Déplacements de la faune: Un parcours semé d’embûches

Les animaux ont eux aussi leurs besoins de mobilité. Les corridors faunistiques suprarégionaux leur offrent bien un réseau de voies de circulation, mais il n’est pas sans lacunes. La construction de passages à faune devrait contribuer à assurer sa continuité.

Mark Struch
Avant de devenir collaborateur scientifique au service de la forêt, de la chasse et de la pêche du canton de Soleure, Mark Struch travaillait dans une agence de biologie faunistique. Chasseur passionné, il est aussi accordéoniste, avec une prédilection pour le tango. Sur la photo, il présente une carte des routes migratoires de la faune sauvage. A l’arrière-plan, la photo montre un brocard.
© Markus Forte/Ex-Press/OFEV

Texte: Peter Bader

Le 26 août 2015 au petit matin, la police libère une biche qui errait probablement depuis des h sur l’autoroute A1. A la hauteur d’Oensingen (SO), les agents sont parvenus à la faire passer par une porte ménagée dans la clôture de protection.

Toutes les « aventures » d’animaux sauvages qui s’égarent sur les autoroutes ne se terminent pas aussi bien, autrement dit sans accident. Chaque année, entre 350 et 450 cervidés sont victimes de la circulation routière, et les collisions ne sont pas non plus sans danger pour les automobilistes.

De plus en plus d’obstacles

Le problème s’est aggravé depuis quelques années, car le nombre de cervidés en transhumance ne cesse d’augmenter. Les animaux provenant des populations croissantes des Préalpes se déplacent en direction du nord du Jura, où leurs congénères sont encore rares. Mais les autoroutes leur barrent le chemin. Cette situation se solde par de véritables engorgements dans la circulation des animaux sauvages, par exemple entre Kestenholz et Niederbuchsiten (SO). C’est là, aux clôtures de l’A1, que se termine la longue route qui les mène des Préalpes, au nord du lac de Brienz, jusqu’au pied du Jura soleurois, en passant par l’Emmental et la Haute-Argovie (BE).

En Suisse, la route et le rail ne sont pas les seuls obstacles que la faune sauvage rencontre de plus en plus souvent dans ses déplacements. L’urbanisation empire encore la situation. Or pour coloniser des habitats encore inoccupés, le cerf aurait besoin d’une bonne mise en réseau des milieux adaptés. « Le cerf, grand voyageur saisonnier, dépend de ces voies de circulation », fait remarquer Thomas Gerner, de la section Faune sauvage et biodiversité en forêt de l’OFEV.

Un réseau à assainir

Un inventaire national recense 304 corridors faunistiques d’importance suprarégionale, qui forment ce que l’on peut appeler le « réseau de routes nationales » de la faune. Un quart seulement sont encore utilisables sans encombre. En 2003, l’Office fédéral des routes (OFROU) et l’OFEV ont décidé d’assainir 40 corridors interrompus par des autoroutes en construisant des passages à faune. Ces ouvrages ont pour but d’éliminer les obstacles et de combler ainsi les lacunes du réseau. Le premier bilan intermédiaire dressé en juin 2014 a permis de constater « qu’un cinquième des corridors faunistiques sont de nouveau franchissables ou que les mesures nécessaires sont en cours de réalisation », indique Adrien Zeender, de la section Gestion du paysage de l’OFEV.

En outre, plus d’un tiers des assainissements prévus sont en phase d’étude. Dix-sept, cependant, sont encore dans les tiroirs. « Nous nous réjouissons bien évidemment des progrès, mais nous aimerions qu’ils soient encore plus rapides », ajoute-t-il.

Bien penser l’emplacement

Il y a de nombreux projets réussis parmi les passages à faune. L’un d’entre eux se situe près de Riemberg (SO) et traverse l’A5 entre Bienne et Soleure. Il a été construit en 2002 en même temps que le tronçon d’autoroute. L’ouvrage, qui a coûté près de 5 millions de francs, est emprunté depuis par les cerfs, les sangliers, les chevreuils ou les blaireaux pour relier le Jura et les grandes surfaces boisées ininterrompues qui jouxtent la forêt de Leuzingen sur le Plateau. Des photos réalisées de nuit au cours de l’année qui a suivi sa construction prouvent qu’il est accepté et utilisé par les animaux, déclare Mark Struch, biologiste de la faune sauvage et collaborateur scientifique au service soleurois des forêts, de la chasse et de la pêche. Pour que les animaux adoptent ces passages, il faut qu’ils soient suffisamment larges (60 m environ dans ce cas) et que des rideaux de haies cachent les voies de circulation.

« Les animaux sauvages ne restent pas sur les passages. Ils les traversent rapidement », explique Mark Struch. « Ils doivent donc être libres de tout obstacle et il ne faut pas y faire du feu, comme cela a pu être le cas dans certains endroits. » Le choix de l’emplacement, surtout, est décisif. Les ouvrages doivent se trouver à proximité des routes de migration naturelles des animaux. La passerelle près de Riemberg, par exemple, se situe sur un corridor faunistique d’importance suprarégionale.

Les animaux doivent être guidés des deux côtés de la passerelle par des haies ou des buissons, ajoute Mark Struch. « Dans l’idéal, des surfaces de compensation écologiques, comme des jachères florales, des bordures tampons ou des haies basses, doivent être aménagées de part et d’autre du pont, et laissées en l’état sur plusieurs années. »

Le territoire soleurois est traversé par plusieurs routes migratoires. Afin que celles-ci restent plus ou moins perméables pour les animaux sauvages, le canton a délimité en 2007 des corridors faunistiques régionaux et suprarégionaux en dehors des zones à bâtir et les a intégrés dans son plan directeur.

C’est dans un de ces corridors faunistiques que se trouve le tronçon d’autoroute entre Kestenholz et Niederbuchsiten, cité plus haut. Dans le cadre de l’élargissement à six voies entre Härkingen et Luterbach, un passage à faune sera également construit. Il ne devrait toutefois être opérationnel qu’en 2020 au plus tôt, estime Mark Struch.

Projet phare dans le Seeland

Un véritable projet phare a été réalisé entre 1998 et 2002 entre les villages bernois de Chules, Champion, Anet et Monsmier. La route de contournement H10, qui les libère de l’avalanche de trafic, a été achevée à temps pour l’ouverture de l’exposition nationale Expo.02. La région, déjà traversée par plusieurs axes routiers, fait l’objet d’une exploitation agricole intensive. Dans le sillage de la construction de la H10, diverses mesures de conservation de la biodiversité ont été prises. Une superficie de 50 hectares a été consacrée à des surfaces de compensation écologique accueillant des prairies extensives, des bosquets entourés de bandes herbeuses et des ruisseaux aux rives riches en espèces végétales.

La construction de deux passages souterrains et de la passerelle faunistique d’Islerehölzli (large de 85 m) permet aux animaux de franchir la H10 et la ligne ferroviaire Neuchâtel-Berne.

Mandatées par le canton, trois entreprises privées ont procédé à un suivi des résultats entre 2009 et 2013. Selon Susanne Müller, biologiste et responsable de projet à l’Office des ponts et chaussées du canton de Berne, « un enrichissement écologique de ce paysage de cultures intensives » a été globalement constaté. Les emplacements de la végétation qui guide les animaux et des surfaces de compensation ont été judicieusement choisis, ce qui rend le bilan de la passerelle particulièrement positif. « Elle fait office de passage pour tous les grands animaux sauvages », peut-on lire dans le rapport final. Des pièges photographiques ont prouvé la présence de sangliers, de chevreuils, de blaireaux, de renards et de lièvres. L’ouvrage a également contribué à la revalorisation de la zone Ziegelmoos-Islere, à l’est de l’axe autoroutier, comme habitat pour le lièvre.

Le rapport souligne encore que la passerelle à faune elle-même, avec ses prairies extensives, ses groupes de buissons et ses autres éléments offre un précieux habitat à d’autres espèces. Il abrite entre autres des oiseaux, comme la fauvette grisette, le tarier pâtre et le bruant proyer, et des reptiles, comme la couleuvre à collier, l’orvet, le lézard des souches et le lézard des murailles.

 

Informations complémentaires

Contact
Dernière modification 17.02.2016

Début de la page

https://www.bafu.admin.ch/content/bafu/fr/home/themes/biodiversite/dossiers/magazine-environnement-faune/deplacements-de-la-faune--un-parcours-seme-dembuches.html