Impact environnemental de la consommation: Un bilan très mitigé à l’étranger

27.08.2014 - Si la consommation affiche un bilan environnemental en légère amélioration en Suisse, comme l’a montré une récente étude de l’OFEV, elle pèse en revanche de plus en plus lourd à l’étranger. Son impact global dépasse toujours, et de loin, ce que la planète peut supporter à long terme.

Nature morte consommation

Text: Lucienne Rey

Le « Petit Beurre » est un classique parmi les biscuits secs. Ce sont les frères Wernli qui l’ont popularisé en Suisse dans les années 1920. Leur fabrique de biscuits, la première semi-automatisée du pays, le produisait dans des fours à chaîne alimentés au gaz. Son appellation laisse supposer que le beurre figurait en bonne place dans sa composition, même si sa recette demeurait bien sûr un secret bien gardé.

Aujourd’hui encore, les informations mentionnées sur l’emballage ne donnent qu’une idée de la proportion des ingrédients. Selon le site d’évaluation de produits Codecheck, celle du beurre est inférieure à 3 %. Des « huiles et graisses végétales » le complètent, dans des proportions au moins trois fois plus élevées. Codecheck signale qu’il s’agit sans doute d’huile de palme, la graisse la plus utilisée actuellement dans les denrées alimentaires: elle est considérée comme digeste et, du fait de sa consistance solide à température ambiante, elle remplace les huiles végétales hydrogénées, bien plus préoccupantes pour la santé.

La margarine, les flocons de céréales, les barres de chocolat, la pâte à gâteau, les pommes de terre frites et pratiquement tous les plats préparés contiennent de l’huile de palme. On en trouve également dans les baumes à lèvres et les crèmes de soin, et les agents tensio-actifs qui en sont extraits entrent dans la composition de shampoings, de gels douche ou de détergents.

L’huile de palme épinglée

Produit des régions tropicales, l’huile de palme commence à s’imposer de ce côté du globe dans les années 1990. Très vite, la demande s’envole. Le débat sur les « bonnes » et les « mauvaises » graisses - et leurs répercussions sur les artères - n’y est pas étranger. Les statistiques de l’Administration fédérale des douanes indiquent que la Suisse ne fait pas exception: les importations d’huile de palme et de « ses fractions, même raffinées, mais non chimiquement modifiées » enregistrent une forte hausse, passant de 5500 t par an en 1993 à 35‘000 t vingt ans plus tard.

Plantation de palmiers à huile à l’est de Pekanbaru sur l’île de Sumatra (Indonésie)
Plantation de palmiers à huile à l’est de Pekanbaru sur l’île de Sumatra (Indonésie)
© Greenpeace/Daniel Beltrá

Cet engouement n’est toutefois pas sans conséquence: d’immenses surfaces de forêts tropicales primaires sont sacrifiées à la plantation de palmiers à huile. En Suisse, depuis janvier 2014, les fabricants doivent mentionner la présence d’huile de palme dans leurs produits et ne peuvent plus se contenter de la formulation générique « huiles végétales ». Cette mesure, modeste, a le mérite de répondre aux exigences de consommateurs de plus en plus désireux de s’informer. L’exemple de l’huile de palme montre en outre qu’il faut aussi prendre en compte les produits et les matières premières importés pour estimer les effets de notre consommation sur l’environnement.

Les atteintes examinées à la loupe

C’est précisément pour faire le point sur cette question que l’OFEV a mandaté une étude intitulée « Evolution de l’impact environnemental de la Suisse dans le monde. Impact de la consommation et de la production de 1996 à 2011 ». Cette analyse se penche sur toutes les filières économiques et distingue les nuisances engendrées en Suisse de celles générées à l’étranger. « Nous voulons informer les responsables politiques et le public de l’évolution des atteintes à l’environnement inhérentes à notre consommation », explique Nicolas Merky, de la section Economie à l’OFEV. L’étude présente la courbe de la charge totale, mais propose aussi une analyse par secteurs environnementaux: émissions de gaz à effet de serre, pollution de l’air, consommation d’énergie, apports en substances nutritives dans les sols et les eaux ou encore perte de la biodiversité (voir graphiques page 49). Elle applique en outre plusieurs méthodes d’évaluation, dont elle compare les résultats.

Des bons points ici, des mauvais ailleurs

Dans l’ensemble, les répercussions environnementales de la consommation de biens en Suisse ont diminué durant la période observée, enregistrant une baisse de 6 % entre 1996 et 2011. Toutefois, lorsque le calcul ne s’appuie pas seulement sur la méthode la plus répandue, celle des unités de charge écologique, dite méthode UBP (voir aussi page 53), mais se fonde aussi sur d’autres modes d’éco-évaluation, la fourchette obtenue s’étend d’un léger recul de près de 6 % à une augmentation de 20 % environ. Cette variation dans les résultats s’explique surtout par le fait que chaque méthode pondère les atteintes de manière différente et se concentre sur un choix de critères, comme la consommation foncière ou les changements climatiques.

Graphique impact environnemental glabal de la consommation en suisse
Une part croissante de l’impact environnemental lié à notre consommation touche l’étranger: en 2011, elle s’élevait déjà à 73 %.

La méthode UBP accorde une grande importance à la réduction des charges à l’intérieur du pays: or celles-ci ont diminué de 30 % environ durant la période étudiée. « Les efforts de la Suisse en matière de protection de l’air et l’application systématique du Protocole de Montréal - relatif aux substances qui appauvrissent la couche d’ozone - portent leurs fruits », constate Nicolas Merky. La baisse de la pollution atmosphérique a en effet fortement influencé le résultat global, car la méthode des UBP attribue un large poids à cet aspect.Le tableau est bien moins flatteur dès lors qu’il prend en compte les atteintes que la consommation suisse engendre à l’étranger. Celles-ci ont en effet progressé d’un tiers. La part de la charge générée hors des frontières du pays est ainsi passée de 56 % en 1996 à 73 % en 2011, une évolution qui s’explique notamment par l’accroissement des importations de biens à forte incidence environnementale.

L’impact du 11 septembre ou de la grippe aviaire

L’étude illustre bien les interactions entre l’activité économique et l’impact environnemental. Ainsi, au cours de l’année 2009, importations et exportations ont subi une forte chute en raison de la crise, mais la charge environnementale totale s’est tout de même avérée supérieure à celles de 2008 et 2010. « Les variations ne reflètent pas tant les atteintes générées par la consommation que les fluctuations conjoncturelles des stocks de matériaux », concluent les auteurs. Même des événements qui font la une de l’actualité durant des semaines ou des mois ne laissent que d’infimes traces dans les statistiques: le 11 septembre à New York et le grounding de Swissair en 2001, les attentats de Madrid en 2004 et l’éruption du volcan islandais Eyjafjallajökull en 2010 ont certes fait baisser la consommation de kérosène à court terme, mais n’ont guère eu d’influence perceptible sur le résultat total des charges environnementales, selon l’étude.

Graphique impact environnemental de la consommation en suisse, par secteur
Outre l’impact environnemental total, divers secteurs ont fait l’objet d’une analyse approfondie. Partout, les progrès observés en Suisse sont contrebalancés par une hausse de la charge à l’étranger.

Un autre événement, par contre, a eu des répercussions. En 2006, la grippe aviaire a fait nettement fléchir la demande en viande de volaille. Ce recul a néanmoins été compensé par une consommation accrue de porc et de bœuf, un report qui s’est traduit par une nette hausse de l’impact environnemental de l’alimentation.

Plusieurs niveaux d’action possibles

Un optimisme prudent est donc de mise: la croissance économique n’exclut pas la diminution des atteintes à l’environnement, si elle s’accompagne de mesures efficaces. Néanmoins, « l’impact environnemental de la Suisse par personne est encore bien supérieur à ce que la planète peut supporter », souligne Nicolas Merky. « L’impact dû à la consommation devrait être réduit au moins de moitié par rapport à 2011 pour parvenir à une limite tolérable. » Pour atteindre l’objectif d’une société à une tonne de CO2, il faudrait même faire baisser de 93 % les gaz à effet de serre si l’on tient compte des émissions générées à l’étranger.La réduction de la charge liée à la consommation passe par une participation de tous les acteurs du marché. En ce qui concerne l’huile de palme, les milieux environnementaux et économiques ne sont pas restés bras croisés. Certains producteurs, considérant que cette matière première n’était pas durable, y ont totalement renoncé. Lancée en 2004 à l’initiative du WWF, une Table ronde sur la production durable d’huile de palme (RSPO) a encouragé producteurs et distributeurs à prendre des mesures: une huile certifiée RSPO est ainsi disponible depuis 2008 sur le marché. En 2013, le WWF a publié un classement des entreprises qui utilisent de l’huile de palme. La maison Wernli - qui appartient depuis 2008 à la firme Hug - y figure en bonne place: d’ici la fin de l’année 2014, elle ne se fournira plus qu’en huile de palme certifiée.

Informations complémentaires

Contact
Dernière modification 27.08.2014

Début de la page

https://www.bafu.admin.ch/content/bafu/fr/home/themes/economie-consommation/dossiers/impact-environnemental-de-la-consommation.html