Politique forestière: Persévérer et s’adapter sans cesse

1.9.2021 - Il y a dix ans, le Conseil fédéral a défini ses objectifs pour le développement et la gestion des forêts suisses dans sa Politique forestière 2020. Des analyses scientifiques, mais aussi des débats animés au Parlement, montrent qu’elle va dans le bon sens. Des efforts considérables restent toutefois nécessaires. 

Texte: Lucienne Rey

Cet épicéa a perdu presque toute son écorce à la suite d’une attaque de bostryches (scolytes). Ce nuisible peut mettre gravement en péril la santé de la forêt.
© Markus Bolliger | Ex-Press | BAFU

Trois cent soixante-quatre occurrences : c’est le résultat qu’on obtenait début juin 2021 en tapant le mot-clé « politique forestière » sur la base de données Curia Vista du Parlement suisse. Le seul mot « forêt » atteignait quant à lui 1361 occurrences. À titre de comparaison, le mot « hôpital » en affichait 1416 à la même date.  

La forêt constitue donc un objet de préoccupation sous la Coupole. Depuis le début des années 2000, le nombre d’interventions déposées chaque année à ce sujet par les parlementaires des deux Chambres n’a cessé d’augmenter. Les questions relatives à l’économie forestière et à l’exploitation du bois y occupent une place importante. Après les derniers étés caniculaires et sous la pression du changement climatique, les politiques se soucient désormais également de l’état des forêts. Une évolution qui ne surprend pas Roberto Bolgè, de la section Conservation des forêts et politique forestière à l’OFEV : « Les chiffres, les courbes et les graphiques qui illustrent le changement climatique sont relativement abstraits, mais le problème devient flagrant lorsqu’on observe des arbres desséchés en plein mois d’août. Les pouvoirs politiques considèrent la forêt comme un indicateur du réchauffement climatique. »

La conservation des forêts fait également partie des débats. Deux motions similaires, déposées presque simultanément par Erich Ettlin, conseiller aux États PDC (OW), et Marcel Dettling, conseiller national UDC (SZ), exigent que la même importance soit accordée aux terres agricoles et aux forêts. Tous deux réclament un assouplissement de la compensation de défrichement pour éviter que les terres cultivées ne disparaissent au profit des forêts. Mais le Conseil fédéral refuse ce type d’exigences : les 33 hectares que représente chaque année la compensation de défrichement correspondent à moins de 1 % de la perte moyenne de terres agricoles en Suisse (3500 hectares par an). Un assouplissement du principe de conservation des forêts ne changerait ainsi pas grand-chose au problème. Le Conseil des États a donc rejeté cette motion en juin 2019.

La volonté d’anticiper

En 2011, le Conseil fédéral adoptait une série d’objectifs et de mesures en faveur d’une gestion durable des forêts suisses dans la publication de sa Politique forestière 2020. Il y désignait dorénavant le changement climatique comme l’un de cinq principaux domaines d’action. Le Conseil fédéral soulignait d’une part l’importance des forêts à titre de puits de carbone et leur contribution à la réduction des émissions de gaz à effet de serre. D’autre part, il abordait la question des tempêtes, incendies de forêt et autres conséquences du réchauffement climatique qui frappent de plus en plus les zones boisées. La Politique forestière 2020 définissait par conséquent aussi les axes stratégiques et les mesures nécessaires pour atteindre le double objectif « Atténuation et adaptation aux changements climatiques ».

La forêt recouvre près d’un tiers du territoire suisse et remplit des fonctions essentielles sur les plans écologique, social et économique. Elle constitue un habitat précieux tant pour la faune que la flore, et un lieu de prédilection pour se ressourcer. Elle stocke le carbone, fournit du bois pour la construction ou le chauffage et assure une protection contre les dangers naturels comme les avalanches ou les chutes de pierres. La Politique forestière 2020 avait pour but de préserver ces multiples fonctions. Elle accordait une importance prépondérante à une gestion durable tenant compte justement des changements climatiques. Ses autres objectifs prioritaires visaient à mettre à profit le potentiel d’exploitation durable du bois, à assurer la fonction protectrice de la forêt, à préserver et améliorer la biodiversité, ainsi qu’à conserver la surface forestière.

Une belle avancée

Les interventions parlementaires de ces dernières années s’inscrivaient pleinement dans les objectifs de la Politique forestière 2020. En 2019, deux motions exigeaient des mesures afin que les forêts puissent faire face aux changements climatiques. D’autres interventions réclamaient l’intégration de la ressource bois dans la stratégie énergétique et l’amélioration des conditions en faveur de l’exploitation économique du bois. Également abordées, les questions de l’entretien des forêts protectrices ainsi que de l’équilibre entre exploitation forestière et biodiversité rejoignaient aussi les objectifs de la Politique forestière 2020.

Une évaluation de cette dernière, réa­lisée en 2015 a révélé que plus de la moitié des mesures relevant de la compétence de la Confédération avaient vu leurs objectifs atteints, voire dépassés. Près de deux tiers des cantons ont mis en œuvre la totalité ou une grande partie des mesures définies. L’évaluation finale est en cours d’élaboration.

Assurer la suite

En septembre 2017, Doris Leuthard, alors conseillère fédérale en charge des forêts, a décidé de poursuivre la politique forestière après 2020. Le plan de mesures adopté par le Département fédéral de l’environnement, des transports, de l’énergie et de la communication (DETEC) est arrivé à terme fin 2020. Il doit donc être actualisé pour répondre aux défis futurs. Ce processus a déjà été amorcé mi-2018 sous l’égide de l’OFEV, qui a invité tous les organes compétents à se prononcer dans le cadre d’une consultation. « Ces échanges à large échelle permettent à tous les acteurs désireux d’être impliqués plus étroitement dans la politique forestière de bien comprendre les mesures proposées », explique Roberto Bolgè. La réactualisation du plan de mesures pour la période 2021-2024 présente les nouvelles priorités.

Des chiffres récents confirment le succès de la politique menée jusqu’ici. Publiés en juin 2020, les résultats du quatrième Inventaire forestier national (IFN4) indiquent que les forêts mixtes aux essences et aux stades de croissance variés ont gagné du terrain. Les forêts gérées sont désormais plus proches de l’état naturel, ce qui leur permet de mieux résister au manque d’eau, aux tempêtes ou aux ravageurs.

Vers de nouveaux projets

Certains domaines restent toutefois à la traîne, surtout en ce qui concerne la gestion forestière. La nouvelle politique formule des recommandations à cet égard, notamment pour mieux utiliser le potentiel d’exploitation durable du bois. Il s’agit par exemple d’abroger des dispositions obsolètes afin que ce matériau renouvelable puisse être davantage utilisé dans le domaine de la construction. « L’industrie suisse du bois a par ailleurs besoin de filières de vente plus performantes et plus pérennes », estime Roberto Bolgè. « Au-delà de sa simple utilisation comme matériau de construction, nous voulons promouvoir le bois suisse comme une matière première écologique d’avenir », explique-t-il. « Des composants végétaux comme la cellulose ou la lignine peuvent être employés dans l’industrie chimique, par exemple. » Le programme national de recherche PNR 66 Ressource bois a en outre mis en évidence des approches qui élargiraient l’éventail d’application de ce matériau, comme sa substitution aux matières plastiques à base de pétrole.

Bei der Erhaltung der vielfältigen Funktionen des Waldes spielt seine Bewirtschaftung eine Schlüsselrolle.
© Heike Grasser | Ex-Press | BAFU

Des efforts encore nécessaires

Dans la lutte contre le changement climatique, il importe de garantir à long terme la fonction de puits de carbone que revêt la forêt. En collaboration avec les cantons, la Confédération doit par conséquent élaborer des mesures appropriées afin de prévenir autant que possible les dommages liés à des dangers naturels tels que tempêtes, incendies ou chutes de pierres. Des organismes nuisibles comme le scolyte, de même que des plantes exotiques, peuvent en outre compromettre considérablement la santé des forêts. Selon Roberto Bolgè, de gros efforts sont nécessaires pour lutter contre ce type de menaces. En effet, le changement climatique favorise l’émergence de plantes indésirables comme le laurier cerise, ainsi que la prolifération du scolyte et d’autres nuisibles. Associée aux cantons et au milieu de la recherche, la Confédération entend donc améliorer la détection précoce de ces espèces animales et végétales particulièrement néfastes. En parallèle, elle cherche des moyens pour les combattre avec une quantité réduite de produits phytosanitaires – voire sans. « Le Tessin, par exemple, est en première ligne dans la lutte contre les espèces néophytes », déclare Roberto Bolgè. « Il dispose ainsi d’informations sur les diverses mesures mécaniques ou biologiques, et les efforts qu’elles représentent. Il s’agit de connaissances précieuses. »La gestion des forêts joue un rôle clé dans le maintien de leurs multiples fonctions. Mais, compte tenu des prix bas, la vente du bois ne permet pas de financer à elle seule les prestations fournies. « Aujourd’hui, la participation financière de tous ceux qui en bénéficient est encore plus nécessaire pour que ces prestations forestières exigées par la société puissent être assurées par une utilisation durable », affirme Roberto Bolgè.

Une tâche collective à l’échelle fédérale

Alors que l’OFEV détermine des stratégies, des directives et des aides à l’exécution en matière de politique forestière, les cantons sont responsables de leur application. La Confédération a ainsi élaboré une convention-programme comme principal instrument de mise en œuvre des objectifs. Outre l’entretien des forêts protectrices et la promotion de la biodiversité, cette convention définit la gestion des forêts comme le troisième domaine d’activité pour lequel la Confédération recourt aux prestations des cantons. La coordination fonctionne bien, confirme Roberto Bolgè. Le succès des programmes comme celui de la lutte contre le capricorne asiatique prouvent que les relations entre Confédération, cantons et communes peuvent être très fructueuses si la coordination des tâches est assurée et que les informations suivent. Le spécialiste de l’OFEV estime que cet aspect pourrait néanmoins encore être amélioré. « Les expériences menées jusqu’ici ici montrent toutefois que nous sommes sur la bonne voie. »

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Dernière modification 01.09.2021

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