Téléphonie mobile: Plus de trafic, mais moins de rayonnement

26.08.2015 - Le volume des données transmises par les réseaux de téléphonie mobile double pratiquement chaque année. Pour pouvoir satisfaire la demande, les opérateurs requièrent un relèvement des valeurs limites de rayonnement non ionisant. Un projet pilote mené à Saint-Gall montre que d’autres options sont possibles.

Des antennes WLAN peu visibles fournissent un accès à Internet sans fil avec un faible rayonnement dans une partie du centre de Saint-Gall: exemples de dispositifs montés sur un réverbère, une balustrade en métal et un coin de bâtiment.
© AUE/Ville de Saint-Gall

Texte: Martin Arnold

L’alimentation du quartier de l’abbaye de Saint-Gall en connexion Internet sans fil (WLAN) n’est visible que des initiés. Elle se dissimule notamment derrière un petit boîtier blanc posé sur la façade de l’école des arts et métiers, au sommet d’un réverbère ou dans la balustrade d’une terrasse de café. Une fois inscrite, toute personne peut surfer gratuitement, moyennant une exposition minimale au rayonnement. En effet, si une antenne WLAN est à proximité, le smartphone réduit sa dépense en énergie lorsqu’il charge des données.

Cette économie est rendue possible grâce aux quatorze mini-antennes situées dans les alentours de l’abbaye. La transmission de données microcellulaires à faible rayonnement se base sur le réseau de fibre optique de Saint-Gall. La ville l’a installé par ses propres moyens, car son extension ne présentait qu’une priorité secondaire pour les opérateurs. Pour améliorer l’utilisation de ce réseau, la municipalité a mis en place quarante antennes WLAN au centre-ville dans le cadre d’un projet pilote bénéficiant d’un large soutien politique. Dotées d’une puissance d’émission inférieure à 0,1 watt, elles offrent une portée de 5 à 50 m. Les antennes de téléphonie mobile usuelles, par contre, qui peuvent couvrir une distance de plusieurs km, ont un rayonnement sensiblement supérieur.

Vastes réserves de capacité

Les échanges de données sont particulièrement intenses dans le secteur de la gare et de la HES, du centre sportif de Kreuzbleiche, de la Roter Platz et de l’abbaye. Le choix a donc porté sur ces quartiers pour la réalisation du projet, d’un montant de 650‘000 francs. La couverture intégrale du centre-ville coûterait environ 4 millions de francs. Le projet a pour objectif d’alléger l’exposition aux rayonnements non ionisants (RNI), même si les échanges de données augmentent. Les spécialistes de la HES technique de Rapperswil (SG) ont accompagné sa planification et proposé les emplacements des émetteurs.

Initialement, l’utilisation du réseau WLAN du centre-ville n’était pas gratuite; il en résultait moins de 5000 accès au réseau par jour. « Nous avons donc décidé en 2012 de rendre l’accès gratuit », explique Harry Künzle, directeur du service municipal de l’environnement et de l’énergie (AUE). Le nombre des accès a grimpé en flèche pour atteindre environ 40‘000 connexions par jour durant l’hiver 2013, le volume des données s’accroissant aussi fortement. Pendant le test, l’AUE a mesuré l’intensité des RNI sur différents sites. « Ce faisant, nous avons pu mettre en évidence que le rayonnement avait diminué d’environ un quart malgré la forte augmentation du volume de données, car la part des données transmises sur le réseau WLAN à faible rayonnement progressait par rapport à celle de la téléphonie mobile », précise Harry Künzle avec satisfaction. En dépit de la hausse du trafic via le réseau WLAN, la ville dispose encore de belles réserves de capacité. En cas d’insuffisance, un émetteur WLAN supplémentaire peut tout simplement être ajouté. Comme la puissance est inférieure à 0,1 watt, il ne faut ni permis de construire ni autorisation d’exploitation.

Rayonnement minimal

Par rapport à la faiblesse du rayonnement comme principale motivation du projet, Harry Künzle se montre prudent: « La preuve scientifique de la nocivité des RNI au-dessous de la valeur limite fait toujours défaut, mais les indices ne manquent pas. Nous ne sommes pas opposés à la téléphonie mobile, mais nous voulons mettre en place un système d’échange de données sans fil performant et présentant un rayonnement minimal. » De plus, à long terme, la téléphonie via Internet pourrait aussi se développer grâce à ces antennes. « Ainsi, il n’y aurait plus que des technologies à faible rayonnement dans les centres-villes, et les grandes agglomérations pourraient supprimer, à moyen terme, bon nombre de grandes antennes à rayonnement intensif. »

Le transfert intercellulaire peut également s’effectuer sans problème dans le cas du WLAN, contrairement aux doutes initiaux émis par les fournisseurs de téléphonie mobile. Ces derniers n’installent des antennes à faible rayonnement pratiquement qu’à l’intérieur (dans les centres commerciaux ou les gares, par exemple). Concernant la couverture à l’extérieur, Swisscom se montre sceptique et privilégie des cellules plus puissantes. « Les réseaux de téléphonie actuels se heurtent à leurs limites. Nous devons poursuivre leur développement », explique le porte-parole de Swisscom, Olaf Schulze. « Nous sommes donc ravis que le Conseil fédéral ait reconnu la nécessité d’intervenir. » Concrètement, il s’agit de la norme stipulée dans l’ordonnance fédérale sur la protection contre le rayonnement non ionisant. Indépendamment de la technologie utilisée, Swisscom et d’autres fournisseurs souhaitent bénéficier d’une plus grande souplesse en matière de puissance d’émission par le biais d’un relèvement des valeurs limites relatives au rayonnement agissant sur l’être humain. Ils argumentent notamment en invoquant les normes parfois supérieures appliquées à l’étranger.

Un réseau à suivre

Selon Jürg Baumann, responsable de la section RNI à l’OFEV, le projet pilote de Saint-Gall suggère une solution permettant d’étendre les capacités de transmission des données sans provoquer un surcroît de rayonnement. Dans le cadre de la régulation du rayonnement, il conviendrait également de prendre en considération que, du fait de l’augmentation exponentielle des volumes de données, les réseaux de téléphonie mobile existants se heurteront à leurs limites de capacité en l’espace de quelques années, même en cas d’assouplissement des normes. « Le modèle saint-gallois est donc porteur d’avenir. Il met les données à proximité immédiate du consommateur par le réseau de fibre optique, dénué d’émissions. Le récepteur final et l’antenne WLAN ne sont séparés que de quelques m et les ondes radio ne doivent franchir presque aucun obstacle. »

Selon Harry Künzle, d’autres villes de Suisse sont d’avis que le développement d’un réseau WLAN n’incombe pas aux pouvoirs publics. La municipalité saint-galloise, à l’inverse, considère le réseau WLAN comme un service d’approvisionnement au même titre que l’eau et l’électricité. Cette opinion semble aussi prédominer dans le sud de l’Allemagne et le Tyrol du Sud, où le modèle saint-gallois suscite un vif intérêt.

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Dernière modification 26.08.2015

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