Registre des polluants: La pollution au grand jour

12.02.2013 - La banque de données en ligne SwissPRTR indique à la population les principaux pollueurs dans l’industrie et l’artisanat. Les entreprises l’utilisent aussi pour nous renseigner sur les mesures qu’elles mettent en œuvre en faveur de l’environnement.

La banque de données se consulte par type de polluant, par secteur d’activité ou par établissement. Le résultat des recherches est présenté au choix sous forme de tableau ou de carte.
La banque de données se consulte par type de polluant, par secteur d’activité ou par établissement. Le résultat des recherches est présenté au choix sous forme de tableau ou de carte.
© OFEV

L’époque des fabriques aux cheminées fumantes est révolue. Mais l’industrie et l’artisanat n’en continuent pas moins de polluer l’environnement. Où sont les fautifs? Depuis cinq ans, la Confédération répond à cette question par le biais du Registre suisse des rejets et transferts de polluants (SwissPRTR, « Pollutant Release and Transfer Register »). Mis sur pied en 2007, cet outil crée la transparence en publiant des informations sur les principaux responsables. Elles sont mises à disposition sur Internet de manière conviviale. La banque de données en ligne (www.prtr.admin.ch) se consulte par type de substance nocive, par secteur d’activité ou par établissement. Le résultat des recherches est présenté au choix sous forme de tableau ou de carte. L’intérêt du public pour cette nouvelle source de renseignements est encore en deçà des attentes. Toutefois, le registre SwissPRTR pénètre lentement mais sûrement dans les milieux intéressés. « Nous enregistrons entre mille et deux mille interrogations par mois et la tendance est à la hausse », annonce Christoph Moor, de la division Sols et biotechnologie, qui gère le projet à l’OFEV.

Un plus pour l’économie aussi

Les entreprises tenues de communiquer la pollution qu’elles occasionnent peuvent également tirer bénéfice de cette obligation, car la transparence suscite la confiance. Elles réalisent petit à petit que ce registre favorise aussi la communication. De fait, elles peuvent commenter l’évolution de leurs émissions et les mesures qu’elles prennent pour préserver l’environnement. On apprend par exemple que telle usine vient d’installer de nouveaux filtres d’épuration des fumées ou que telle autre utilise désormais uniquement des détergents exempts de solvants.

C’est ainsi que la société RERO à Waldenburg (BL), un des plus grands établissements suisses d’affinage de métaux, décrit le recul considérable de ses émissions de composés contenant du cuivre et du nickel: « Les rejets par les eaux usées ont été réduits grâce à l’introduction de nouveaux procédés de traitement de ces eaux et à la transformation de l’installation d’épuration. » Ce genre de déclarations vient conforter les experts en charge du SwissPRTR dans leurs intentions: « Si les exploitants sont plus sensibilisés à leurs responsabilités environnementales, c’est dû entre autres à ce registre », affirme Christoph Moor.

Une obligation pour 250 entreprises

Le registre des polluants ne touche pas toutes les entreprises. L’inscription obligatoire en concerne environ 250, qui sont actives dans l’une des neuf branches jugées essentielles pour la protection de l’environnement et dépassent les seuils fixés pour la taille de l’exploitation ou le volume des rejets. Les secteurs considérés vont de la production d’énergie à l’élevage intensif, en passant par le traitement des métaux et l’industrie chimique. La liste comprend des fabriques de papier, des raffineries et des centrales de chauffage à distance, mais aussi des industries laitières et des brasseries.

Les établissements inscrits travaillent pour une bonne part dans le domaine des déchets, comme les stations d’épuration des eaux usées, les usines d’incinération des ordures ménagères et les entreprises éliminant des déchets spéciaux ou des cadavres d’animaux. Leur nombre s’explique, en dépit de leur efficacité, par les grandes quantités traitées. Si les eaux usées n’étaient pas épurées ou si les ordures étaient brûlées en plein air, la pollution serait encore bien plus importante.

Le registre nous renseigne sur la dissémination de 86 polluants et sur la façon dont les établissements éliminent leurs déchets usuels ou spéciaux. La liste des substances nocives, qui se réfère aux standards internationaux, a été dressée initialement par un groupe de travail de l’ONU. Les entreprises saisissent elles-mêmes les polluants qui les concernent. Les chiffres annuels sont ensuite vérifiés par les cantons.

Des comparaisons entre pays

Outre la transparence qu’elle suscite, la banque de données SwissPRTR est un instrument d’analyse et de planification important. Elle peut être utilisée pour des recoupements à l’échelle nationale, régionale et locale et pour des stratégies de réduction de la pollution à long terme. Elle intègre aussi la Suisse dans un réseau international. Les données enregistrées sont similaires à celles d’autres pays, ce qui permet d’harmoniser les mesures et de faire des comparaisons pertinentes. La Suisse se sert également du registre pour montrer comment elle s’acquitte de ses engagements internationaux dans le domaine de l’environnement.

Si riche soit-elle en informations, cette banque de données sur les polluants doit être interprétée avec prudence. « On pourrait croire a priori qu’une diminution des rejets est toujours favorable à l’environnement, mais ce n’est pas forcément le cas », tempère le spécialiste de l’OFEV. « Il faut analyser les changements sous tous leurs angles. » Par exemple, le remplacement d’un composé dans un procédé de fabrication abaissera les émissions d’une substance alors qu’une autre sera rejetée en quantités supérieures. Ou alors, lorsque la production est délocalisée, la pollution diminue en Suisse mais augmente ailleurs.

La quantité de polluants disséminés est aussi étroitement liée à l’état de l’économie. Elle régresse lorsque la production ralentit. La société RERO de Waldenburg, en tous cas, n’imputait pas le recul de ses rejets en 2009 à sa seule avancée technologique dans le traitement de ses eaux usées. Selon elle, il était aussi dû à une diminution du volume de travail. L’activité a repris depuis. Mais - et c’est là la bonne nouvelle - la contamination des eaux usées continue de baisser.

Kaspar Meuli

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Dernière modification 12.02.2013

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