des métaux et du verre dépasse les 90%. Les résultats de la dernière analyse des flux de substances fournissent à l’OFEV des indications précieuses. Ils aident à évaluer les futurs risques de pollution et à déceler de nouvelles possibilités pour ménager les ressources. Car les résidus électroniques, qui atteignent 140'000 tonnes par an, vont prendre de plus en plus d’importance en tant que réservoirs de matières premières. L’analyse permet aussi de vérifier à quelle vitesse et de quelle manière les restrictions et les prescriptions légales applicables aux déchets se reflètent dans les flux. Beat Jordi

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Dernière modification 12.02.2013

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