Déchets et matières premières : En bref

Pour les déchets, la Suisse dispose actuellement d'une infrastructure de haut niveau et de dispositions légales claires. Alors que de bonnes filières de recyclage existent pour bien des déchets, nombre de substances valorisables finissent encore dans les ordures. Si l'on entend diminuer les nuisances, il faudra intervenir en début de processus.


1. Croissance économique, comportement de consommation, activité de construction (forces)

La Suisse a une forte consommation de matières premières. Cette situation s’explique, d’une part, par la croissance démographique et, d’autre part, par le haut revenu par habitant et par la consommation effrénée qu’elle induit. En raison de l’important volume d’importations, 75 % de la pollution due à l’approvisionnement en matières premières est générée à l’étranger.

À l’avenir, la consommation aura tendance à suivre la croissance économique. Si consommation et production de déchets ne sont pas découplées, la quantité de déchets continuera d’augmenter. La hausse de la consommation s’explique par :

  • le progrès technologique,
  • les changements sociaux et les tendances (nouveaux produits),
  • les générations de produits qui se succèdent de plus en plus vite,
  • les collections sans cesse renouvelées (fast fashion),
  • les stratégies bas prix et les vastes gammes de produits.

Actuellement, environ 70 % de l’impact environnemental de la consommation suisse sont imputables aux secteurs de consommation que sont le logement, l’alimentation et la mobilité.

La croissance économique et démographique implique également une augmentation de l’activité de construction. Le patrimoine bâti suisse est un colosse d’environ 3200 millions de tonnes de matériaux de construction, principalement du gravier, du sable et du béton. Au final, l’accroissement annuel total est de 63 millions de tonnes. L’impact environnemental du secteur de la construction est de billions d’unités de charge écologique par an, la majeure partie (56 %) étant générée non pas par la consommation de matériaux, mais par la consommation d’énergie. Il n’est dès lors pas surprenant que l’exploitation énergivore du patrimoine bâti suisse (chauffage, refroidissement, aération, etc.) pollue davantage que sa construction.

Dans l’ensemble, la masse totale de la mobilité en Suisse avoisine 11 millions de tonnes, l’acier arrivant clairement en tête (environ 7 millions de tonnes). Si l’on opère une distinction par catégories de véhicules, il ressort qu’avec quelque 7 millions de tonnes, les voitures de tourisme représentent près des deux tiers de la masse mobile globale. 


2. Augmentation de la consommation de matières premières, hausse de la production de déchets (pressions)

La quantité totale de matières premières qu’il faut, en Suisse ou à l’étranger, pour satisfaire la demande helvétique de marchandises et de services s’accroît en continu.

Au cours de la période 2000-2015, l’empreinte matérielle de la Suisse, c’est-à-dire sa consommation de matières premières, a diminué de 6 %, passant à moins de 17 tonnes par personne. Cette valeur reste encore nettement supérieure à la moyenne des pays de l’UE (valeur UE28), qui se monte à 14 tonnes par personne. Le gravier, le sable et d’autres minéraux non métalliques contribuent le plus à l’empreinte matérielle de la Suisse (plus de 40 %).

La Suisse produit 80 à 90 millions de tonnes de déchets par an et il est probable que la quantité totale continue d’augmenter à l’avenir.

Le secteur de la construction est le premier producteur de déchets en Suisse (84 %). Outre l’important volume de matériaux d’excavation et de percement (57 millions de tonnes, soit 65 % de la production totale de déchets), il génère chaque année quelque 17 millions de tonnes de matériaux de déconstruction (soit 19 %).

À la seconde place du classement figurent les déchets urbains (7 %), en constante augmentation, s’établissant à 6,1 millions de tonnes en 2017, contre 1,9 en 1970 et 4,73 en 2000. Ils comprennent les ordures ménagères ainsi que les déchets des bureaux, des petites entreprises, des cours et des jardins ainsi que des poubelles publiques. Parallèlement à cela, la quantité de déchets produits par personne est passée de 659 kg en 2000 à 715 kg en 2016. La Suisse se classe ainsi dans le peloton de tête en Europe.

Les biodéchets sont la troisième catégorie de déchets. En 2017, quelque 5,5 millions de tonnes de biodéchets ont été produits (c.-à-d. déchets de bois, déchets alimentaires, déchets provenant de l’agriculture, boues d’épuration séchées).

Les déchets évoluent non seulement en termes de quantité, mais aussi en termes de composition. La tendance à fabriquer des produits plus sophistiqués (p. ex. emballages composites) pose des défis supplémentaires en vue d’une élimination écologique.

En raison de la complexité technique croissante des produits, notamment des applications électroniques, de plus en plus de métaux techniques sont employés : terres rares, gallium, indium, cobalt, etc. Bien que ces éléments ne soient utilisés qu’en faibles quantités, leur extraction minière, qui mobilise des ressources considérables, présente une charge environnementale spécifique élevée.


3. Bouclage des cycles de matières, élimination respectueuse de l’environnement, innovations techniques (état)

Sur un total de 80 à 90 millions de tonnes de déchets, plus des deux tiers (environ 68 %) des matières premières sont déjà réinjectées dans le circuit économique.

Près de 70 % des matériaux de déconstruction sont recyclés, car ils sont des matières premières secondaires de qualité. Ce taux de recyclage monte à 75 % pour les matériaux d’excavation et de percement. Mais, avec plus de 5 millions de tonnes, la quantité de matériaux de déconstruction actuellement stockés définitivement dans des décharges ou brûlés dans des usines d’incinération des ordures ménagères demeure considérable. Le recyclage des matériaux peut encore gagner en qualité. L’une des difficultés est de les débarrasser des polluants comme l’amiante ou les biphényles polychlorés (PCB).

Les biodéchets recèlent un potentiel considérable. Tandis que 1,3 million de tonnes servent à produire des engrais de recyclage, 4,2 millions de tonnes sont incinérées chaque année. Plus de la moitié des denrées alimentaires jetées à la poubelle seraient encore comestibles.

La part des déchets urbains non valorisables est restée stable. En revanche, le taux de recyclage s’est amélioré : de 45 % en 2000, il est passé à 53 % en 2016. En comparaison internationale, la Suisse fait donc figure de bonne élève dans ce domaine.

Le recyclage se concentre sur des matériaux bien établis : verre (taux de collecte en 2016 : 96 %), PET (82 %), aluminium (90 %), papier (81 %) ou acier (95 %). Les produits plus sophistiqués, composés de matériaux différents, sont de plus en plus collectés séparément : déchets électroniques, déchets spéciaux, mâchefers ou poussières de filtration des fumées.

En 2016, près de 2,3 millions de tonnes de déchets spéciaux ont été traités en Suisse ou exportés conformément aux prescriptions strictes d’une élimination respectueuse de l’environnement (0,5 million de tonnes). Ces déchets spéciaux proviennent pour une grande part de l’assainissement de sites contaminés, qui doit être achevé en 2025. Près d’un quart des déchets spéciaux sont recyclés.

La Suisse a instauré un système d’élimination des déchets qui fonctionne bien, dans lequel entreprises privées et organes publics travaillent main dans la main. L’infrastructure d’élimination doit être constamment améliorée en fonction des derniers progrès techniques afin de pouvoir, dans un avenir proche, récupérer les substances précieuses contenues dans les déchets électroniques ainsi que dans les résidus de l’incinération des déchets.


4. Raréfaction des ressources, coût de l’élimination (impacts)

Tant la fabrication des produits que l’élimination des déchets ont des répercussions écologiques et économiques. Outre la consommation de matières premières rares, l’élimination, y compris l’infrastructure nécessaire, est très onéreuse.

Même si les déchets plastiques sont relativement peu présents dans l’environnement en Suisse, des quantités impressionnantes de microplastiques se retrouvent dans l’air, les sols et les eaux, sous l’effet par exemple de l’abrasion des pneus, de l’effritement des peintures ou de l’usure des textiles. L’impact environnemental de ces microparticules de plastiques n’est pas encore clairement établi.

Le coût annuel total de l’élimination de l’ensemble des déchets s’élève à plus de 3 milliards de francs en Suisse, où est appliqué le principe du pollueur-payeur : quiconque produit des déchets doit aussi payer pour leur élimination. Plus de 90 % des communes agissent selon cette maxime, qui produit ses effets : en moyenne, elles incinèrent plus de 80 kg de déchets par habitant et par an en moins par rapport aux communes qui ne prélèvent pas de taxe au sac.

L’abandon de déchets sur la voie publique, appelé également littering, est un phénomène en progression, qui accroît les dépenses liées à l’élimination des déchets. Les coûts ainsi engendrés s’élèvent à environ 200 millions de francs par an.

Tout au long du processus de création de valeur, du champ à l’assiette, plus de 2 millions de tonnes de déchets alimentaires sont jetés chaque année en Suisse. Il est possible d’éviter 70 % de ces déchets. Ce gaspillage alimentaire n’est pas simplement une préoccupation éthique, mais constitue un sérieux problème écologique compte tenu de l’impact environnemental considérable de la production de denrées alimentaires.

 


5. Prévention des déchets, renforcement de l’économie circulaire, accords internationaux (réponses)

La préservation des ressources naturelles recèle encore d’importants potentiels. C’est précisément sur ce point que porte la nouvelle ordonnance sur les déchets (OLED).

Avec le rapport au Conseil fédéral sur l’économie verte, la Confédération entend garantir, dans le domaine des déchets et des matières premières et en collaboration avec le secteur économique, que la production de déchets est évitée autant que possible et que les cycles de matières encore ouverts sont bouclés (p. ex. cycle du phosphore).

  • Un recyclage ciblé doit permettre de récupérer un maximum de matières premières secondaires primordiales et de les réinsérer dans le circuit économique.
  • La finalité de la stratégie de prévention des déchets que la Confédération élabore avec les cantons et les acteurs économiques est de freiner la production de déchets à l’avenir.
  • La Confédération soutient des projets de recherche afin d’encourager les innovations dans le domaine de la récupération de matières premières.
  • Dans le cadre d’un vaste processus de dialogue appelé Trialogue des ressources, des acteurs – milieux politique et économique, autorités et société civile – ont officialisé leur vision commune de la future gestion durable des déchets et des ressources en Suisse par l’adoption de onze principes directeurs.

Au niveau international, la Suisse prend activement part à différents accords et conventions.

  • La Suisse a par exemple lancé, dans le cadre de la Convention de Bâle, l’« Initiative pour un partenariat sur les téléphones portables » (« Mobile Phone Partnership Initiative ») et son pendant pour les ordinateurs et accessoires (« Partnership on Computing Equipment »), qui visent à promouvoir la gestion durable des téléphones portables et des ordinateurs usagés.
  • En 2016, la Confédération a ratifié la Convention de Minamata sur la réduction des émissions de mercure. Au plan international, la Suisse participe aussi à un groupe de travail de l’OCDE qui entend renforcer la collaboration en matière de gestion des ressources et des déchets.
  • Dans le cadre de son engagement dans le Réseau de l’Union européenne pour la mise en œuvre et l’application de la législation environnementale (« Implementation and Enforcement of Environmental Law »), la Suisse a intensifié la lutte contre les exportations illégales de déchets.
  • Le groupe d’intérêt Plastiques du réseau européen des directeurs des agences nationales pour la protection de l’environnement (réseau EPA) promeut une réglementation visant à éviter les déchets plastiques.

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Dernière modification 30.11.2018

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